‹ Lettres de Sainte Catherine de Sienne (volume 2)Chapitre 48 sur 160 · DE FLORENCE, QUI ASPIRE A LA PERFECTION · texte numérisé non relu

DE FLORENCE, QUI ASPIRE A LA PERFECTION

De la lumière de la sainte Foi, sans laquelle aucune œuvre ne peut être parfaite. — De ses effets.

AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE

1. Très -cher Fils dans le Christ, le doux Jésus, moi, Catherine, la servante et Tesclave des serviteurs de Jésus - Christ , je t'écris dans son précieux sang, avec le désir de voir en toi la lumière de la très- sainte Foi . Cette lumière nous montre la voie de la vérité ; et sans elle nos exercices , nos désirs et nos œuvres seraient sans utilité , sans perfection , et n'atteindraient pas le but que nous nous sommes proposé ; mais toute chose serait imparfaite, et nous serions engourdis pour la charité de Dieu et du prochain. La raison de ceci est que la foi est la mesure de l'amour, et l'amour celle de la foi. Celui qui aime est fidèle à celui qu'il aime, et le

(1) Ce disciple de sainte Catherine de Sienne était aussi très- lié avec le bienheureux Jean des cellules de Vallombreuse , qui lui adressa deux lettres sur les vertus de notre sainte. Le comte de Gonti s'occupait spécialement d'assister les pauvres prisonniers.

sert fidèlement jusqu'à la mort. 0 très- cher Fils! c'est cette lumière qui conduit l'âme au port du salut ; elle la tire de la fange de la misère et dissipe en elle tous les ténèbres de l'amour -propre, parce qu'elle lui fait connaître combien cet amour déplaît à Dieu et nuit à son salut; alors elle se lè\e avec haine, et le chasse bien loin.

2. Avec une foi vive, l'âme connaît que toute faute est punie et tout bien récompensé ; et alors elle embrasse la vertu et déteste le vice , elle met tous ses soins à être constante et persévérante jusqu'à la mort , et la lumière est en elle si parfaite, que ni le démon, ni les créatures, ni la chair fragile ne peuvent lui faire détourner la tête. Cette perfection s'acquiert par un long exercice , par l'ardeur du désir et par une profonde bumihté. Cette humilité, l'âme l'acquiert dans la cellule de la connaissance d'elle-même, par le moyen d'une humble et continuelle prière , au milieu des combats du démon et des tentations des créatures, de la volonté perverse et de la chair, qui combat toujours contre l'esprit ; elle résiste à tout avec la lumière de la trèssainte Foi ; et avec cette lumière , qu'elle puise dans la doctrine du Verbe , elle se passionne pour les souffrances et les peines que Dieu lui envoie , et elle ne choisit jamais le lieu, le moment, la manière de souffrir, mais elle s'en rapporte à l'éternelle Vérité , qui ne cherche et ne veut autre chose que notre sanctification.

3. Mais pourquoi Dieu permet- il ces fatigues et ces révoltes? pour éprouver en nous la vertu, pour qu'à la lumière nous connaissions notre imperfection et le secours que l'âme reçoit de Dieu dans les combats, dans les peines , et pour que nous compreuions l'ardeur de

sa charité dans cette volonté , que Dieu conserve bonne dans l'âme au milieu des ténèbres , des tentations et des peines. Par cette connaissance, acquise au moment de répreuve , l'âme quitte la foi imparfaite , et arrive à la foi parfaite au moyen de l'expérience qu'elle a trouvée lorsqu'elle était encore dans le chemin de l'imperfection. Cette lumière délivre notre esprit de toute confusion ; elle sert non -seulement pendant le combat, mais aussi quand l'homme tombe dans le péché mortel. Quel que soit ce péché, la Foi le relève, parce qu'à sa lumière il regarde la clémence , l'ardeur, l'abîme de la charité de Dieu ; il étend les bras de l'espérance pour recevoir et saisir le fruit du Sang , où il trouve ce doux et tendre feu par une contrition parfaite, en s'humiliant devant Dieu et devant le prochain pour Dieu , s'estimant le plus petit et le plus vil de tous les hommes. Il détruit ainsi la faute dans son âme par la contrition et l'espérance du Sang, où il est parvenu par la lumière de la Foi. Et de cette manière il parvient à une telle perfection , à un tel amour de la charité divine, qu'il peut dire, avec saint Grégoire : 0 l'heureuse et bienheureuse faute , qui nous a mérité un tel Rédempteur !

