très-doux Amour! c'est ce glaive qui a percé le
(1) Ép. aux Col., m, 3.
cœur et l'âme de votre Mère. Le Fils était frappé dans son corps, et la Mère aussi, parce que c'était sa chair. Il était bien juste qu'elle souffrît dans ce qui lui appartenait , car c'était dans son sein qu'il avait pris sa chair immaculée. 0 feu de charité ! j'aperçois une autre ressemblance : le Fils a la forme de la chair, mais la Mère, comme une cire chaude , a reçu l'empreinte du désir et de l'amour de notre salut par le sceau du Saint-Esprit ; c'est par le moyen de ce sceau que s'est incarné le Verbe divin. La Mère, comme un arbre de miséricorde, a reçu en elle l'âme ardente du Fils , qui était frappée et blessée par la volonté du Père ; et , semblable à l'arbre qui porte la greffe, elle a été aussi blessée par le glaive de la haine et de l'amour. La haine et l'amour ont tellement augmenté dans la Mère et le Fils , que le Fils a couru à la mort. Son ardeur à nous sacrifier sa vie , sa faim et son désir d'obéir à son Père étaient si grands , qu'il a perdu l'amour de lui-même et qu'il a embrassé la Croix. Sa douce et tendre Mère a fait de même ; elle a volontairement sacrifié l'amour de son Fils, tellement que non-seulement sa tendresse ne veut pas le sauver de la mort , mais qu'elle est prête à servir d'échelle pour qu'il monte sur la Croix ; et ce n'est pas étonnant, car l'amour de notre salut l'a blessée comme une flèche.
4. 0 vous toutes, mes Sœurs et mes Filles dans le Christ Jésus! si jusqu'à présent vous n'avez pas été consumées par le feu de ce saint désir de la Mère et du Fils , ne persévérez pas dans l'obstination de vos cœurs. Je vous en prie de la part de Jésus crucifié , que cette pierre se dissolve par l'abondance du sang généreux du Fils de Dieu. Sa chaleur est si grande, qu'il n'y a pas de froideur et de dureté qui puissent y résister. Comment
ce sang peut-il les vaincre? Uniquement par la haine et l'amour dont nous avons parlé ; l'Esprit-Saint le fait quand il vient dans l'àme. Je vous presse donc et je vous conjure de vous servir de ce glaive en vous ; et si vous me demandez : Comment le montrerons-nous? je vous répondrai : Je veux que vous le montriez en la présence de Dieu de deux manières. D'abord je veux que vous acceptiez le temps , non pas selon vos goûts , mais selon le bon plaisir de Celui qui est; vous vous dépouillerez ainsi de votre volonté pour vous revêtir de la sienne. Et puisque vous m'écrivez le désir que vous avez de ma visite , je veux que vous le soumettiez au joug aimable du Fils de Dieu , et que vous receviez avec respect tout ce qui arrivera, quelque pénible que ce puisse être , en pensant qu'il ne peut en être autrement pour notre bien ; nous recevrons ainsi avec respect tout ce qui arrivera.
5. L'autre manière de prouver que vous voulez vous servir du glaive de la haine et de l'amour, c'est de vous soumettre au joug de la sainte obéissance. Vous surtout, madame l'abbesse , vous devez être obéissante à Dieu, en supportant toutes les fatigues qu'il vous impose dans le gouvernement de vos brebis ; et ne vous désolez pas si très-souvent vous perdez la douceur de la consolation au milieu des peines que vous vous donnez au service du prochain pour l'honneur de Dieu ; car je vois qu'il en arrivait ainsi aux saints Disciples , qui méprisaient toute consolation spirituelle et temporelle. Oh ! quelle consolation c'eût été pour eux de se trouver avec la Mère de la paix , la Mère du Fils de Dieu , et de vivre ensemble ! Et pourtant , dès qu'ils sont revêtus du vêtement nuptial du Maître , ils se livrent aux fatigues , aux
opprobres et à la mort pour l'honneur de Dieu et pour le salut du prochain. Et c'est en étant ainsi séparés les uns des autres , en méprisant les consolations et en choisissant les peines , qu'ils obtinrent la vie éternelle.
