OCX XX (184). - A SOEUR AGNES DONNA
VEUVE DE MESSIRE ORSO MALAVOLTI
De la verlu de palience , et de deux sortes d'impatience.
AU INOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LX DOUCE MARIE
1. Très-chère Fille dans le Christ, le doux Jésus, moi, Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus -Christ, je vous écris dans son précieux sang, avec le désir de vous voir affermie dans la vraie patience ; car je considère que sans la patience nous ne pouvons plaire à Dieu. Si l'impatience plaît beaucoup aux démons et à la sensualité , si elle se livre à la colère lorsqu'elle n'a pas ce qu'elle désire, elle déplaît, au contraire, beaucoup à Dieu. C'est parce que la colère et l'impatience sont la moelle de l'orgueil , qu'elles plaisent tant au démon. L'impatience perd le fruit de ses peines, elle prive l'àme de Dieu , elle lui fait goûter les arrhes de l'enfer, et la conduit enfin à la damnation éternelle. Dans l'enfer, la volonté perverse brûle avec la colère , la haine et l'impatience : elle brûle et ne se consume pas , mais elle se renouvelle sans cesse et ne diminue jamais : aussi je dis qu'elle ne se consume pas. La grâce est bien consumée et détruite dans l'âme, mais son être n'est pas m 10
consumé, et sa peine dure éternellement. Les saints disent que les damnés demandent la mort, et ne peuvent l'obtenir, car l'àme ne meurt jamais : elle meurt bien à la grâce par le péché mortel, mais elle ne meurt pas a rexistence.
2. Il n'y a aucun \ice et aucun péché qui, dans cette \ie, fassent goûter les arrhes de l'enfer comme la colère et l'impatience. L'àme qu'elles possèdent éprouye la haine de Dieu et l'horreur du prochain ; elle ne Ycut pas et ne sait pas supporter les défauts des autres; tout ce qu'on lui dit ou ce qu'on lui fait la met hors d'elle-même, et elle se laisse emporter par la colère et l'impatience comme la feuille par le vent. Elle devient insupportable à elle-même, parce que la volonté mauvaise la ronge toujours et lui fait désirer ce qu'elle ne peut avoir; elle oublie la volonté de Dieu et la raison. Tout cela est produit par l'arbre de l'orgueil , dont l'essence est la colère et rimpatience; Fhomme devient un démon incarné, et il est plus terrible d'avoir à combattre les démons visibles que les démons invisibles : toute créature raisonnable doit les éviter.
3. Mais remarquez qu'il y a deux sortes d'impatience. La première est une impatience générale qu'éprouvent les hommes du monde, et qui leur vient de l'amour déréglé qu'ils ont pour eux-mêmes et pour les choses temporelles qu'ils aiment en dehors de Dieu ; et pour les avoir, ils ne craignent pas de perdre leur àme et de la livrer entre les mains du démon. Ce mal est sans remède , si celui qui a offensé Dieu ne le reconnaît pas et ne coupe pas cet arbre avec le glaive d'une humilité sincère. Cette humihté nourrit la charité dans l'àme; et la charité est un arbre d'amour dont la moelle est la
patience et la bienveillance pour le prochain . Car, comme l'impatience montre plus qu'aucun autre vice (juc ràmc est privée de Dieu , parce qu'elle est la moelle de l'arhre de l'orgueil, de mOme la patience montre mieux et plus parfaitement qu'aucune autre vertu que Dieu est par sa grâce dans lame. Je parle de la patience produite par l'arbre de la charité ; de la patience qui , par amour pour son Créateur, méprise le monde et l'injure, de quelque coté qu'elle vienne. Je disais que la colère et l'impatience étaient de deux sortes, générale ou particulière.