4. La faute d'Adam a-t-elle été heureuse? Non ; mais le fruit que nous recevons à cause d'elle a été heureux. Dieu a revêtu son Fils de notre humanité et l'a chargé de rétabhr le genre humain dans la grâce , et le Fils , tout transporté d'amour, a couru le faire au prix de son sang. 11 en est de même pour l'âme : sa faute n'est pas heureuse , mais le fruit qu'elle trouve dans la charité est heureux, lorsqu'elle se corrige vraiment et parfaitement avec la lumière de la Foi , comme nous l'avons dit ; et parce qu'elle augmente dans la connaissance d'elle-

même et dans l'humilité, elle court, toute joyeuse, à l'obéissance des commandements de Dieu ; elle reçoit avec haine et amour le joug sur ses épaules, et aussitôt elle court, toute transportée, donner sa vie, s'il le faut, pour le salut des âmes , parce qu elle a vu à la lumière que l'amour et les grâces qu'elle a trouvées en Dieu , elle ne peut les lui rendre. Elle peut bien lui rendre l'amour, mais non pas les services qu'elle reçoit de la grâce de Dieu , car Dieu n'a pas besoin de nous ; mais elle peut faire pour le prochain ce qu'elle ne peut faire pour Dieu ; et il est bien véritable qu'en servant ainsi le prochain charitablement , nous montrons en lui l'amour que nous avons pour l'éternelle et souveraine Vérité. C'est cette charité qui prouve si les vertus sont véritablement ou non dans l'àme ; car alors l'âme obéit avec zèle , sa volonté enchaînée accomplit la volonté de Dieu dans le prochain , et ne se laisse arrêter par aucune peine, aucun obstacle, jusqu'à la mort

5. Avec cette lumière Fàme goûte les arrhes de la vie éternelle , elle se nourrit par l'amour sur la poitrine de Jésus crucifié , elle se réjouit de dérober ainsi les vertus, la vie et la perfection des heureux habitants du ciel pendant son pèlerinage de la terre. La Foi lui donne la clef du Sang , qui ouvre la vie éternelle ; la Foi ne se confie pas en elle-même , mais dans son Créateur ? elle ne cède pas au vent de l'orgueil et de la présomption; car l'orgueil, la présomption, l'impureté et les autres vices sont les fruits de l'infidélité envers Dieu et delà confiance que nous avons en nous-mêmes. C'est là un ver qui se cache sous la racine de l'arbre de notre âme ; et si l'homme ne le tue pas avec le glaive de la haine, ce ver ronge l'arbre et le fait pencher, ou le ren-

verse à terre , si l'âme ne s'y oppose pas par son zèle et son humilité. Souvent l'homme est si aveuglé par l'amour-propre , qu'il ne voit pas ce ver, qui est caché ; et alors Dieu permet les combats et les persécutions, il permet que l'arbre penche , et quelquefois qu'il tombe ; mais il ne permet pas que sa volonté se corrompe, il laisse seulement son libre arbitre s'égarer pour un temps, afin qu'en revenant à lui-même il soit humilié par cette connaissance. En s'humihant à cette lumière, qu'il cherche ce ver, et qu'il prenne le glaive de la haine pour le tuer. Cette âme n'a-t-elle pas raison de se réjouir et de remercier Dieu de lui avoir fait voir et trouver en elle ce qu'elle ne connaissait pas? Si, assurément. Ainsi, de toute manière, mon très -cher Fils, dans quelque état que l'homme se trouve , qu'il soit juste ou pécheur, qu'il soit tombé ou qu'il se relève, il a toujours besoin de cette lumière. Quel inconvénient y a-t il à ne pas l'avoir .^^ Il serait trop long de te l'expliquer ; il suffit de ce que j'ai dit. Mais , pour te faire connaître combien il est utile et doux de la posséder, la langue ni la plume ne pourraient jamais y parvenir. Que Dieu te le fasse éprouver dans son infinie miséricorde. Je voudrais qu'il en fût ainsi, et c'est pourquoi je t'ai dit que je désirais voir en toi la lumière de la très-sainte Foi.

6. Je suis bien étonnée des lettres que tu as envoyées à Barduccio. Je ne veux pour aucune raison que tu quittes la compagnie de tes Frères en Jésus -Christ. Garde -toi bien de vouloir entrer dans un ordre religieux et de te troubler l'esprit ; mais humiUe-toi , soumets-toi au plus petit, et ne cesse pas cependant de communiquer aux autres les vérités que Dieu te fait connaître. Mettons-nous donc à nous servir des remèdes

dont nous avons parlé , pour que le démon de la tristesse et de la confusion n'attaque pas notre àme, et qu'elle ne devienne pas pire qu'elle n'était, ce qui serait bien offenser Dieu. Demeure dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.

CCXLY1(238). —A LOUIS,

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