CCLXXXV (277). — A NÉRI DE LAINDOCCIO
Elle désire le voir éclairé par la lumière de la très -sainte Foi.
AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE
1. Très -cher et très -doux Fils dans le Christ, le doux Jésus, moi, Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus -Christ, je t'écris dans son précieux sang, avec le désir de voir en toi la lumière de la trèssainte Foi , afin que jamais rien de ce qui t'arrive'ne te scandalise , mais que ton âme conserve la paix dans tous les mystères de Dieu , et qu'elle considère l'amour ineffable qu'il a montré en nous faisant des créatures raisonnables, en nous donnant son image et sa ressemblance , et en nous rachetant avec le sang de l'humble Agneau sans tache. Cette vue te fera recevoir avec respect tout ce qui t'arrive ; et tu renonceras à ton jugement avec une humilité sincère toutes les fois que , par une illusion du démon , il te semblera que les choses ne sont pas ce qu'elles devraient être au milieu de tes peines spirituelles et corporelles. Je ne t'en dis pas davantage. Demeure dans la sainte et douce dilection de Dieu. Que le Christ béni te donne son éternelle bénédiction. Doux Jésus, Jésus amour.
CCLXXXYI (278). — A NÉRI DE LANDOCCIO.
Du feu de la charité qui naît de la contemplation de Jésus crucifié.
1. Mon cher et bien -aimé Fils dans le Christ, le doux Jésus, moi, Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ, je t'écris dans son précieux sang , avec le désir de te voir uni et transformé dans le feu de la plus ardente charité , afin que tu sois un vase d'élection capable de porter la parole de Dieu selon ses grands desseins , en la présence de notre doux Christ de la terre, et que tu parviennes à embraser son cœur (1). Aussi je veux , mon Fils , que tu fixes le regard de ton intelligence sur Jésus crucifié : il est la source où l'àme s'enivre et se consume d'ardents désirs. Ces désirs , je veux que tu les étendes au corps mystique de la sainte Église, pour l'honneur de Dieu et le salut de toute créature. En le faisant, tes œuvres et tes paroles seront comme la flèche qu'on retire d'un foyer bien embrasé et qu'on jette : elle embrase ce qu'elle touche, car elle ne
(1) Néri avait été envoyé à Avignon par sainte Catherine porter une lettre à Grégoire XI (lettre Ille); il s'était arrêté à Pise pour prendre la voie de mer.
peut faire autrement que de donner ce qu'elle a. De même, mon Fils, si ton âme entre dans la fournaise de la charité divine , elle sera toute changée par l'ardeur de l'amour, et en s'élançant elle communiquera ce que tu as trouvé dans le feu.
2. Et qu'as-tu trouvé en Dieu ? la haine et le mépris de toi-même , l'amour de la vertu , la faim du salut des âmes et de l'honneur du Père éternel. Tu ne peux trouver autre chose dans le doux Acerbe. Tu vois bien qu'il est mort de la faim qu'il avait de notre salut, et il en était si tourmenté , qu'il a sué non pas de l'eau , mais des gouttes de sang par la violence de l'amour. Quel cœur serait assez dur, assez obstiné pour ne pas ressentir le feu et ne pas se fondre à sa chaleur? En le regardant , vous ne pourrez vous empêcher d'être comme rétoupe qu'on met dans le feu, et qui ne peut y être sans brûler ; car la nature du feu est de brûler et de convertir en lui tout ce qui en approche. De même l'âme qui considère l'amour de son Créateur est aussitôt entraînée à l'aimer et à changer tout son cœur en lui. C'est là que se consume toute l'humidité de l'amourpropre , et que l'àme prend la ressemblance du feu de r Esprit-Saint ; et le signe qu'elle l'a, c'est qu'elle aime aussitôt tout ce que Dieu aime , et qu'elle déteste tout ce qu'il déteste.
