ET A JEANNE DE CAPO
Combien il faut déplorer les outrages contre Dieu et contre l'Église.
AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE
1. Mes très- chères Filles dans le Christ, le doux Jésus, moi, Catheriae, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ, je vous écris dans son précieux sang , avec le désir de nous voir affermies dans une patience véritable et dans une humilité profonde, afin que vous puissiez suivre le doux Agneau sans tache, car vous ne pouvez pas le suivre d'une autre manière. Yoici le moment, mes chères Filles, de montrer si nous avons des vertus, et si vous êtes ses enfants. Il faut souffrir avec patience les persécutions, les calomnies, les injures et les outrages de toutes les créatures; il faut le faire avec une humilité sincère, sans se scandaliser, s'impa-
(1) Dello spedaluccio. Ce petit hôpital, situé près du couvent de Saint- Dominique , servait autrefois aux religieux de l'Ordre. Il était sans doute occupé , au xiv^ siècle , par les tertiaires malades. Cette compagne de sainte Gatlierine vivait encore à l'époque du procès de Venise, 1411. Le P. Thomas Gaffarini en parle avec éloges dans sa déposition.
tien ter, sans lever la tête avec orgueil contre personne. Vous savez bien que c'est la doctrine qui nous a été donnée, et que c'est sur la Croix qu'il faut se nourrir de l'honneur de Dieu et du salut des âmes avec une vraie et sainte patience. Oh ! oui, mes douces Filles, je vous invite de la part de la Vérité suprême à éloigner de vous le sommeil de la négligence et de T amour-propre, et à offrir d'humbles et coatinuelles prières dans les veilles et la connaissance de vous-mêmes ; car le monde périt sous le poids de ses iniquités et par les outrages qu'il fait à la douce Épouse du Christ. Rendons honneur à Dieu et service au prochain. Hélas! vous et les autres servantes de Dieu, ne pensez qu'à sacrifier votre vie dans les soupirs et dans les larmes, car il n'y a pas d'autre moyen d'apaiser la colère de Dieu que nous voyons prête à éclater sur nous.
2. 0 mes Filles, que je suis à plaindre! je crois que c'est moi, misérable, qui suis cause de tous ces maux par mon ingratitude et les fautes que j'ai commises envers mon Créateur. Hélas ! hélas ! quel est ce Dieu, qui est offensé par ses créatures ^ C'est Celui qui est Téternelle et souveraine Bonté , Celui dont la charité a créé l'homme à son image et ressemblance , et le fait renaître à la grâce, après son péché, dans le sang du tendre Agneau sans tache, son Fils unique. Et quel est cet homme mercenaire et ignorant qui offense son Créateur? Nous sommes ceux qui ne serions rien par nousmêmes , si Dieu ne nous avait pas créés ; et par nousmêmes, nous sommes pleins de misère, et il semble que nous ne cherchons que les moyens d'offenser Dieu et la créature en haine du Créateur. Nous voyons de nos yeux misérables persécuter dans la sainte Église de Dieu ce
précieux sang qui nous a donné la vie. Que nos cœurs se brisent donc dans l'angoisse du désir! Que la vie quitte nos corps! il vaut mieux mourir que de voir tant d'outrages contre Dieu. Moi, je meurs toute vivante, et je demande la moit à mon Créateur sans pouvoir l'obtenir; il me serait meilleur de mourir que de \ivre pour ne pas voir cette grande ruine qui afflige et qui menace encore les chrétiens. Servons-nous des armes de la sainte prière, car je ne vois pas d'autres ressources. Voici le temps de la persécution pour les serviteurs de Dieu , qui doivent se cacher dans les cavernes de la connaissance d'eux-mêmes, en criant miséricorde vers Dieu par les mérites du sang de son Fils. Je ne veux pas en dire davantage; car si je m'écoutais, mes Filles, je ne finirais pas, tant que Dieu me laisserait un souffle de vie.
3. Maintenant je te dirai, Andréa, que ce n'est pas celui qui commence qui reçoit la couronne de gloire , mais celui qui persévère jusqu'à la mort. 0 ma Fille ! tu as commencé à mettre la main à la charrue de la vertu en ^éloignant du péché mortel et de son vomissement ; il faut donc persévérer pour recevoir la récompense de la peine que souffre ton âme en voulant réprimer sa jeunesse, et l'empêcher de devenir un membre du démon. Hélas! ma Fille, tu ne penses pas que tu serais un membre du démon , si tu t'endormais dans la fange de l'impureté. La miséricorde de Dieu a retiré ton âme et ton corps des misères où tu étais plongée. Il ne faut pas être oublieuse et ingrate, parce qu'il t'arriverait malheur, et que le démon reviendrait avec sept compagnons plus terribles que la première fois (1). Tu montreras que
(1) s, Matth., XII, 43.
tu es reconnaissante de la grâce que tu as reçue , en étant forte contre les attaques du démon, contre le monde et la chair qui te tourmentent , en persévérant dans la vertu. Ma Fille, si tu veux triompher dans les combats, attache-toi à l'arbre de la très-sainte Croix par l'abstinence, par les \eilles et la prière; baigne-toi par le saint désir dans le sang de Jésus crucifié. Tu acquerras ainsi la vie de la grâce, tu feras la volonté de Dieu, tu satisferas l'ardent désir que j'ai de te voir une véritable servante de Jésus crucifié. Oui, je t'en conjure, sors de l'enfance, et prends pour époux le Christ, qui t'a racheté de son sang. Si tu veux vivre dans le monde, il faut attendre que tu puisses le faire comme le veut l'honneur de Dieu et ton bien ; sois soumise et obéissante jusqu'à la mort , et n'abandonne jamais la direction de Catherine et de Jeanne. Je sais qu'elles ne te conseilleront et ne te diront jamais rien qui ne soit utile à l'honneur de Dieu et au salut de ton àme et de ton corps. Si tu ne le fais pas, j'en aurai un grand chagrin, et tu en retireras peu de profit J'espère de la bonté de Dieu que tu agiras de telle manière, que Dieu y trouvera son honneur, toi une récompense, et moi une grande consolation. Catherine et Jeanne, je vous recommande bien de travailler à l'honneur de Dieu et à son salut jusqu'à la mort. Mes douces Filles, voici le moment des peines, et ces peines deviennent des consolations par Jésus crucifié. Je m'arrête. Demeurez dans la sainte et douce dilection
CCXXI(175). — A CATHER[NE DE L'HOPITAL,