‹ Lettres de Sainte Catherine de Sienne (volume 2)Chapitre 83 sur 160 · CCLXXX (272). — A NÉRI DE LANDOCCIO · texte numérisé non relu

CCLXXX (272). — A NÉRI DE LANDOCCIO

DES PAGLIARESI (1).

De ropposition qu'il y a entre le Christ et le monde.

AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE

1. Mon très- cher et très -aimé Frère et Fils dans le Christ Jésus, moi, Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus -Christ, je vous écris et je vous encourage dans son précieux sang, avec le désir de vous voir uni et tout transformé dans le Christ Jésus ; et cela, mon très -doux Fils, l'àme ne peut le faire, c'est-à-dire être parfaitement semblable au Christ, si elle ne se détache entièrement de toute ressemblance avec le siècle , car le monde est opposé à Dieu , et Dieu est opposé au monde. Ils ne peuvent avoir aucun rapport ensemble, et c'est pourquoi nous voyons l'Homme- Dieu choisir la pauvreté complète, les injures, les mau-

(1) Néri, ou Ranieri de Landoccio, fut un des premiers et des plus dévoués disciples de sainte Catherine; il lui servit hahituellement de secrétaire, et souvent d'intermédiaire auprès de Grégoire XI, d'Urbain VI, et de la reine de Naples. Après la mort de sainte Catherine, il se fit ermite et mourut en odeur de sainteté. ( Voir le'procès de Venise, déposition de Thomas Caffariui, de Sienne, et la Vie de sainte Catherine , p. III , ch. 2.)

vais traitements, la honte , la faim , la soif; il a méprisé la gloire et les honneurs des hommes, toujours il a cherché la gloire de son Père et notre salut, toujours il a persévéré dans la vraie et parfaite patience ; il n'y avait pas d'orgueil en lui, mais une humilité parfaite. 0 ineffable charité! combien vous êtes contraire au siècle ! Le siècle cherche la gloire , les honneurs , les délices, l'orgueil, l'impatience, l'avarice, la haine, la vengeance, l'amour de soi-même, qui rétrécit le cœur au point de ne plus laisser.de place pour le prochain. Oh! combien sont insensés ceux qui suivent ce siècle maudit ! En voulant les honneurs, ils trouvent la honte ; en voulant les richesses , ils deviennent pauvres , parce qu'ils ne cherchent pas la vraie richesse ; en voulant la joie et les jouissances , ils n'éprouvent que tristesse et amertume, parce qu'ils sont privés de Dieu, qui est la joie suprême. Ils ne veulent ni la mort ni la peine , et ils tombent dans la mort et la peine ; ils veulent la force et la stabilité, et ils s'éloignent de la Pierre vive.

2. Vois donc, mon très- cher Fils, quelle différence il y a entre le Christ et le siècle. Aussi les vrais serviteurs de Dieu, en voyant que le monde n'a aucune ressemblance avec le Christ, font tous leurs efforts pour n'avoir aucune ressemblance avec ce monde , qu'ils veulent haïr et mépriser. Ils aiment ce que Dieu aime, et n'ont d'autres désirs que de se conformer à Jésus crucifié en suivant ses traces; ils se passionnent pour les vraies et solides vertus ; et ce qu'ils voient que le Christ a choisi pour lui , ils le veulent pour eux : mais ils ont tout le contraire. Ils ont choisi la pauvreté, l'abaissement, et ils sont toujours glorifiés ; ils ont la paix, le bonheur, la joie, la consolation, et n'éprou-

vent jamais la tristesse. Et ce n'est pas étonnant, car ils sont tout transformés par la souveraine, Téternelle Vérité et par la bonté de Dieu , qui renferme tous les biens et satisfait tous les saints désirs.