6. Je veux que vous fassiez de même. Et si vous me dites : Je ne voudrais pas être' absorbée par les choses temporelles, je vous répondrai que c'est nous qui les rendons temporelles , car tout procède de la Bonté suprême ; tout, par conséquent , est bon et parfait. Je ne veux donc pas qu'à l'occasion des choses temporelles vous évitiez la fatigue; mais je veux que , le regard toujours dirigé vers Dieu, vous so}'ez pleine de zèle et d'ardeur, surtout pour leurs âmes, et que , comme dit saint Bernard, la charité , si elle vous flatte , ne vous trompe pas ; si elle vous corrige, ne vous déteste pas. Agissez donc avec sévérité et avec douceur, selon les besoins de votre état. Ne so^ez pas négligente à corriger les défauts, petits ou grands ; faites en sorte qu'ils soient punis autant que la personne est capable de l'être. Si quelqu'un peut porter dix livres, ne lui en imposez pas vingt, mais ôtez-lui ce que vous pourrez ; je vous en prie de la part de Celui qui a voulu porter toutes nos misères. Qu'elles se baissent pour entrer par la porte étroite de la sainte obéissance, aûn que l'orgueil de leur volonté ne leur brise pas la tête.
7. Mes très -chères Sœurs, ne vous fâchez pas des saintes réprimandes de votre Supérieure. Oh ! si vous saviez combien est dure la réprimande que Dieu fait à l'âme qui repousse les réprimandes de cette vie ! Il vaut bien mieux que nos négligences, notre ignorance et notre peu d'amour soient punis par la sévérité du temps que par les rigueurs terribles de l'éternité. Soyez donc
obéisssantes par amour pour le tendre el doux Époux, le Fils de Dieu , qui a été obéissant jusqu'à la mort. C'est ainsi que le glaive dont nous avons parlé tranchera, par la vertu de Dieu , le vice de l'orgueil, et que nous nous enracinerons dans la sainte charité, qui se montre par la sainte obéissance, comme4' obéissance se montre par la sainte humilité. Je ne vous dis qu'une chose : faisons une sainte prière pour pouvoir observer ce que nous avons dit. Celui qui est dans le chemin a besoin de lumière afin qu'il ne s'égare pas dans le chemin.
8. Moi je viens de trouver une bien belle lumière, et c'est cette douce vierge, sainte Lucie de Rome, qui nous la donne. Nous demanderons aussi à la tendre Madeleine le mépris qu'elle avait d'elle-même- et Agnès, qui était un agneau de mansuétude et d'humilité , nous donnera l'humilité (1). Ainsi voilà Lucie qui nous donne la lumière , Madeleine la haine et l'amour, Agnès l'huile de l'humilité ; et la barque de notre âme ainsi fournie , nous irons visiter la demeure de la bienheureuse Marthe. De cette fervente hôtelière , vous recevrez le Christ , l'Homme- Dieu. Elle habite maintenant la maison du Père céleste, c'est-à-dire l'Essence divine, cette essence, cette vision où j'espère que, par l'abondance du sang de Jésus- Christ, par les mérites de sa douce Mère Marie et par ceux des saints , nous goûterons et nous verrons le Christ face à face. Je vous conjure d'être zélées à lui sacrifier votre vie. Que loué soit notre doux Sauveur. Je me recommande à vous, Madame, et à toi,
(1) Sainte Catherine avait une dévotion toute particulière à sainte Marie-Madeleine, que Notre-Seigneur lui avait donnée pour mère. (Vie de sainte Catherine, 11^ p.^ ch. 6.) Elle parle sans doute ensuite de sainte Agnès de Montepulciano.
Nicole , ma Fille et ma Sœur ; je vous prie de me recommander à Sœur Augustine et à toutes les autres Sœurs ; qu'elles obtiennent de Dieu, pour moi, de quitter la voie de la négligence pour suivre , en mourant , la voie de la vérité. Je ne vous dis rien de plus sur ce sujet. Que loué soit Jésus crucifié. Amen.