4. ÎNous avons vu l'impatience générale ; je vais maintenant parler de l'impatience particulière, de l'impatience de ceux qui ont méprisé le monde, mais qui veulent être serviteurs de Jésus crucifié à leur manière , c'est-à-dire à cause du plaisir et de la consolation qu'ils trouvent en lui. Il en est ainsi parce que la volonté propre spirituelle n'est pas morte en eux , et ils demandent à Dieu qu'il leur distribue les consolations et les tribulations à'ieur manière , et non à la sienne ; et ils deviennent ainsi impatients quand ils éprouvent le contraire de ce que veut la volonté propre spirituelle. C'est là un rejeton d'orgueil qui sort du véritable orgueil, comme un arbre pousse un sauvageon qui en paraît séparé , mais qui tire cependant sa substance du même arbre. 11 en est ainsi de la volonté propre de l'àme qui veut servir Dieu à sa manière, et qui, ne le pouvant pas, en conçoit de la peine; et cette peine la conduit à l'impatience ; elle devient insupportable à elle-même , et ne se plaît plus au service de Dieu et du prochain. Si quelqu'un vient lui demander conseil ou protection , elle ne lui fait que des reproches, et ne sait pas compatir à ses besoins. Tout
cela vient de la volonté sensitive spirituelle, qui sort de larbre de l'orgueil. Cet arhre a été taillé, mais non pas arraché : il est taillé , lorsqu'on éloigne son désir du monde et qu'on le place en Dieu ; mais on le place imparfaitement, et il reste la racine , qui donne un sauvageon . 5. On le voit dans les choses spirituelles. Si la consolation divine manque, si l'esprit devient sec et stérile , l'àme se trouble et s'afflige sous des apparences de vertu; il lui semble qu'elle est privée de Dieu, elle murmure contre lui et voudrait lui donner des lois, tandis que si elle avait été sincèrement humble, avec la haine véritable et la connaissance d'elle-même , elle se serait jugée indigne de la visite intérieure de Dieu, et elle se serait trouvée digne de la peine qu'elle souffre quand elle se voit privée de la consolation de Dieu , mais non pas de sa grcàce. Elle souffre alors, parce qu'il aurait fallu couper, trancher, pour que la volonté spirituelle ne souffrît pas sous prétexte de craindre d'offenser Dieu , mais à cause de sa sensualité. Au contraire, l'àme humble qui a généreusement arraché la racine de l'orgueil par l'amour, anéantit sa volonté, et ne cherche toujours que l'honneur de Dieu et le salut des âmes ; elle ne s'inquiète pas des peines, et reçoit avec plus de reconnaissance dans son esprit le trouble que le repos. Elle reçoit avec un saint respect ce que Dieu lui donne et lui envoie pour son bien , afin de la retirer de l'imperfection et de la conduire à la perfection. C'est la voie pour s'y conduire, car c'est ce qui lui fait mieux connaître ses défauts et la grâce de Dieu, qu'elle trouve en elle-même par la bonne volonté que Dieu lui a donnée en lui inspirant l'horreur du péché. La vue de ses faiblesses et de ses fautes passées et présentes lui fait concevoir la haine contre elle-
même et l'amour de réternelle volonté de Dieu. Elle souffre avec respect, et elle est contente de souffrir au dedans et au dehors, comme Dieu le veut, afin d'accomplir et de revêtir la douce volonté de Dieu. Elle se réjouit de tout, et plus elle se voit privée de ce qu'elle aime, de la consolation de Dieu ou des créatures , plus elle est heureuse.
6. 11 arrive souvent que Fàme a des affections spirituelles, et si elle ne trouve pas auprès des personnes qu'elle aime la consolation et le plaisir qu'elle voudrait, ou s'il lui semhle que ces personnes aiment plus et fréquentent plus les autres, elle tombe dans la peine et l'ennui. Elle murmure contre le prochain, elle juge mai les pensées et les intentions des serviteurs de Dieu , surtout celles des personnes qui lui causent de la peine. Elle devient impatiente , elle pense ce qu'elle ne devrait pas penser, elle dit ce qu'elle ne devrait pas dire, et elle veut usera leur égard d'une fausse humilité qui a l'apparence de la véritable , mais qui est fille de l'orgueil , qui en est le rejeton. Elle se dit à elle-même : Je ne veux pas faire de bruit et me fâcher contre eux ; je resterai bien calme , et je ne veux causer de peine ni à eux ni à moi. Elle tombe ainsi dans un coupable dédain , et ce dédain nourrit les faux jugements de son cœur et les murmures de sa langue. Elle ne devrait pas faire ainsi; car jauiais, par ce moyen, elle n'arrachera la racine , elle ne détruira le rejeton qui empêche l'tàme d'arriver à la perfection qu'elle désirait atteindre ; mais elle doit, avec un cœur libre, avec une sainte haine d'elle-même, avec un ardent désir de l'honneur de Dieu et du salut des âmes, et avec l'amour de la vertu, s'asseoir à la table de la très-sainte Croix pour y prendre la
divine nourriture. Elle doit aYec peine et sueur chercher à acquérir la vertu , et non les consolations de Dieu et des créatures; elle doit suivre les traces et la doctrine de Jésus crucifié , en se disant avec reproche : Tu ne dois pas, mon àme, puisque tu es un memhre de Jésus- Christ, passer par une autre voie que ton chef. Il n'est pas convenable de voir des membres délicats sous un chef couronné d'épines.