3. 11 est donc bon de suivre le Christ, pour tout quitter et se séparer de la vie ténébreuse du monde ; il faitt nous en retrancher avec le glaive de, la haine et du mépris de nous-mêmes et du pur amour de Dieu. Je vous dis, très -cher Fils, que vous ne pourrez prendre ce glaive sans vous rappeler sans cesse la pensée de Dieu et surtout l'abondance du sang de son Fils, dont il a été inondé lorsqu'il s'est immolé avec un si ardent amour sur le bois de la très -sainte Croix. C'est là que vous trouverez le glaive de la haine, car c'est à cause de la haine et de l'horreur du péché qu'il est mort. L'amour le tenait attaché; et, comme le disent les saints, ni les clous ni la Croix n'auraient pu le retenir s'il ne l'avait été par les liens de la divine charité.

4. Oui, c'est là que je veux fixer et reposer toujours le regard de votre intelligence ; c'est là que vous vous passionnerez pour la vertu et que vous trouverez la persévérance , et ni les démons ni les créatures ne pourront vous en détourner. Vous voudrez vous soumettre et vous assujettir à toute créature , à cause de Dieu , avec une vraie et parfaite humilité; vous aurez en dégoût 3t en abomination le monde et toutes ses œuvres, en vous souvenant de ce précieux sang , et vous aurez faim et soif des âmes , qui sont la nourriture des serviteurs de Dieu.

5. Je vous prie et vous conseille de prendre sans cesse avec amour cette nourriture. Que la connaissance de vos défauts ne vous arrête pas, car Dieu regarde

plus à noire bonne volonté qu'à nos défauts. Je vous le répète : vous trouverez dans l'amour du prochain pour Dieu le feu qui purifie l'àme. Pour que la vôtre soit bien purifiée , aidez frère Barthélémy de tout votre pouvoir pendant qu'il travaille à retirer les âmes des mains du démon. Si je pouvais venir l'aider, je le ferais bien volontiers , mais il ne me semble pas que ce soit la volonté de Dieu. Maintenant nous avons peu de temps , nous n'en ferons pas moins ce que Dieu nous permettra de faire; mais sachez, Frère, que ce que je ne fais pas visiblement, je le fais et je le ferai invisiblement.

6. Vous me demandez que je vous reçoive pour mon fils; j'en suis, il est vrai, indigne, je ne suis qu'une pauvre misérable, mais je vous ai reçu et je vous reçois avec un tendre amour. Je m'engage devant Dieu à répondre pour vous de toutes les fautes que vous avez commises et que vous commettez ; mais je vous en conjure, satisfaites mon désir, devenez conforme à Jésus crucifié, et séparez- vous entièrement du siècle, comme je vous l'ai dit, car nous ne pouvons être autrement semblables à Jésus- Christ. Revêtez-vous, revêtez- vous de Jésus crucifié : c'est là le vêtement nuptial qui vous donnera la grâce, et vous permettra de vous asseoir à la table de la vie éternelle avec les bienheureux. Je termine. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Bénissez et encouragez frère Barthélémy et frère Simon dans le Christ Jésus.

CCLXXXI (273). — A NÉRl DE LANDOCCIO,

De la lumière qui donne la charité.

AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE

1 . Très-cher Fils dans le Christ , le doux Jésus , moi , Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus -Christ, je t'écris dans son précieux sang, avec le désir de te voir employer la lumière que Dieu t'a donnée, afin d'augmenter en toi la parfaite lumière, parce que sans la parfaite lumière nous ne pourrons jamais posséder la vérité, l'aimer et nous en revêtir; et si nous n'en sommes pas revêtus, notre première lumière deviendra ténèbres ; et il faut arrivera la parfaite lumière, puisque Dieu nous y appelle. Je veux donc que tu t'appliques avec zèle à contempler la vérité dans l'abîme de la charité divine ; tu arriveras ainsi à la parfaite lumière surnaturelle, à l'amour très -parfait de ton Créateur et à l'amour du prochain , et tu accompliras ainsi en toi la volonté de Dieu et mon désir. Je ne t'en dis pas davantage. Demeure dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.

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