3. Voilà pourquoi mon âme désire te voir uni et transformé dans le feu de la charité divine. Travailles-y de tout ton pouvoir, de toutes tes forces , mon Fils bienaimé , afin d'accomplir la volonté de Dieu et celle de ta pauvre et triste mère. Demeure dans la sainte et douce dilection de Dieu. Dis à Nanni et à Papi de crier si bien, que j'aie enfin de leurs nouvelles. Dis à mon fils Gherad
qu'il réponde à la voix de sa mère , qui l'appelle, et qu'il vienne bientôt, car je l'attends. Yanni, messire François, M™^ Nella et Catherine me sont toujours chers. Bénis -les au nom de la très -sainte Croix; j'en fais de même pour le père (1)... Jésus, doux Jésus. François dit qu'il n'est obligé à rien; François, le méchant, le paresseux , dit que tu salues mille fois le frère Raymond dans le Christ Jésus. Dis -lui de prier Dieu pour lui. Jésus, Jésus. Tu sais que quand j'ai obtenu l'indulgence plénière du Saint- Père (2) , il m'a obligée de dire tous les vendredis trente-trois Pater et trente-trois Ave Maria, et ensuite soixante- douze Ave Maria. Maintenant je désirerais, si tu veux bien le demander, qu'il m'oblige à jeûner tous les vendredis au pain et à l'eau ; n'oublie pas de le demander, si tu le peux. Doux Jésus, Jésus amour.
(1) Les personnes dont sainte Catherine parle étaient de la famille Buonoconti, de Pise.
(2) Cette indulgence avait été demandée par le confesseur de sainte Brigitte, Alphonse de Vadaterra. (Lettre CLXin. Sainte Catherine demandait un changement dans les conditions de Tindulgence, parce qu'elle avait peine à réciter un Paier sans entrer en extase. Son jeûne du reste était continuel. (Vie de sainte Catherine, II* p., ch. 5:)
CCLXXXYII (279). — A NÉRI DE LANDOCCIO.
De la persévérance el du progrès dans la ver lu.
AU KOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE
1 . Très-cher Fils dans le Christ, le doux Jésus, moi , Catherine, la servante et l'esclaye des serviteurs de Jésus -Christ, je t'écris dans son précieux sang, avec le désir de voir croître en toi les bons et saints désirs, avec une douce et vraie persévérance jusqu'à la mort. Pense, mon Fils , que chaque jour nous devons nous appliquer à croître en vertu; car, si nous n'avançons pas, nous reculerons. J'espère de la divine Bonté que mon désir s'accomplira en toi, pour ceci et pour d'autres choses. Je n'ajoute rien maintenant, parce que le temps presse et que j'ai beaucoup d'affaires qui ne peuvent attendre. Mets ta force en Jésus crucifié, et sois bien patient. Encourage et bénis mille fois de ma part Simon ; recommande-lui de prier Dieu pour tous tes frères, qui t'envoient bien des compliments, surtout ce négligent d'Etienne. Barduccio et François se portent bien et te saluent. Demeure dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.
CCLXXXVTIT(280) — A NÉRT DE LAINDOCCTO.
Du renoncement à soi-même.
AU NOM DE JESUS Cl^UClFIE ET DE LA DOUCE MARIE.
1 . Très cLer Fils dans le Christ, le doux Jésus , moi , Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ, je t'écris dans son précieux sang, avec le désir de te voir posséder la parfaite lumière et la connaissance de l'éternelle Yérité, afin que toutes tes œuvres soient faites avec lumière et discernement. Sans la lumière, tout est fait dans les ténèbres; et tu ne pourras avoir parfaitement cette lumière si tu ne dissipes, par la haine, le nuage de l'amour- propre. Applique-toi donc avec un grand zèle à te perdre toi-même, afin que tu puisses acquérir cette lumière , et que toutes tes pensées soient anéanties dans la pensée et la volonté de la Bonté divine. Je ne t'en dis pas davantage. Demeure dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus , Jésus amour.
CCLXXXIX (281). — A NÉRl DE LANDOCCIO.
Elle l'exhorte a se dépouiller de l'amour-propre, et à faire la communion fréquente.
AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE
1 . Très-cher Fils dans le Christ , le doux Jésus , moi , Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus -Christ, je t'écris dans son précieux sang, avec le désir de voir mourir en toi tout sentiment propre, afin que ton esprit et tes désirs ne soient jamais souillés par l'intérêt personnel , mais qu'au contraire la vertu augmente toujours eu toi. Tu le feras, si avec l'œil de ton intelligence tu te regardes dans l'éternelle Vérité ; tu ne pourras autrement déraciner l'amour-propre. Je veux donc, mon doux Fils, que tu te regardes dans la suprême et éternelle Vérité; ne perds pas de temps, et appliquetoi de toutes tes forces à supporter, autant que tu le pourras, les défauts des créatures. Tâche de ne pas négliger la sainte oraison , et de faire tous les dimanches la sainte Communion. Ne t'inquiète pas de te voir éloigné de moi corporellement , car par le saint désir et la sainte prière je serai toujours près de toi. Courage ; agis avec force et violence, afin de ravir le royaume des cieux. Je termine. Demeure dans la sainte et douce dilection de Dieu. Que Dieu te donne sa douce et éternelle bénédiction. M"'*' Lisa, Alessia, François et Barduccio te saluent. Doux Jésus, Jésus amour.
