AVANT SON RETOUR D^AVIGNON
Elle cherche à lui faire supporter avec patience son éloignement, parce que l'honneur -de Dieu et le salut des âmes le demandent.
AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE
1 . Ma bien-aimée Mère dans le Christ, le doux Jésus, votre indigne et misérable petite fille, Catherine, vous encourage dans le précieux sang du Fils de Dieu. J'ai désiré avec un grand désir vous voir la mère véritable non-seulement de mon corps, mais aussi de mon âme. Je pense que si vous aimiez plus mon âme que mon corps, toute tendresse exagérée mourrait en vous, et vous ne souffririez pas tant d'être privée de ma présence corporelle. Vous en auriez au contraire de la consolation, et vous voudriez pour l'honneur de Dieu souffrir la peine que je vous cause, en pensant qu'il s'agit de l'honneur de Dieu : en travaillant à l'honneur de Dieu, j'augmente la grâce et la vertu dans mon âme. 11 est donc bien vrai , ma très-douce Mère , qu'en aimant plus mon âme que mon corps, vous serez consolée au lieu d'être affligée. Je veux que vous écoutiez Marie, cette
douce Mère qui, pour l'honneur de Dieu et le salut de nos âmes, nous a donné son fils mort sur le bois de la très-sainte Croix. Et quand Marie resta seule, après l'ascension de Notre-Seigneur, elle resta avec les disciples. Il est bien certain que c'était pour elle et pour les disciples une grande consolation , et que ce fut une grande peine lorsqu'il fallut les quitter pour la gloire et l'honneur de son Fils et pour le bien du monde entier. Elle > consentit, et elle voulut qu'ils partissent; elle préféra la peine de leur départ à la consolation de leur présence , à cause de famour qu'elle avait pour l'honneur de Dieu et pour noire salut.
2. Profitez de son exemple, ma très -chère Mère. Vous savez qu'il faut que je suive la volonté de Dieu , et je sais que vous voulez que je la suive. Sa volonté a été que je parte, et ce départ n'a pas été sans dessein secret de sa providence et sans résultats bien utiles. Si je suis restée, c'est par sa volonté et non par la volonté de l'homme; et celui qui dira le contraire se trompe, et n'est pas dans la vérité. Il faut que j'aille, en suivant ses traces de la manière et au moment qu'il plaira à son ineffable bonté; et vous, comme ma bonne et douce Mère , vous devez être contente et ne pas vous affliger de souffrir toute sorte de peines pour l'honneur de Dieu, pour votre salut et pour le mien. Eappelez-vous ce que vous faisiez pour les biens temporels, lorsque vos enfants s'éloignaient devons pour acquérir des richesses; et maintenant que c'est pour acquérir la vie éternelle , vous en souffrez tant que vous dites que vous allez mourir si je ne vous réponds pas bien vite. Cela vient de ce que vous aimez plus la partie de moi-même que j'ai tirée de vous que celle qui me vient de Dieu , c'est-à-
dire la chair dont vous m'avez revêtue. Élevez , élevez donc un peu \otre cœur et votre amour vers la douce et très-sainte Croix, qui adoucit toute peine. Consentez à souffrir un peu de peine passagère pour éviter la peine infinie que méritent nos péchés; fortifiez -vous dans l'amour de Jésus crucifié , et ne croyez pas être abandonnée de Dieu , ni de moi. Vous serez consolée, et vous le serez abondamment. La peine n'est pas si grande que sera grande la joie. Nous reviendrons avec la grâce de Dieu ; et nous serions déjà de retour, sans l'obstacle que nous a causé la maladie grave de Néri (1). Maître Jean et frère Barthélémy aussi ont été malades. Je termine. Nous nous recommandons à vous. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.
(1) Cette lettre est écrite de Gènes, où Néri fut guéri miraculeusement par les prières de sainte Catherine. (Vie de sainte Catherine, ll*^ p., ch. 8.)
CGXVI (170). — A SCEUR CATHERINE, A SCEUR URSULE,