7, Bi par sa propre fragilité ou par les artifices du démon les orages du cœur s'élèvent , comme nous l'avons dit , ou d'une autre manière , Tùme doit alors monter sur le tribunal de sa conscience et juger avec justice , sans laisser passer rien d'impuni , par la haine et le mépris d'elle-même. C'est ainsi qu'elle arrachera la racine de l'orgueil ; elle chassera avec le mépris d'ellemême le mépris du prochain, s'aiïligeant plus des pensées et des mouvements déréglés de son cœur que de la peine que lui ont causée les créatures, ou des injures et des désagréments qu'elle en a reçus. C'est là le doux et saint moyen que prennent ceux qui sont tout embrasés de Jésus -Christ, parce que c'est ainsi qu'ils arrachent la racine de l'orgueil et qu'ils détruisent la moelle de l'impatience, qui plaît tant, comme nous l'avons vu , au démon , car c'est le principe et la cause de tout péché ; et par contre , ce qui plaît beaucoup au démon déplaît beaucoup à Dieu. Dieu a en horreur l'orgueil, et il aime l'humilité.
8. U aima tant l'humilité de Marie , qu'il fut forcé par sa bonté à lui donner le Verbe son Fils unique , et ce fut cette douce Mère qui nous le donna. Vous savez bien que jusqu'au moment où Marie montra son humilité et sa volonté en disant : Ecce ancilla Domini : Voici la ser-
vante duSeigneiir, qu'il me soit fait selon votre parole, le Fils de Dieu ne s'incarna pas; mais, dès quelle eut parlé, elle reçut et conçut en elle le doux Agneau saft& tache. La douce Vérité suprême a voulu nous montrer ainsi combien est excellente cette petite vertu, et combien reçoit l'àme qui offre et donne avec humilité sa volonté au Créateur. C'est ainsi qu'il faut recevoir, dans le temps des épreuves et des persécutions , les injures ^ les outrages et les mauvais traitements; il faut les recevoir du prochain, ainsi que les combats intérieurs, el la perte des consolations spirituelles et temporelles du Créateur et des créatures. Le Créateur nous en ote la douceur lorsqu'il en retire le sentiment de l'esprit , et qu'il semble que Dieu n'est plus dans l'âme , tant ello éprouve de combats et de peines ; les créatures nous e» privent dans leurs rapports et leurs conversations , lorsqu'il semble que nous les aimons plus que nous n'en sommes aimés. Dans toutes les circonstances , l'àme parfaite doit dire avec humiUté :,Seigneur, voici votre ser^ vante , qu'il me soit fait selon votre volonté , et non selon ce que ma sensualité demande. Elle répand ainsi le parfum de la patience dans ses rapports avec le Créateur, avec les créatures et avec elle-même ; elle goûte la paix et le repos d'esprit. Dans la guerre elle a trouvé la paix et le repos d'esprit, parce qu'elle a détruit en elle la volonté propre fondée sur l'orgueil ; elle a eonçu danji son àme la grâce divine , elle porte au fond de son cœur Jésus crucilié, elle se réjouit dans les plaies de Jésus crucifié , elle ne cherche à savoir autre chose que Jésus crucifié j et son lit est la Croix de Jésus crucifié. C'est là qu'elle anéantit sa volonté , et qu'elle devient humblo et patiente. ,