CCXC (282). — A NÉRl DE LANDOCCIO.
Elle l'exhorte à vaincre la négligence, qui est une iugralitu<ie envers Dieu.
AU WOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE
1. Très-cher Fils dans le Christ, le doux Jésus, moi, Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus -Christ, je t'écris dans son précieux sang, avec le désir de voir éteindre en toi toute négligence et toute ingratitude, car la négligence est inséparable de l'ingratitude. Si l'âme était reconnaissante envers son Créateur, elle serait pleine de zèle, et ne laisserait pas le temps s'échapper de ses mains , mais elle en déroberait plutôt par amour de la vertu. Je veux donc, très -cher fils, que, plein d'ardeur pour la vertu, et de reconnaissance pour les bienfaits reçus, tu emploies toujours le temps à une humble et continuelle prière. Je termine. Baignetoi dans le sang de Jésus crucifié, et demeure dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.
CCXCI (283). —AU SEIGNEUR ANTOINE DE GIOLO.
De l'union k Jésus-Christ par l'amour. — De la lumière nécessaire pour conserver la pureté.
AU NOM DE JÉSUS CRUCIFIÉ ET DE LA DOUCE MARIE
1. Très-cher Fils dans le Christ , le doux Jésus , moi, Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Dieu , je vous écris avec le désir de yous voir uni par de saints désirs à notre doux Sauveur ; car autrement nous ne pouvons mépriser le monde et acquérir une pureté parfaite , en conservant notre esprit et notre corps dans une vraie continence. Car, ou l'âme s'attache à Dieu et s'unit à lui par l'amour, ou elle s'unit nécessairement aux créatures en dehors de Dieu , et s'attache aux délices, aux plaisirs et aux honneurs du monde. L'âme ne peut vivre sans amour ; il faut qu'elle aime ou Dieu , ou le monde ; et l'àme s'unit toujours à ce qu'elle aime , elle s'y transforme, elle en prend toujours quelque chose. Si elle aime le monde, elle n'y trouve que la peine, parce que le péché fait naître les ronces et les épines de l'affliction. Notre chair ne nous donne que la corruption et le poison du péché ; et si l'âme suit la volonté de la chair et la passion sensitive, elle reçoit le
poison qui lui donne la mort et lui ôte la vie de la grâce, en la faisant tomber dans le péché mortel. C'est tout ce qu'elle peut recevoir d'un pareil amour. Elle est toujours dans la tristesse, et devient insupportable à ellemême y parce que Dieu a permis que toute affection déréglée soit ainsi punie.
2. Le cœur, au contraire, qui est réglé sur la douce volonté de Dieu , et qui lui est uni par l'amour, donne à Tûme ce qu'il a en lui-même. Dieu est la souveraine et éternelle douceur, et ses serviteurs trouvent la joie dans les choses amères et fâcheuses , parce qu'ils y trouvent Dieu par la grâce ; et leur àme est calme et satisfaite. Il n'y a que Dieu qui puisse satisfaire l'àme , parce qu'il est plus grand qu'elle , et qu'elle est plus grande que toutes les choses créées. Tout ce que Dieu a créé, il l'a créé pour le service de l'homme; et il a créé l'homme pour lui , afin qu'il Taimàt de tout son cœur , de toutes ses forces , et qu'il le servît dans la vérité. Aussi les choses du monde ne peuvent rassasier l'homme, parce qu'elles sont moins que lui ; il ne trouve sa paix , son repos qu'en Dieu. Son cœur alors s'agrandit, et peut contenir toutes les créatures raisonnables par le sentiment de la charité; il s'applique même à les servir; il secourt son prochain , et montre en lui l'amour qu'il a pour son Créateur.
