DE BOLOGNE
DOCTEUR EN DECRETALES (1).
De la vérité élcinelle que nous a nianifeslée Jésus-ChrisI en nous raclielant de nos péchés. — De la différence qu'il y a entre celui qui liait la vérité et celui qui Taimé.
AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE
1. Très-clier Frère et Fils dans le Christ, le doux Jésus, moi, Catherine, la servante et l'esclaYe des serviteurs de Jésus- Christ, je vous écris dans son précieux sang, avec le désir de vous Yoir aimer et suivre la vérité, et mépriser le mensonge. IMais cette vérité, on ne peut l'avoir et l'aimer, si on ne la connaît pas. Qui est la vérité? Dieu est l'éternelle et suprême Yérité. En qui la connaîtrons-nous ? Dans le Christ , le doux Jésus. C'est
(1) Laurent du Pin fut un jurisconsulte célèbre, qui enseigna dans l'université de Bologne, depuis 1365 jusqu'en 1391. Il fut un des anciens du gouvernement en 13G7, et fit partie du conseil des quatre cents, en 1370. L'année suivante il fut un des quatre députés chargés de faire la paix avec Grégoire XI, et ce fut lui qui répondit, en 1380, aux ambassadeurs de l'antipape, qui clicrclièrent inutilement à détacher la ville de Bologne du parti d'Urbiin VI. Il a laissé des écrits très-savants sur les décrétales.
avec son sang qu'il nous a manifesté la \érité du Père. Sa \ éritc à notre égard , c'est qu il nous a créés à son image et ressemblance pour nous donner la \ie éternelle et nous faire participer à sa félicité parfaite ; mais, par la faute de l'homme , cette Yérité ne s'accomplit point en lui ; et c'est pourquoi Dieu nous a donné le Verbe son Fils, et lui a imposé la tâche de rétablir Fhomme dans la grâce en souffrant beaucoup, en expiant le péché sur lui-même, et lui manifestant sa vérité dans son sang. Ainsi, par l'amour inefl'able que Dieu lui a montré au moyen du sang de Jésus-Christ, l'homme connaît qu'il ne cherche et ne veut autre chose que notre sanctification. C'est pour cette fin que Dieu nous a créés; et tout ce qu'il donne et ce qu'il permet dans cette vie , c'est pour que nous soyons sanctifiés en lui. Celui qui connaît cette vérité ne l'oublie pas , mais il la suit toujours et l'aime , marchant sur les traces de Jésus crucifié. Et comme ce doux et tendre Yerbe, pour nous enseigner et nous donner l'exemple, a méprisé le monde et ses délices, et a voulu souffrir la faim, la soif, les opprobres, les affronts, jusqu'à la mort honteuse de la Croix , pour honorer son Père et nous sauvei*, ainsi fait celui qui aime la vérité, qu'il a connue à la lumière de la très -sainte Toi ; car sans cette lumière , il ne pourrait la connaître, mais avec elle il la connaît; en la connaissant il l'aime, et il aime aussi ce que Dieu aime, et déteste ce que Dieu déteste.
2. 11 y a une grande différence entre celui qui aime la vérité et celui qui la déteste. Celui qui déteste la vérité est celui qui est plongé dans les ténèbres du péché mortel ; il déteste ce que Dieu aime , et il aime ce que Dieu déteste. Dieu déteste le péché, les jouissances cou-
— IGO —
pables et les plaisirs du monde , et lui Jes aime et s^eii repaît au milieu des misères du monde ; il vse corrompt dans tous les états. S'il a une charge qui Toblige à servir son prochain , il ne le sert qu'autant qu'il y trouve son avantage , car il n'aime que lui-même. Le Christ béni a donoc sa vie pour nous , et il ne voudra pas donner une seule parole utile au prochain , à moins qu'il ne soit payé, et bien payé. Si c'est un pauvre qui ne peut pas le payer, il le fera attendre avant de lui dire la vérité , et souvent même il ne la lui dira pas, mais il se moquera de lui, tandis qu'il devrait être compatissant et le père des pauvres. Il est cruel envers son àme, car il offense les pauvres. Il ne voit pas, le malheureux, que le souverain Juge ne lui rendra pas autre chose que ce qu'il reçoit de lui. Car, par sa justice , tout péché est puni , et toute vertu récompensée. Le Christ a embrassé la pauvreté volontaire et a aimé la pureté ; et cet homme misérable , qui aime et suit le mensonge , fait tout le contraire. INon- seulement il n'est pas content de ce qu'il a , et il ne s'en détache pas par amour de la vertu , mais il vole son prochain. Non -seulement il ne se contente pas de l'état du mariage , dont il peut observer les lois sans blesser sa conscience, mais, semblable à l'animal sans raison, il se plonge dans toutes sortes de misères, et, comme le porc se roule dans la fange, il se roule dans la fange de l'impureté. Mais, direz -vous, que ferai-je, puisque j'ai des richesses et que je suis dans l'état du mariage, si ces choses doivent causer la perte de mon àme ?
3. 0 mon très -cher Frère, dans tout état l'homme peut sauver son àme et recevoir en lui la vie de la grâce, pourvu qu'il évite le péché mortel. Tout état est agréable
à Dieu , qui ne s'arrête pas à la condition des personnes, mais à leurs saints désirs, .\ussi pouvons-nous tout posséder, pourvu que ce soit avec une volonté droite. Tout ce que Dieu a fait est bon et parfait ; il n'y a que le péché qu'il n'a pas fait , et qui n'est pas digne d'amour. Les richesses et les honneurs du monde , si l'homme veut les posséder, il le peut sans offenser Dieu et son âme , mais s'il les abandonne , il sera plus parfait ; car il y a plus de perfection à les abandonner qu'à les garder. Mais s'il ne veut pas les abandonner réellement, il doit les laisser et les mépriser par un saint désir, et ne pas les prendre pour l'objet principal de son affection , qui doit être Dieu seul ; il doit les garder pour ses besoins et pour ceux de sa famille, et comme une chose prêtée qui ne lui appartient pas. En agissant ainsi , aucune chose créée ne lui causera de la peine , car ce qu'on possède sans amour se perd toujours sans peine. Nous voyons que les serviteurs du monde, les partisans du mensonge, vivent dans des afflictions continuelles et sont cruellement tourmentés jusqu'à la fin. Quelle en est la cause ? l'amour déréglé que l'homme a pour lui-même et pour les choses créées qu'il aime en dehors de Dieu ; car la Bonté divine a permis que tout amour déréglé soit insupportable à lui-même. Celui-là croit toujours le mensonge, parce qu'il n'a pas en lui la connaissance de la vérité ; il croit posséder le monde , conserver ses richesses , et faire un dieu de son corps et de toutes les choses qu'il aime d'une manière déréglée; et il faut s'en séparer.