‹ Lettres de Sainte Catherine de Sienne (volume 2)Chapitre 97 sur 160 · CCCIV (296). - A FRANÇOIS PEPIN · texte numérisé non relu

CCCIV (296). - A FRANÇOIS PEPIN

TAILLEUR, DE FLORENCE

ET A MADAME AGNÈS, SA FEMME

De quelle manière la raison doit vaincre la sensualité.

AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE

1. Très-chers Fils dans le Christ, le doux Jésus, moi, Catherine , la servante et T esclave des serviteurs de Jésus- Christ, je vous écris dans son précieux sang, avec le désir de vous voir dépouillés de vous-mêmes et revêtus de Jésus crucifié, morts à toute volonté, à toute com~ plaisance humaine , afin que la douce vérité vive seule en vous. Car je ne vois pas que vous puissiez autrement persévérer dans la vertu; et en ne persévérant pas, vous ne recevrez pas la couronne de la béatitude, et vous perdrez ainsi le fruit de vos fatigues.

2. Je veux donc, mes doux Fils, qu'en toute chose vous vous étudiiez à tuer cette volonté sensitive, qui veut toujours se révolter contre Dieu ; et voici le moyen de la tuer : il faut que la raison siège sur le tribunal de votre conscience, et ne laisse jamais passer la moindre pensée contraire à Dieu sans la reprendre sévèrement ; que l'homme sépare en lui la sensualité et la raison, que la raison prenne le glaive à deux tranchants, le glaive de la haine du vice et de l'amour de la vertu, et que par son moyen il réduise la sensualité en

esclavage, déracinant et détruisant le \ice et les mouvements déréglés dans son àme; il faut qu'il ne donne jamais à la sensualité , son esclave, ce qu'elle lui demande, mais qu'il la foule aux pieds par Tamour de la vertu. Si elle veut dormir, il faut recourir aux veilles et à l'humble prière ; si elle veut manger, il faut jeûner; si elle veut écouter la concupiscence, il faut prendre la discipline ; si elle veut s'abandonner à la négligence , il faut faire de saints exercices ; si elle se laisse entraîner par sa fragilité ou par les illusions du démon à des pensées déshonnêtes , il faut la reprendre sévèrement , Teffrayer par le souvenir de la mort, et chasser par de saintes pensées les pensées coupables.

3. 11 faut ainsi en toute chose vous faire violence à vous-mêmes, mais toujours avec discrétion, en tenant compte des besoins de la nature, afin que le corps, comme instrument, puisse aider l'âme à servir Dieu. De cette manière , par la violence que vous ferez à cette loi perverse de votre chair et de votre volonté propre , vous aurez la victoire de tous les vices, et vous acquerrez toutes les vertus. Mais je ne vois pas que vous puissiez le faire, tant que vous serez revêtus de vous-mêmes. C'est pourquoi je vous ai dit que je désirais vous en voir dépouillés , et revêtus de Jésus crucifié ; et je vous conjure de vous appliquer à le faire, afin que vous soyez ma gloire. Soyez deux miroirs de vertu en la présence de Dieu , quittez toute négligence et toute ignorance que je vois encore en vous; ne me causez pas de peine, mais de la joie. J'espère de la bonté de Dieu que vous me donnerez cette consolation. Je termine Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.

CCCV (297). — A FRANÇOIS PEPTN,

TAILLEUR, DE FLORENCE

ET A DAME AGNÈS, SA FEMME

Il faut fuir la société des pécheurs, et rechercher celle des serviteurs de Dieu.

AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE

1. Très-cher Fils dans le Christ , le doux Jésus , moi, Catherine, la servante et Fesclaye des serviteurs de Jésus-Christ , je vous écris dans son précieux sang , avec le désir de vous voir éclairés de la vraie lumière , afin que vous persévériez dans la vertu jusqu'à la mort. Sans cette lumière , mes amis , vous marcherez dans les ténèbres et vous ne connaîtrez pas la vérité : les choses douces vous paraîtront amères , et les amères , douces. Mais en ayant la lumière nous serons prudents, et nous fuirons tout ce qui peut diminuer en nous la vertu et Famour parfait que nous devons avoir pour notre Créateur. Avec cette lumière , nous verrons combien est dangereuse la société de ceux qui vivent sans la crainte de Dieu; car elle cause notre ruine, elle abrutit la conscience, elle éloigne la prière, qui nourrit; elle chasse Fabstinence, empêche la ferveur, et développe