3. Comme Dieu est la souveraine et éternelle pureté, l'àme et le corps participent à lui par l'union, et se conservent dans une pureté parfaite ; l'homme aimerait mieux mourir que de les souiller par la moindre impureté. 11 ne peut pas maîtriser les pensées de son cœur, et il éprouve souvent les mouvements de la chair ; mais ces mouvements et ces pensées ne souillent pas l'àme ;
il faudrait que la volonté y consentît librement. Dès qu'il n'y a pas de faute, il y a mérite, puisqu'il résiste saintement , et il retire toujours de ces épines la rose embaumée d'une pureté parfaite. Il arrive ainsi à une connaissance plus grande de lui-même; il se lève avec une sainte haine contre sa propre sensualité, et il se réfugie avec amour en Jésus crucifié par une humble et continuelle prière ; il voit bien que c'est le seul mo^^en d'échapper à tant de dangers. Nous avons dit que, plus il s'attache à Dieu, plus il participe à sa pureté, et il est bien vrai qu'il peut cueillir dans les combats une rose très -pure. C'est là le remède souverain contre le misérable péché de la chair faible et fragile , et contre tous les autres. Il faut nous attacher el nous rendre semblables à Dieu par l'amour ; mais ne différons pas , trèscher Fils ; le temps est court et ne nous attend pas , nous ne devons pas non plus l'attendre.
4. N'est-il pas étonnant que l'homme veuille rester dans cet aveuglement et ne pas sortir de ce sommeil ? Mais il est vrai aussi que nous ne pouvons en sortir et arriver à cette union sans la lumière. Il faut connaître à la lumière de la très -sainte Foi notre misère et nos fautes ; il faut que notre regard purifié contemple l'amour ineffable que Dieu a pour nous, et qu'il nous a manifesté dans le Verbe son Fils unique. Son Fils nous l'a montré par ce sang répandu avec tant d'amour lorsqu'il courut , comme hors de lui , à la mort honteuse de la très-sainte Croix. Comment l'àme, en se voyant tant aimée, pourrait -elle ne pas aimer? 0 très -cher Fils, ne vous éloignez pas de cette lumière , mais dissipez avec zèle le nuage de l'amour- propre, et regardez avec une foi libre l'Agneau sans tache qui vous appelle avec tant
d'amour; répondez-lui, unissez-vous parfaitement à lui, et alors vous sentirez le parfum de la pureté parfaite. Il est bon, pour combattre ce vice , de considérer à quelle dignité l'àme et la chair ont été élevées par l'union que Dieu a faite de la nature divine avec la nature humaine. Que l'àme rougisse donc de s'abandonner à de pareilles misères, en la voyant ainsi élevée au-dessus de tous les chœurs des anges. Lorsque votre esprit et vos désirs seront si doucement excités, la corruption du vice disparaîtra nécessairement.
5. Il faut aussi châtier notre corps, et le mortifier par les veilles , par une humble et continuelle prière ; il faut s'attacher à l'arbre de la très -sainte Croix, fuir les conversations , surtout celles des personnes relâchées; et ne doutez pas que Dieu ne vous fasse de grandes grâces, si vous voulez couper sans vous arrêter à dénouer. Arrangez promptement vos affaires , et courez , avec un doux et tendre désir, au joug de la sainte obéissance. Là vous tuerez votre volonté, vous mortifierez votre corps, et vous goûterez les arrhes de la vie éternelle. Rien ne vous paraîtra pénible, parce que la peine se changera en véritable jouissance. Je suis persuadée que si vous vous unissez par l'amour au doux et bon Jésus, il en sera ainsi, mais pas autrement. C'est pourquoi je vous ai dit que je désirais vous voir uni par l'amour à notre Sauveur, afin que vous arriviez à la vraie pureté , et que vous perdiez cette passion qui vous cause tant de peine. Je ne doute pas que, si vous le faites, vous n'en soyez délivré , et votre volonté préférera la mort à de nouvelles offenses.
6. Baignez -vous dans le sang de Jésus crucifié, et commencez une vie nouvelle, avec l'espérance que vos
fautes seront consumées dans le sang et le feu de l'amour. Je veux prendre vos fautes et les effacer, par les larmes et la prière , dans les flammes de la charité divine; je veux en faire pénitence pour vous. Je vous prie seulement, et je vous conjure de mépriser le monde et de le fouler aux pieds. Si vous ne le quittez prompte ment, c'est lui qui vous quittera bientôt. Ne résistez pas à TEsprit-Saint qui vous appelle. Je ne vous en dis pas davantage. Demeurez dans la sainte et douce dilection
CCXCII (284). — A PIERRE,