‹ Lettres de Sainte Catherine de Sienne (volume 2)Chapitre 27 sur 160 · ET A SCEUR FRANÇOISE, A SIENNE · texte numérisé non relu

ET A SCEUR FRANÇOISE, A SIENNE

De la vertu de charité et de ses eflels.

AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE

1 . Mes très-chères et bien-aimées Filles dans le Christ, le doux Jésus , moi , Catherine , la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus -Christ, je vous écris dans son précieux sang , avec le désir de vous voir toutes enflammées et consumées du feu de la divine charité , de sorte que tout amour-propre , toute froideur de cœur, toutes ténèbres d'esprit soient bannis de vos âmes. C'est là l'effet de la divine charité , qui agit sans cesse et ne se lasse jamais. Elle est comme l'usurier, qui gagne toujours avec le temps : s'il dort il gagne, s'il mange il gagne ; quoi qu'il fasse il gagne , et ne perd jamais le temps ; ce n'est pas l'usurier, c'est le trésor du temps qui rapporte. Ainsi fait l'épouse qui aime le Christ, lorsqu'elle est enflammée de la divine charité ; elle gagne

(1) Jeanne de Capo était disciple de sainte Catherine, et l'accompagna lorsque le Pape Grégoire XI l'envoya négocier la paix à Florence. Elle fut guérie miraculeusement du mal de pied qui l'empêchait de marcher. (Vie de sainte Catherine, 11^ p., ch. 11.)

toujours , et n'est jamais oisive ; elle dort , et la charitë travaille ; qu'elle mange, qu'elle dorme , qu'elle veille, tout lui profite. 0 charité pleine de joie! tu es cette mère qui nourrit les enfants des vertus sur ton sein ; tu es plus riche que toutes les richesses; et Tâme qui se revêt de toi ne peut être pauvre. Tu lui donnes la beauté, car tu la rends une même chose avec toi, puisque, comme dit saint Jean, Dieu est charité, et celui qui est dans la charité est en Dieu , et Dieu en lui (1).

2. 0 Filles bien -aimées! la joie, le bonheur de mon àme , regardez l'excellence et la dignité que vous avez reçues de Dieu par le moyen de cette mère, la charité. Si l'amour que Dieu a eu pour sa créature l'a forcé de nous tirer de lui - même , et de nous donner son image et sa ressemblance, c'est uniquement pour que nous soyons heureux , pour que nous le goûtions, et pour que nous participions à son éternelle beauté. Il ne nous a pas faits des animaux sans intelligence et sans mémoire, mais il nous a donné la mémoire pour retenir ses bienfaits , l'intelligence pour comprendre son éternelle volonté, qiii ne cherche et ne veut autre chose que notre sanctification , et la volonté pour l'aimer. Le regard de l'intelligence comprend que la volonté du Verbe est que nous suivions la voie de la très-sainte Croix en supportant les peines , les mauvais traitements , les mépris , les injures pour Jésus crucifié , qui est en nous et nous fortifie ; la volonté se lève aussitôt , embrasée par le feu de la charité , et elle court aimer ce que Dieu aime , haïr ce que Dieu hait, si bien qu'elle ne veut chercher,

(1) lÉp. des. Jean, IV, 16.

désirer et embrasser que l'éternelle et souveraine volonté de Dieu Parce qu elle a vu et compris que Dieu ne veut que notre bien , et qu'il aime à être suivi dans la voie de la Croix , elle est contente et se réjouit de ce que Dieu permet; elle accepte la maladie, la pauvreté, les injures, ou des commandements insupportables et indiscrets ; elle se réjouit de toutes ces choses , parce qu'elle voit que Dieu les permet pour son utilité et sa perfection.

3. Et je ne m'étonne pas si elle est libre de toute peine, car elle a éloigné d'elle la chose qui cause la peine, c'est-à-dire sa volonté fondée sur l'amour -propre, et qu'elle a revêtu la volonté de Dieu, fondée sur la charité. Si voiis me dites : Ma Mère, comment nous en revêtir? Je vous répondrai : Par la haine et par l'amour. L'amour vous revêtira d'amour. Celui qui prend un vêtement se dépouille du vieux par haine, et il prend le nouveau par amour ; et , mes chères Filles , est-ce ce vêtement qui revêt? Non, c'est l'amour; car le vêlement ne changerait pas si la créature n'en voulait pas un autre par amour. Où pourrons -nous trouver cette haine? dans la seule connaissance de nous-mêmes. En voyant votre néant vous perdrez tout orgueil , et vous concevrez une humilité sincère. Cette connaissance fait trouver la lumière et la grandeur de la bonté de Dieu , et son ineffable et salutaire charité , qui ne nous est pas cachée. Elle était cachée à nos esprits grossiers avant que le Verbe , le Fils unique de Dieu , s'incarnât ; mais depuis qu'il a voulu être notre frère en se revêtant de notre grossière humanité , il s'est manifesté à nous , et il a été élevé de terre pour que le feu de son amour fût aperçu de toute créature, et qu'il attirât par sa force

tous les cœurs. Oui , il est bien vrai que l'amour transforme , et qu'il fait une seule chose de celui qui aime et de celui qui est aimé.

4. Appliquez- vous donc, mes chères Filles, à étendre les bras de votre amour, pour prendre et retenir dans votre mémoire ce qu'a compris votre intelligence. De cette manière , vous accomplirez le désir de Dieu et le mien en vous. Je vous verrai embrasées, consumées, revêtues du feu de la divine charité. Faites, faites que vous vous nourrissiez du précieux sang , pour que notre moment vienne bientôt. Ne vous étonnez pas si nous ne sommes pas encore venues ; nous viendrons bientôt , s'il plaît à la bonté divine. Le service de l'Église et la volonté du Saint -Père ont un peu retardé mon arrivée. Je vous conjure et je vous commande , mes Filles et mes Fils , de prier, d'offrir vos saints et ardents désirs en la présence de Dieu pour la sainte Église, car elle est bien persécutée. Je termine. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.

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