FILS DE JEAN COLOMBINI , DE SIENNE
De la vérité que Dieu nous a manifestée en nous créant a son image et ressemblance pour le posséder lui-même comme le souverain bien.
AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE
1. Très -cher Frère et Fils dans le Christ, le doux Jésus, moi, Catherine , la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus -Christ , je vous écris dans son précieux sang , avec le désir de vous voir avec la vraie et parfaite lumière. Par cette lumière , vous connaîtrez et vous verrez la vérité , cette vérité qui nous délivre ; car en la connaissant nous l'aimerons, et en l'aimant elle nous délivrera de la servitude du péché mortel. Quelle est cette vérité qu'il nous faut connaître ? c'est une vérité qui nous vient de l'amour ineffable de Dieu , et nous devons rendre à cette vérité notre dette d'amour et de haine. Gomment? en reconnaissant l'éternel et souve-
(1) La famille des Colombini a donné à l'Église deux saints qui furent contemporains de sainte Catherine. Le B. Jean Colombini, fondateur des Gesuates , et la bienheureuse Catherine Colombini , qui établit des religieuses du même ordre. L'un mourut en 1366, l'autre en 1388. Matthieu était leur cousin.
rain bien , et Tamour ineffable avec lequel Dieu nous a créés à son image et ressemblance. 11 nous a créés pour cette vérité, pour que nous goûtions la félicité parfaite, et que nous rendions gloire et honneur à son nom ; afin d'accomplir cette vérité en nous , il nous a donné le Verbe son Fils , et il nous a fait renaître à la grâce dans son sang.
2. Nous devons arriver à cette connaissance en nous y appliquant avec un grand zèle ; mais nous ne pouvons l'acquérir sans la lumière, et cette lumière, nous ne pouvons l'avoir avec le nuage de l'amour -propre. Cet amour obscurcit l'œil de l'intelligence, et l'empêche de connaître et de discerner la vérité; mais il prend le mensonge pour la vérité , et la vérité pour le mensonge ; les choses passagères lui semblent être durables et heureuses, tandis qu'elles périssent comme la fleur qui , une fois cueillie, perd sur-le-cliamp sa beauté. Honneurs, richesses , grandeurs , plaisirs , tout passe comme le vent , tout change; et nous allons de la santé à la maladie, de la richesse à la pauvreté, de la vie à la mort. L'insensé qui s'aime lui-même juge tout le contraire dans son aveuglement , et il agit en conséquence. Qui le montre ? l'amour déréglé qu'il a pour lui et pour le monde.
3. Tl en est ainsi parce qu'il a perdu la lumière; car s'il avait véritablement la lumière , il saurait que Dieu est le souverain bien , le bien incompréhensible et ineffable que personne ne peut apprécier ; car lui seul peut se comprendre el s'apprécier. Il est la souveraine et éternelle richesse, il est le juste et compatissant médecin qui nous donne les remèdes nécessaires à nos maladies. Aussi , le glorieux apôtre saint Paul disait : Quand le genre humain languissait malade, le grand médecin du
monde vint guérir nos infirmités (1). Il soigne chacun selon ses blessures , avec l'ardeur de la charité divine : quelquefois il nous soigne en nous ôtant les choses qui sont nuisibles à notre salut et qui sont un obstacle entre Dieu et nous. Aux uns il enlève leurs enfants, aux autres les biens temporels , à d'autres la santé , à d'autres les honneurs du monde , en les frappant de tribulations nombreuses ; et il ne le fait pas par haine, mais par un tendre amour. 11 nous prive des vaines jouissances de la terre pour nous donner abondamment les biens du ciel ; il est le bon, l'éternel juge, le maître juste, qui rend à chacun ce qui lui est dû. Aussi, tout bien est récompensé, toute faute est punie. C'est en forçant saintement, en domptant notre volonté perverse, c'est par la violence , que nous acquerrons les vraies et solides vertus , et notre peine sera récompensée par des biens immortels. La lumière nous fait connaître la vérité sur le monde, qui n'a en lui aucune stabilité. C'est en vain que se fatigue celui qui dépense son temps pour le monde ; en se faisant un Dieu de ses enfants et de ses richesses , il ne s'aperçoit pas que ces choses lui donnent la mort, et le privent de la vie de la grâce; il semble ignorer que Dieu a permis que l'amour déréglé le rende insupportable à lui-même; il goûte dans cette vie les arrhes de l'enfer, uniquement parce qu'il n'a pas connu la vérité, par la privation de la lumière.
4. Je ne veux pas, très-cher Fils, que nous dormions davantage; mais levons -nous avec empressement, et dissipons le nuage de Tamour-propre qui obscurcit l'œil de notre intelligence. En le faisant, vous accomplirez
(1) Ép. aux Rom., v, 6.
en vous la volonté de Dieu et mon désir; car je vois que sans la lumière, nous ne pouvons connaître la vérité, et je désire voir en vous la vraie lumière, afin que vous connaissiez parfaitement la vérité; et cette lumière, cette vérité vous rendront constant dans ce que vous avez entrepris avec un louable et saint désir. Ne tardez pas , car vous n'êtes pas sûr d'avoir le temps; mais agissez toujours sans crainte servile, avec une vraie et parfaite espérance, une entière confiance en votre Créateur. Réglez votre vie en toute chose, obéissez à la conscience , et détruisez avec une véritable persévérance tout ce qui n'est pas régulier dans votre vie. Bannissez toute tristesse de votre cœur , et reconnaissez avec une grande joie l'amour ineffable et la plénitude de la divine miséricorde qui a débordé sur vous. Foulez pour jamais le monde sous vos pieds, et répondez à Dieu qui vous appelle avec un cœur généreux et non mercenaire.
5. Aimez, comme un vrai et bon fils, à purifier souvent votre conscience par la sainte confession, et recourez à la Communion en temps et lieu convenable. Fréquentez ceux qui craignent véritablement Dieu, et employez votre temps aux veilles et à la prière autant que vous le pourrez. N'oubliez pas d'assister à l'office. Que votre imagination et votre intelligence soient toujours pleines de Jésus crucifié , et appliquez-vous à découvrir non pas les secrets de Dieu dans ses mystères cachés , mais seulement sa volonté , la douceur de sa charité , qui nous aime d'une manière ineffable et ne cherche, ne veut autre ^hose que notre sanctification. Reconnaissons aussi nos défauts, pour nous humilier sous la douce et puissante main de Dieu. Quant à l'état du mariage
où vous êtes, je vous prie d'en user comme d'un sacrement , et d'observer avec respect les jours prescrits par l'Église. Appliquez-vous dès maintenant avec votre femme à vivre de la vie des anges; respirez le parfum de la continence pour en goûter le fruit. Et ainsi vous réglerez doucement votre vie, sans attendre davantage; car, comme je vous l'ai dit, le temps ne nous attend pas. Baignez- vous dans le sang de Jésus crucifié, cachezvous dans ses douces , ses très - douces plaies ; et là , dilatez, consumez votre cœur. Gardez-vous de tourner la tête en arrière pour regarder la charrue, car je me plaindrais de vous à l'humble Agneau, et vous n'auriez personne pour vous défendre. Enfantez des vertus, et ne cessez jamais de les concevoir par l'amour dans votre cœur. Je termine. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.
CCXLllI (235). — A PIERRR,