‹ Lettres de Sainte Catherine de Sienne (volume 2)Chapitre 76 sur 160 · FILS DE JEAN VENTURE, ET A ETIENNE DE CORRADO · texte numérisé non relu

FILS DE JEAN VENTURE, ET A ETIENNE DE CORRADO

lorsqu'elle était a ROME (1).

Des trois grands ennemis de l'homme, qui sont le monde, le démon et la cliair.

1 . Très-chers Fils dans le Christ, le doux Jésus , moi , Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ, je vous écris dans son précieux sang, avec le désir de vous voir des chevaliers généreux , capables de vaincre vos trois grands ennemis. 0 très-doux Fils, ces trois ennemis sont le démon , le monde et la chair. Les deux premiers sont faciles à vaincre, car le démon a perdu la puissance qu'il avait sur nous, et, grâce au sang du Fils de Dieu, il ne peut nous faire pécher si nous ne le voulons pas ; il peut bien nous attaquer et nous troubler par des pensées mauvaises, mais il ne peut nous forcer à la moindre faute , parce que le sang de l'Agneau sans tache nous a fortifiés et délivrés de la ser-

f'J) Voir la lettre lui.

vitiide. Que peut faire aussi le monde ? absolument rien. Jl peut frapper Fécorce et accabler notre corps de persécutions, d'injures, d'opprobres et de mauvais traitements. Mais qu'est-ce que reçoit le serviteur de Dieu de toutes ces choses dans le fond de son âme? rien. Le monde se fatigue à le persécuter, et lui se réjouit , parce qu'il a mis son amour en Dieu , d'où vient toute sa joie ; il a choisi de souffrir avec Jésus crucifié, et plus il souffre sans le mériter, plus il est heureux, parce qu'il ressemble plus alors à son modèle.

2 . Il est donc vrai que ces deux ennemis sont faciles à vaincre. Mais il n'en est pas de même du troisième, qui est la chair, c'est-à-dire la sensualité , cette loi mauvaise qui combat toujours contre l'esprit. 11 n'y a pour ainsi dire pas un instant où elle ne veuille en quelque manière se révolter contre la volonté de Dieu, c'est-àdire contre toutes les bonnes inspirations que la Bonté divine nous envoie dans notre cœur ; elle les écarte tellement , que nous ne pouvons en suivre aucune tant que nous r écoutons. Mais, au contraire, toutes les pensées coupables que le démon nous donne et que Dieu permet pour augmenter la perfection et la grâce en nous , et non pas pour que nous nous laissions vaincre , cette malheureuse passion sensitive nous les fait écouter; c'est elle, en un mot, qui nous prive de Dieu, et qui dans cette vie nous cause des peines continuelles. Nous devons donc bien nous armer contre cet ennemi.

3. Je veux que chacun de vous sépare en lui la sensualité et la raison , et qu'il en fasse des ennemis irréconciliables. Que la raison s'arme du glaive de la haine et de l'amour : cette guerre ne doit pas être entreprise avec mollesse , mais avec vigueur ; il faut absolumen

tuer la sensualité , parce que c'est elle qui nous ôte la \ie de la grâce , en nous faisant résister à Dieu. Cette loi maudite use quelquefois d'un grand artifice pour nous faire tomber plus dangereusement. Elle sommeille et paraît morte en nous ; nous ne ressentons aucun combat ; nous sommes , au contraire , pleins de ferveur , tous nos actes, toutes nos pensées sont dirigées vers Dieu avec une douceur qui semble un avant- goût de la vie éternelle ; mais si nous ralentissons la guerre , si nous déposons le glaive et si nous manquons de vigilance , elle se lève plus forte que jamais et nous fait faire des chutes terribles. Je veux donc, mes enfants, que vous entrepreniez cette guerre avec l'intention de ne jamais faire la paix. Combattez toujours, faites toujours ce qui lui déplaît, et ne lui accordez jamais ce qui lui plaît. Que le chien de la conscience fasse bonne garde, et qu'il ne laisse entrer aucune pensée dans le cœur sans que la raison l'examine , et qu'aucun mouvement coupable ne passe sans qu'il soit sévèrement puni ; que cette misérable sensualité soit servante, et que la raison soit maîtresse, comme cela doit être. Mais si vous étiez négligents ou tièdes , vous ne vaincriez jamais cet ennemi ni les deux autres. Aussi je vous ai dit que je désirais vous voir de généreux chevaliers , afin que vous soyez vainqueurs. Courage donc, mes enfants; prenez ce glaive , et qu'il ne sorte jamais des mains de votre libre arbitre jusqu'à la mort. Votre ennemi ne vous quittera pas jusqu'au dernier moment; Dieu nous le laisse pour notre bien, pour que nous acquerrions la vertu avec peine au moyen de sa grâce. Je ne vous en dis pas davantage maintenant.