9. Il n'y a pas d'obéissance sans humilité, et il lïy a pas d'humilité sans charité. Tout cela se trouve dans le Verbe ; car c'est l'obéissance à son Père et l'humilité qui l'ont fait courir à la mort honteuse de la Croix ; il s'y est attaché avec les clous et les liens de la charité , en souffrant avec une si grande patience , qu'on n'entendit jamais sortir de sa bouche le moindre murmure. Les clous étaient insuffisants pour soutenir et fixer sur la Croix THomme-Dieu, si l'amour ne l'y avait retenu. L'àme le comprend bien, et elle ne se plaît qu'avec Jésus crucifié. S'il lui était possible d'acquérir la vertu , de fuir l'enfer et d'avoir la vie éternelle sans peine, en goûtant ici -bas toutes les consolations spirituelles et temporelles , elle ne le voudrait pas , mais elle aimerait mieux mériter le ciel en souffrant jusqu'à la mort pour pouvoir ressembler à Jésus crucifié, et se revêtir de ses opprobres et de ses peines; et c'est ce qu'elle a trouvé à la table de l'Agneau sans tache. 0 glorieuse vertu ! qui ne voudrait donner mille fois sa vie et souffrir toutes sortes de tourments pour t'acquérir? Tu es une reine qui possède le monde entier ; tu habites dans le ciel, car l'âme qui est revêtue de toi sur cette terre, tu la fais vivre par l'amour avec les bienheureux. Puisque cette vertu est si excellente , si agréable à Dieu , si utile à nous-mêmes et au salut du prochain, secouez donc, ma chère Fille, le sommeil de la négligence et de lignorance; bannissez la faiblesse de votre cœur; n'éprouvez de peine et d'impatience dans aucune chose que Dieu permet. Nous ne tomberons, par ce moyen, ni dans l'impatience générale , ni dans l'impatience particulière dont je vous ai parlé ; mais nous servirons notre doux Sauveur généreusement, avec liberté de cœur, avec une
parfaite et sincère patience. Si nous faisons autrement , nous perdrons la grâce dans la première impatience; la seconde empêchera notre perfection , et vous n'arriverez pas où Dieu vous appelle.
10. Il me semble que Dieu vous appelle à une grande perfection ; et je le crois , parce qu'il vous ôte tous les liens qui pouvaient vous arrêter. J'ai appris qu'il avait appelé à lui votre fille ; c'était votre dernier lien extérieur. Je m'en réjouis avec une sainte compassion. Dieu vous a dégagée, en la délivrant elle-même des peines de la vie. Je veux donc maintenant que vous détruisiez entièrement la volonté propre , pour ne vous attacher qu'à Jésus crucifié. De cette manière , vous accomplirez sa volonté et mon désir ; et c'est pour cela que , ne connaissant pas d'autre voie pour le faire, je vous ai dit que je désirais vous voir fondée dans la vraie et sainte patience, car sans elle nous ne pourrons pas atteindre notre douce fin. Je termine. Demeurez dans la sainte
CCXXXI (185). -^ A UNK SOEUR
DU TIERS ORDRE DE SAINT-DOMIIVIQLE , APPELÉE CATIiERlNK DE SCETTO.
Les vertus s'acquièrenl par l'amour de Dieu, et se raonlreat pur la charité envers le prochain.
AU NOM DE JESUS CRUGTFIE ET DE LA DOUCE MARIE
1. Très-chère Sœur et Fille dans le Christ, le doux Jésus, moi, Catherme, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ, je t'écris dans son précieux sang, avec le désir de te voir véritablement la servante et l'épouse de Jésus crucifié. Nous devons être ses servantes, car nous avons été rachetées par son sang. Je ne vois pas en quoi nous pourrions lui être utiles, mais nous devons être utiles à notre prochain ; c'est le moyen de pratiquer et d'acquérir la vertu. Tu sais que toute vertu reçoit la vie de l'amour. Et l'amour s'acquiert dans l'amour, c'est-à-dire en élevant le regard de notre intelligence , et en regardant combien nous sommes aimés de Dieu. En nous voyant aimés, nous ne pourrons nous empêcher d'aimer; et en l'aimant, nous embrasserons les vertus par amour, et nous fuirons le vice avec haine. Tu vois que nous concevons les vertus en Dieu, et que
nous , nous les enfantons dans le prochain. Tu sais bien que des besoins de ton prochain tu fais naître la charité qui est dans ton âme; tu reçois de lui la patience dans l'injure , et tu pries particulièrement pour ceux qui t'outragent.
