CCLXXXII (274). — A NÉRI DE LANDOCCIO
La considération de notre misère et de la miséricorde de Dieu donne la paix de Tàme.
AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE
1. Très-cher Fils dans le Christ, le doux Jésus, moi , Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus -Christ, je t'écris dans son précieux sang avec le désir de te voir posséder la vraie lumière , aBn que par cette lumière tu connaisses la vérité de ton Créateur. Cette vérité est qu'il nous a créés pour nous donner la vie éternelle; mais par la révolte de l'homme contre Dieu, cette vérité ne s'est pas accomplie. Alors il s'est abaissé autant qu'il pouvait le faire , puisque la Divinité s'est revêtue de notre humanité. Nous voyons aussi à cette glorieuse lumière que Dieu s'est fait homme, et cela pour accomplir la vérité en nous. Le sang du tendre Verbe nous l'a bien montré ; et ce que nous croyons par la Foi nous est garanti par le prix de ce sang. La créature raisonnable ne peut nier qu'il n'en soit ainsi.
2. Je veux donc que le trouble de ton àme soit détruit et disparaisse dans l'espérance du Sang et dans le feu de l'ineffable charité de Dieu , et qu'il reste seulement la vraie connaissance de toi-même. Cette connais-
sance, en t'humiliant, augmentera et nourrira la lumière. Dieu n est- il pas plus disposé à pardonner que nous à pécher? N'est-il pas notre médecin, et nous ses malades? N'a-t-il pas porté nos iniquités? Et le trouble de Tâme n'est -il pas le pire des défauts? Si assurément, trèscher Fils. OuYre donc l'œil de T intelligence à la lumière de la très -sainte Foi, et regarde combien tu es aimé de Dieu; et en regardant son amour, l'ignorance et la froideur de ton cœur, ne te trouble pas, mais que cette connaissance augmente le feu du saint désir et ton humilité, comme je te l'ai dit. Et plus tu verras combien tu réponds mal aux grandes grâces que t'a faites et que te fait ton Créateur , plus tu devras t' humilier et dire avec une sainte résolution : Ce que je n'ai pas fait jusqu'à présent, je veux le faire maintenant. Considère que le trouble d'esprit fait oublier entièrement la doctrine qui t'a été toujours donnée ; c'est une lèpre qui dessèche l'âme et le corps, et qui nous cause une affliction continuelle. Ce trouble enchaîne les bras du saint désir, et nous empêche de faire ce que nous voulons; il rend Tàme insupportable à elle-même, et l'agite sans cesse par des combats et des fantômes ; il ôte la lumière surnaturelle et obscurcit la lumière naturelle. Et l'àme tombe ainsi dans des infidélités nombreuses, parce qu'elle ne connaît plus la vérité pour laquelle Dieu la créée : il l'a créée pour lui donner la vie éternelle. Courage donc! que la foi vive, les saints désirs et la ferme espérance dans le Sang précieux triomphent du démon qui te trouble. Je ne t'en dis pas davantage. Demeure dans la sainte et douce dilection de Dieu. Je le prie qu'il te donne sa douce bénédiction. Doux Jésus , Jésus amour.