4, Je réponds aux lettres que toi, Pierre, tu m'as

envoyées. Je suis persuadée que, si tu avais le désir de quitter ta maison et de venir ici , tu te hâterais de terminer promptement tout ce qui te reste à faire, afin de pouvoir suivre librement et entièrement Jésus crucifié. Mais tu es négligent, et tu n'as pas pris l'arme dont j'ai parlé ; aussi, tu ne mets pas à exécution le saint désir que Dieu t'a donné. Je sais bien que tu ne crois pas que je veuille t'abandonner et que je te laisse périr, toi et les autres ; car chaque jour je vous enfante de nouveau, en présence de Dieu, par de continuelles prières, et je prie surtout pour ceux qui en ont plus grand besoin. Tâche donc de te renouveler. Je te dis la même chose , Etienne. Appliquez-vous avec zèle à quitter le monde et à courir vers Dieu, qui vous attend les bras ouverts. Venez bien vite.

5. La sainte Église et le Pape Urbain VI, grâce à la douce Bonté divine , ont reçu ces jours-ci les meilleures nouvelles qu'ils aient reçues depuis bien longtemps (1). Je vous envoie avec cette lettre une autre lettre pour le Bachelier (2) , dans laquelle vous pouvez voir comment Dieu commence à répandre ses grâces sur sa douce Épouse. J'espère de sa miséricorde qu'il continuera, et qu'il multipliera ses bienfaits de jour en jour. Je sais que sa vérité ne peut mentir, et il a promis de réformer r Église par les souffrances de ses serviteurs, par leurs humbles et continuelles prières, faites avec les larmes et les angoisses du désir. Aussi je vous invite à frapper de nouveau à la porte de sa miséricorde avec persévérance ; et je vous promets que si nous continuons à

(1) Il s'agit sans doute des lettres d'adhésion de l'Empereur, des rois de Hongrie et d'Angleterre.

(2) Fr. Guillaume, d'Angleterre. (Voir la lettre clxx.)

frapper, il nous sera ouvert. Dites -le bien à mes autres fils, et bénissez-les de notre part. Nonna, Lisa et toute la pauvre famille vous saluent dans le Christ , etc. Demeurez tous dans la sainte et douce dilection de Dieu. Toi, Etienne, tu ne viens pas... Doux Jésus, Jésus amour.

Donnée à Rome , le 1**^ janvier 1378,

GCLXXIII (265). — A NICGOLAGGIO GATERINO PETRONI,

De l'obéissance aux divins préceptes nécessaire pour avoir la vie de la grâce.

AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE

1. Très -cher Frère dans le Christ, le doux Jésus, moi, Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus -Christ, je vous écris dans son précieux sang, avec le désir de vous voir observer les doux commandement de Dieu, afin que vous puissiez participer à la vie de la grâce. Mais vous ne pourrez le faire en méprisant et en haïssant votre prochain , car le second commandement est d'aimer le prochain comme nous-mêmes. Cet amour de la créature a sa source dans la charité divine , et celui qui n'est pas dans la charité de Dieu n'est pas dans celle du prochain; et n'^ étant pas, il est comme un membre retranché du corps , qui perd aussitôt la vie et se dessèche, parce qu'il est séparé de son principe. De même l'âme séparée par la haine de la charité divine meurt aussitôt à la grâce , et Iç bien qu'elle fait ne lui sert pas pour la vie éternelle.

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