2. Nous devons agir de la sorte. Si les autres nous sont infidèles, nous devons leur être fidèles, et nous devons chercher avec zèle leur salut; il faut les aimer gratuitement, et non par réciprocité. Oui, prends garde d'aimer ton prochain par intérêt; ce ne serait pas là un amour fidèle, et cet amour ne répondrait pas à l'amour que Dieu te porte. Dieu t'a aimée gratuitement, et il veut que cet amour que tu ne peux lui rendre, tu le rendes a ton prochain, en l'aimant d'un amour gratuit et non pas intéressé. S'il t'injurie, ou bien si tu vois diminuer l'affection qu'il te portait ou le plaisir et le profit que tu en relirais, tu ne dois pas moins l'aimer; mais tu dois l'aimer par charité en supportant ses défauts : tu dois surtout aimer avec respect et joie les serviteurs de Dieu. Prends garde de faire comme ces insensés qui prétendent examiner et juger la conduite et les actes des serviteurs de Dieu. Celui qui fait cela mérite un châtiment sévère. C'est comme si nous voulions donner une règle et des lois à F Esprit- Saint en voulant conduire les serviteurs de Dieu d'après nos idées; cela ne peut jamais se faire. Pense que l'àme qui tombe dans de pareils jugements n'a pas encore arraché la racine de l'orgueil, et ne possède pas en elle pour le prochain la véritable charité , qui consiste à l'aimer d'un amour gratuit et désintéressé. Aimons donc, et ne jugeons pas les serviteurs de Dieu. Il faut aimer généralement aussi toutes les créatures raison-
nables. Ceux qui sont privés de la grâce , nous devons les aimer avec douleur et regret de leurs fautes, car ils offensent Dieu et leur àme. Tu ressembleras ainsi à Tardent apôtre saint Paul, qui pleurait avec ceux qui pleuraient, et qui se réjouissait avec ceux qui se réjouissaient (1). Tu pleureras avec ceux qui sont dans un état déplorable, par désir de T honneur de Dieu et de leur salut, et tu te réjouiras avec les serviteurs de Dieu qui se réjouissent et goûtent Dieu par amour.
3. Tu vois donc que dans la charité nous concevons les vertus , et que dans la charité du prochain nous les enfantons. Si tu aimes ainsi ton prochain généreusement, sans aucun amour trompeur, sans aucun intérêt spirituel ou temporel, tu seras une vraie servante de Dieu, et tu répondras par le moyen de ton prochain à Tamour que te porte ton Créateur. Tu seras une épouse fidèle et non pas infidèle ; 1" épouse manque à la foi de son époux quand elle donne à une autre créature l'amour quelle devrait lui donner. Tu es l'épouse; tu vois bien que le Fils de Dieu nous a tous épousés dans la Circoncision ; il nous a donné sa chair comme un anneau pour montrer qu'il voulait épouser l'humanité. Et toi, en voyant cet amour ineffable, tu dois aimer aussitôt ce qui est hors de Dieu ; tu dois te faire la servante de ton prochain , et le servir en toute chose autant que tu le pourras. Si tu es l'épouse du Christ, tu dois être la servante du prochain; c'est le moyen d'être épouse fidèle , car l'amour que nous portons à Dieu ne peut lui servir et lui être utile, et nous devons servir alors notre prochain avec un sincère et tendre
1) ]\\}. .iiix Uom., x\!, 15.
amour. INoiis ne pouvons servir Dieu d'une autre manière et dans une autre forme. C'est pourquoi je t'ai dit que je désirais te voir la vraie servante et épouse de Jésus crucifié. Je termine. Demeure dans la sainte et douce dilection de Dieu, Doux Jésus, Jésus amour.