CE FUT LA DERNIÈRE QU'ELLE LUI ÉCRIVIT
Il faut se parer de vertu pour attirer les âmes k Dieu par l'exemple el par le talent reçu de Dieu.
AU KOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE
1 . Très-cher et très-doux Fils dans le Christ , le doux Jésus , moi , Catherine , la servante et l'esdaYe des serviteurs de Jésus -Christ, je t'écris dans son précieux sang , avec le désir de te voir un miroir de vertus , afin que par l'exemple de ta vie , l'enseignement de ta parole, par tes humbles et continuelles prières, tu deviennes un instrument pour tirer les âmes des mains du démon et les amener à la vertu, au Christ le doux Jésus, comme Dieu nous le demande ; car il faut faire valoir le talent que Dieu nous a donné pour pratiquer la vertu et développer la vie de l'âme. Sans cela nous serons privés de la vie de la grâce , et dès cette vie nous goûterons les arrhes de l'enfer.
(1) Cette lettre est de 1380. Sainte Catherine était près de mourir lorsque le bienheureux Etienne Maconi reçut miraculeusement l'ordre d'aller la rejoindre à Rome. Il obéit sur-le-champ. (Gigli^ t. II, p. 388.}
2. Oh ! combien est douce et utile la vertu qu'on acquiert par le moyen de la prière faite dans la cellule de la connaissance de soi-même! Nous trouvons dans cette connaissance le feu de la divine charité en voyant notre misère , notre ignorance , notre ingratitude ; nous y trouverons la source de l'humilité par la connaissance que nous aurons de nous -même dans l'infinie bonté de Dieu ; et par l'épreuve et la foi nous nourrirons notre cœur du feu de la charité. Alors notre prière sera humble , fidèle , persévérante , pleine du souvenir et de l'amour de l'humble Agneau , et nous arriverons ainsi à la vertu parfaite.
3, Et je ne m'étonne pas si par la connaissance que l'âme a d'elle-même, elle arrive à l'amour parfait et à la vertu ; car en aucun lieu nous ne trouvons l'amour de Dieu comme en nous-mêmes, puisque toutes les choses créées , Dieu les a faites pour la créature raisonnable , et cette créature raisonnable, il l'a créée pour lui-même, pour qu'elle l'aime , le serve de tout son cœur, de toutes ses forces. Aussi l'àme qui se voit tant aimée ne peut se défendre d'aimer, car c'est une loi de l'amour. L'amour de Dieu pour nous a été si grand , si incompréhensible , qu'il a voulu nous rendre ses amis lorsque nous étions devenus ses ennemis par la faute commise , et il nous a envoyé le Verbe son Fils , afin qu'il payât la dette que la créature avait contractée , nous montrant par la valeur du prix la grandeur de notre dignité et l'énormité de la faute. Ne doit -il pas vaincre et détruire la dureté du cœur de la créature raisonnable , lorsqu'elle voit à la lumière de la raison et de la très -sainte Foi l'amour de Dieu à son égard et le prix de la rançon qu'il a payée pour elle? Mais celui qui vit sans raison ne
peut jamais le voir, le connaître ; ne le connaissant pas, il ne l'aime pas ; et ne l'aimant pas , il lui est impossible d'arriver à aucune vertu.
4. Toute vertu tire sa vie de l'amour acquis dans l'ardeur de la charité. Lorsque nous avons la charité en nous , il faut nous en servir à l'égard de notre prochain, spirituellement et temporellement , selon ses besoins et selon que Dieu nous en charge , avec un ardent désir du salut du monde entier pour l'honneur de Dieu, nous réjouissant de souffrir les peines, les fatigues, la mort, s'il le faut, pour la gloire et la louange de son nom ; c'est ainsi que nous deviendrons semblables au doux Agneau. Voici maintenant le temps, très -cher Fils, où Dieu nous demande ce sacrifice, puisque nous voyons le monde dans de si épaisses ténèbres, et principalement la douce Épouse du Christ ; je veux que tu te donnes à lui avec ardeur ; et comme sans le moyen des vertus tu ne le pourrais pas , j'ai dit que je désirais te voir un miroir de vertus; et je veux que tu fasses tous tes efforts pour le devenir. Je ne te dis rien de plus ici.
5. Hier j'ai reçu une de tes lettres, à laquelle je réponds en peu de mots. Pour les indulgences que je t'avais promises , je te réponds de ne rien attendre de moi , pas plus qu'un autre service, si tu ne viens toi-même. Je ne dis pas que je refuse de t' assister dans tes besoins spirituels; jamais je n'ai plus désiré le faire et t'instruire selon ce que Dieu mettra dans mon àme ; jamais je ne t'ai offert avec plus d'ardeur en sa douce présence , car je vois que jamais tu n'en as eu plus besoin. Tu dis que ton état te déplaît ; quand il te déplaira en vérité , je m'en apercevrai, tu le quitteras tout à fait. Alors tu montreras que tu connais ton état ; mais jusqu'à présent m. 21
il paraît peu que tu le connaisses. J'espère dans la douce bonté de Dieu que, comme tu as un peu commencé à écarter le voile qui couvre tes yeux , tu Tôteras enfin entièrement. Tu verras alors ton état, et ce sera bientôt, pourvu que tu ne fasses pas résistance , ou que mes péchés ne soient pas un obstacle.
6. Je te réponds, au sujet de messire Matthieu , que je suis bien affligée des peines et des ennuis qu'il a supportés à cause de mon ignorance et de ma négligence. Sois persuadé que sa peine est plus la mienne que la sienne. Que Dieu me fasse la grâce de nous en délivrer bientôt, lui et moi. Si cette lettre, etc. Ayez patience, etc. J'ai reçu une lettre de l'abbé, qui me parle des plantes qu'il a plantées dans son jardin et dans le mien. Il espère en planter d'autres, parmi lesquelles il vous compte, vous et vos compagnons. Vous seriez déjà engagés... C'est une grande joie pour moi de vous voir sortir de l'imperfection et avancer vers la perfection; mais je suis bien surprise que tu te sois engagé sans nous en rien faire savoir ; il y a là quelque mystère (1). Je prie la Bonté divine de faire ce qui sera le mieux pour son honneur et ton salut.
7. Je n'ai jamais voulu ni désiré autre chose depuis le jour où je t'ai connu , que de te voir sortir de la fange du monde. J'ai encore aujourd'hui le même désir, et j'espère , avec la grâce de Dieu , le conserver jusqu'à la fin. Si tu crois que le Saint-Esprit t'appelle et te choisit pour cet état, tu as bien fait de ne pas résister, et j'en serai consolée. Dès que tu t'entends appeler, il faut répondre. J'aurais beaucoup de choses à te dire, mais je ne puis
(1) Etienne Maconi ne s'était pas engagé, et l'abbé, qui était celui 4es Olivetains, prenait ses espérances pour une certitude.
et ne veux pas te les écrire. Néri est à Naples , où il a été enYO} é avec l'aLbé Lisolo. Je crois qu'ils ont bien des peines , surtout spirituelles , à cause de toutes les offenses qu'ils voient commettre contre Dieu. Je termine. Demeure dans la sainte et douce dilection de Dieu. Encourage tous mes enfants , et surtout Pierre ; dis -lui qu'en disant que Dieu aime peu de paroles et beaucoup d'oeuvres, je ne lui impose pas silence, et je ne l'empêche pas de parler et de m'écrire , si c'est sa paix et sa consolation. J'ai été même quelquefois surprise de ce qu'il ne m'avait pas écrit Doux Jésus, Jésus amour.
CCLXXII (264). - A PIERRE