VII. — A GRÉGOIBE XI
Sainte Calherine presse le Souverain Pontife de retourner à Rome , et de ne pas suivre les conseils des cardinaux qui voulaient l'en empêcher.
AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE
1 . Très-saint Père dans le Christ , le doux Jésus, \otre indigne et misérable petite fille Catherine se recommande à vous dans son précieux sang, avec le désir de vous voir une pierre ferme et inébranlable dans vos bonnes et saintes résolutions. Résistez aux vents contraires des hommes du monde qui vous persécutent , aux ruses et à la malice des démons qui veulent empêcher le bien que causera votre retour.
2. J'ai appris par la lettre que vous m'avez adressée, que les cardinaux vous objectent la conduite du pape Clément IV, qui, au moment de faire la même chose, ne voulut pas la faire sans l'avis de ses frères les cardinaux . Reconnaissons aussi qu'il renonça souvent à son avis , qui semblait le meilleur , pour suivre celui des autres. Hélas ! très-saint Père , ils vous citent l'exemple de Clé-
(1) Cette lettre fut écrite à Avignon , où sainte Catherine arriva le 18 juin 1376; on la trouva seulement en latin dans les papiers du bienheureux Raymond qui l'avait traduite pour le Pape , qui ne comprenait pas le toscan. (\ie de sainte Catherine. Lettre d'Etienne Maconi.)
— arment IV, mais ils ne parlent pas de celui d'Urbain V, qui, dans les choses douteuses, demandait leurs conseils pour savoir si elles étaient bonnes ou non , mais qui, dans les choses claires et évidentes, comme l'est votre retour, vous pouvez en être sûr, ne s'arrêtait pas à leurs avis , il suivait le sien sans s'inquiéter de leur opposition (1). Il me semble que l'avis des bons doit toujours être pour l'honneur de Dieu , le salut des âmes et la réforme de la sainte Église ; il ne leur est pas inspiré par l'amour d'eux-mêmes , et je dis que cet avis doit être écouté plutôt que l'avis de ceux qui aiment seulement la vie , les honneurs, la puissance et les plaisirs, parce que leur avis n'a jamais d'autre but que ce qu'ils aiment. Je vous prie de la part de Jésus crucifié, qu'il plaise à Votre Sainteté de se hâter. Usez d'une sainte ruse , paraissez vouloir différer beaucoup votre départ, et parlez tout à coup ; plus vite vous le ferez, moins vous aurez à souffrir de peines et d'embarras (2). Il me semble que les cardinaux vous rappellent l'exemple des bêtes sauvages qui , une fois échappées des filets du chasseur, n'y retombent jamais. Vous avez échappé au filet de leurs conseils, où ils vous avaient pris en vous faisant différer une fois votre retour. C'était le démon qui vous avait tendu ce piège ,
(1) Urbain V résista avec fermeté aux cardinaux qui voulaient le retenir en France. Son historien raconte ce qui arriva à Marseille. Nam veniens Marsiliam , dum cardinales recusarent eum sequi , statim ibidem duos ordinavit c(irdinales , asserens quod in capillo capuccii sui sufficientes habebat cardinales. Vnde cardinales ejus constantiam videntes. suam audaciam prius habitam mutaverunt in timorem . et secuti sunt eum. (Gigli, t. I, p. 50.)
(2) Grégoire XI suivit ce conseil, et cacha jusqu'au dernier moment son départ. Sed eum ugnatis et Gallicis id in primis odiosum fore cerneret^ trirèmes in Rhodano celatis omnibus causam paratœ sunt, et Lrevi post Pontifcx eum il lis qui prœsto jubenti uffuere . delapsus est. (Biondo, lib. x. — Gigli, t. I, p. 51.)
pour faire tout le mal que ce retard a causé , mais l'Esprit Saint vous remplira de sagesse, et vous n'y tomberez plus. Hàtons-nous donc , mon doux Père, et n'ayons aucune crainte.
3 Si Dieu est avec vous, personne ne sera contre vous. C'est Dieu qui vous fait agir, puisqu'il est avec vous. Allez vite à votre Épouse qui vous attend , pâle et mourante , et vous lui rendrez la vie. Je ne veux pas vous fatiguer davantage, j'aurais cependant beaucoup de choses à vous dire. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Pardonnez à ma présomption. Je vous demande humblement votre bénédiction. Doux Jésus, Jésus amour.
Vm. — A GRÉGOIRE XI (1).
Elle rassure le Pape contre tous les dangers dont de mauvais conseillers le menacent.
AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE
1. Très-saint et bienheureux Père dans le Christ, le doux Jésus, votre indigne et misérable petite fille Catherine vous encourage dans son précieux sang, avec le désir de vous voir sans aucune crainte servile ; car celui qui est craintif perd toute la force des saintes résolutions et des bons désirs. Aussi, je prie et je prierai le doux et bon Jésus qu'il vous ôte toute crainte servile, el qu'il vous laisse seulement une sainte crainte. Que l'ardeur de la charité soit en vous , pour vous empêcher d'entendre la voix des démons incarnés , et de suivre le conseil pervers de ceux qui , par amour d'eux-mêmes , veulent, m'assure- t-on , mettre obstacle à votre retour, en vous effrayant et en disant que vous vous livrez à une mort certaine. Et moi je vous dis, de la part de Jésus crucifié , très-doux et très-saint Père , de ne rien craindre; venez en toute assurance, confiez- vous dans le Christ, le doux Jésus. Si vous faites ce que vous
(1) Cette lettre est écrite pendant le séjour de sainte Catherine à Avignon.
devez faire , Dieu vous protégera , et personne ne pourra rien contre vous.
2. Courage donc, mon Père, puisque je vous dis que vous ne devez rien craindre. Si vous ne faites pas ce que vous devez faire, vous avez, au contraire, raison de craindre. Vous devez venir, venez donc ; venez avec douceur, sans rien redouter; et si quelqu'un de ceux qui vous entourent voulait vous en empêcher, répondezlui hardiment comme le Christ répondit à saint Pierre, qui voulait , par tendresse , lui faire éviter la passion. Le Christ se tourna vers lui, en lui disant : « Retire-toi de moi, Satan; tu es pour moi un scandale, parce que tu recherches l'intérêt de l'homme plutôt que celui de Dieu; tu ne veux pas que j'accomplisse la volonté de mon Père (l). » Faites de même, très-doux Père; imitez Celui dont vous êtes le Vicaire; fortifiez- vous en vousmême , et dites hautement devant tous : Quand même je devrais perdre mille fois la vie, je veux accomphr la volonté de mon Père. Supposons qu'il y ait danger de la vie, ne faut-il pas la sacrifier? puisque c'est un moyen certain d'acquérir la vie delà grâce. Courage, et ne craignez rien , car vous ne le devez pas. Armezvous de la très-sainte Croix, qui est le salut et la vie des chrétiens; laissez dire ce qu'on veut dire, et soyez ferme dans votre sainte résolution. Mon Père , frère Raymond m'a dit de votre part de prier Dieu dans le cas où vous rencontreriez des obstacles. Je l'avais fait déjà , et après la sainte Communion , je n'ai vu ni mort, ni péril , ni aucun des dangers dont vous parlent ceux qui vous conseillent. Croyez , et confiez -vous dans le
(1) s. Matth., XVI, 23.
Christ, le doux Jésus. J'e«père que Dieu ne méprisera pas tant de prières faites avec un désir si ardent, avec des larmes et des sueurs si abondantes. Je n'en dis pas davantage. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Pardonnez -moi, pardonnez - moi ; que Jésus crucifié soit avec vous. Doux Jésus, Jésus amour.