l'amour des vains plaisirs du monde ; elle nous ravit la sainte humilité, détruit la retenue, excite les passions et obscurcit l'œil de notre intelligencei, au point que l'âme paraît ne pas avoir commencé à connaître son Créateur. Et ainsi, peu à peu, la créature change sans s'en apercevoir : l'ange terrestre devient un démon de l'enfer. Où est la pureté d'autrefois ? oii est le désir de souffrir pour Dieu ? où sont les larmes que vous aviez coutuine de répandre en la présence de Dieu avec d'humbles et continuelles prières? où est cette charité fraternelle que vous aviez pour toute créature raisonnable? Rien n'est resté , parce que le démon a tout volé par le moyen de ses serviteurs.

2. Je ne veux pas, mes très -chers et doux enfants, que cela vous arrive ; mais que votre conversation soit toujours avec ceux qui craignent et aiment Dieu en vérité. Ceux-là sont un moyen de réchauffer nos cœurs et d'en amollir la dureté , en nous parlant doucement de Dieu , de sa bonté infinie, de sa charité envers nous. On se communique la lumière les uns aux autres , en s' entretenant de la doctrine de Jésus crucifié et de la vie des saints ; on méprise toutes les passions sensuelles , on embrasse avec une sainte modestie l'humilité, et l'humiliation, sa sœur, en se méprisant soi-même : ainsi profite la société des serviteurs de Dieu , tandis que tout le mal vient de la société des serviteurs du monde. Le Saint-Esprit a dit, par la bouche du Prophète : « Tu seras saint avec les saints , innocent avec les innocents , élu avec les élus , et méchant avec les méchants (1). » Je veux donc que vous ayez un grand soin de fréquenter

(1) Ps. XVII, 26.

toujours les serviteurs de Dieu, et de fuir ceux du monde comme le feu. Ne vous fiez pas à vous-même, en disant : Je suis fort, et je ne crains pas qu'ils me fassent tomber. Non, ne le dites pas, pour l'amour de Dieu ; mais reconnaissons que si Dieu ne nous soutenait pas, nous serions de véritables démons. N'avons-nous pas un exemple qui doit nous faire toujours trembler? Je suis persuadée que, si vous avez la vraie lumière, vous accomplirez pour cela et pour le reste la volonté de Dieu et mon désir, mais pas autrement. C'est pourquoi je vous ai dit que je désirais vous voir éclairés de la lumière parfaite. Je termine. Demeurez dans la sainte

CCCVI (298). — A FRANÇOIS PÉPIN,

TAILLEUB, DE FLORENCE,

ET A DAME AGNÈS, SA FEMME

De la persévérance dans l'amour de Dieu.

AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE

1. Très -cher Fils dans le Christ, le doux Jésus, moi , Catherine , la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ, je vous écris dans son précieux sang, avec le désir de voir augmenter en vous le feu du saint désir, de peur que, n'avançant pas, vous reculiez, et que , reculant, vous deveniez digne d'un jugement plus sévère que si vous n'aviez jamais été touché ; car il sera plus demandé à celui qui aura plus reçu. Je veux donc que vous sortiez courageusement du sommeil de la négligence, et que vous soyez plein de zèle pour augmenter en vous la lumière; car si la lumière augmente, l'amour augmentera , et si l'amour augmente, les vertus et les bonnes œuvres augmenteront aussi jusqu'à la mort; et alors vous ferez ce qui vous est demandé, c'est-à-dire que vous aimerez Dieu par- dessus toute chose, et le prochain comme vous-même.

ni, 27

2. Et toi, Agnès , je te dirai aussi , tâche d'augmenter en toi la faim de l'honneur de Dieu et du salut des âmes, et de répandre des torrents de larmes avec d'humbles et continuelles prières en présence de Dieu pour le salut du monde entier, et surtout pour la réforme de la douce Épouse du Christ , que nous voyons exposée à tant de ténèbres et de ruines. Je n'en dis pas davantage. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux

CCCVIl (299). ~ A JEAIN DE PABME ,

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