‹ Lettres de Sainte Catherine de Sienne (volume 2)Chapitre 22 sur 160 · CCXIV (168) — A MADAME LAPA, SA MÈRE · texte numérisé non relu

CCXIV (168) — A MADAME LAPA, SA MÈRE

Elle désire lui voir la vraie connaissance d'elle-même, et de la bonté de Dieu à son égard.

AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA. DOUCE MARIE

1. Ma très-chère Mère dans le Christ, le doux Jésus, moi , Catherine , la servante et F esclave des serviteurs de Jésus-Christ , je vous écris dans son précieux sang, avec le désir de vous voir la vraie connaissance de vous-même et de la bonté de Dieu en vous, parce que, sans cette vraie connaissance, vous ne pourrez participer à la vie de la grâce. Vous devez avec un saint et véritable zèle vous appliquer à comprendre votre néant , et à reconnaître que tout ce que vous êtes , vous le tenez de Dieu, avec tant de dons et de grâces que vous avez reçus de lui, et que vous en recevez tous les jours. C'est de cette manière que vous serez reconnaissante , et que vous acquerrez une vraie et sainte patience ; vous ne prendrez pas les petites choses pour les grandes, mais les grandes vous paraîtront petites à souffrir pour Jésus crucifié.

2. Il n'y a de bon chevalier que celui qui a fait ses preuves sur le champ de bataille. De même votre âme

doit s'éprouver au milieu des combats de la tribulation; il faut qu'elle donne des preuves de patience, qu'elle ne tourne pas la tête en arrière par impatience, et qu'elle ne se scandalise pas de ce que Dieu permet. Alors elle pourra se réjouir, et attendre la vie éternelle dans la paix et l'allégresse ; car elle se reposera sur la Croix , elle se fortifiera dans les peines et les opprobres de Jésus crucifié , et elle pourra attendre avec raison l'éternelle \ision de Dieu. Le Christ en a fait la promesse : ceux qui souffriront les persécutions et les tribulations de cette vie seront ensuite rassasiés , consolés , illuminés dans l'éternelle vision de Dieu (1). Ils goûteront pleinement et sans mesure sa douceur; même dans cette vie, Dieu commencera à consoler ceux qui souffrent pour lui. Mais sans la connaissance de nous-mêmes et de Dieu, nous ne pourrons jamais arriver à ce bonheur. Je vous prie donc, autant que je le sais et que je le puis , de vous appliquer à l'acquérir, afin que nous ne perdions pas le fruit de nos peines. Je finis. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus am^our.

(1) s. Malth., V, 3; S. Luc, vi, 23.

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