Ma Mère et ma fille, d'après ce que vous m'écri
(1) Le désir de sainte Catherine était d'aller à Naples ; Urbain VI voulait l'envoyer à la reine; mais il en fut empêché par le refus de sainte Catherine de Suède. (Vie de sainte Catherine, p. m, c. 1.)
viez , j'espérais que celte Foi serait par \ous , avec la grâce divine , répandue parmi les infldèles , annoncée et secourue parmi nous, lorsque nous avons vu paraître le schisme; j'espérais que vous la défendriez contre ceux qui en sont souillés ; mais je vois maintenant que vous faites tout le contraire , à cause du mauvais conseil que vous avez reçu en punition de mes péchés ; vous l'avez écouté sans avoir compassion de votre salut ; et il n'y a pas de créature qui puisse réparer votre malheur : vous serez obligée d'en rendre compte vous-même devant le souverain Juge. Vous n'avez pas péché par ignorance de la vérité, car vous la connaissiez ; mais vous ne savez pas revenir sur ce que vous avez fait , parce que l'arme mauvaise de la volonté propre vous retient et vous aveugle, en vous faisant regarder comme une honte ce qui vous honorerait au contraire beaucoup : car en persévérant dans votre faute et dans le mal que vous commettez , vous vous faites blâmer et mépriser par toutes lescréatures, tandis qu'en vous convertissant, vous vous honorerez, et la gloire de votre conduite détruira la mauvaise impression de vos erreurs passées. Quant aux biens temporels et éphémères qui fuient comme le vent, vous n'avez pas non plus raison ; car vous devez craindre d'en être enfin privée , d'être déclarée publiquement hérétique. Mon cœur se brise et ne peut se briser davantage dans la crainte que le démon n'obscurcisse l'œil de votre intelligence au point de vous empêcher d'éviter le malheur et la confusion qui vous menacent , et vous ne pouvez pas certainement tomber dans une infortune plus grande.
5. Vous ne pouvez vous excuser en disant : Cela m'arrive injustement, et ce qui arrive injustement ne
cause pas de honte. Vous le mériterez justement par la faute que vous avez commise; et le Pape peut le faire, comme le véritable Souverain Pontife, car il a été bien et légitimement élu. S'il ne l'avait pas été, vous ne seriez pas coupable. Il serait donc dans son droit; par amour, et comme un bon père qui veut donner à son fils le temps de se corriger, il ne l'a pas fait , mais je crains qu'il n'y soit enfin forcé par la justice et par votre longue persévérance dans le mal. Et je ne vous dis pas cela légèrement et sans savoir ce que je dis (1). Si vous me dites : Je suis sans inquiétude, je suis forte et puissante, j'ai d'autres princes qui me soutiendront , et je sais qu'il est faible ; je vous répondrai, que c'est en vain que travaille celui qui compte sur sa force et sa vigilance pour garder la cité, si Dieu ne la garde. Oserez- vous dire que vous avez Dieu pour vous? Non , il est impossible de le dire, car vous l'avez mis contre vous : en vous mettant contre la vérité, vous vous êtes mise contre lui. La vérité délivre celui qui est pour la vérité, et personne ne peut la confondre. Vous avez raison de craindre, et de ne pas vous confier dans votre force et votre puissance, même lorsqu'elle serait plus grande que celle que vous avez ; et lui a raison de se rassurer de sa faiblesse dans le Christ , le doux Jésus , dont il tient la place , et de se confier eii, sa force et en son secours. De quel côté viendra le secours? Personne ne peut l'imaginer ; mais vous savez que si Dieu est pour nous, qui sera contre nous?
6. Craignons donc Dieu, et tremblons sous la verge de sa justice ; corrigeons-nous , et n'allons pas au delà :
(\) Urbain VI différa longtemps; il n'excommunia la reine Jeanne que dans les premiers mois de 1380.
ayez compassion de vous-même, et vous attirerez sur vous la compassion de Dieu. Ayez aussi compassion de tant d'àmes qui périsseut à cause de vous , et dont il faudra rendre compte devant Dieu au moment suprême de la mort. Revenez, il en est encore temps, et il vous recevra avec une grande bonté. Je suis persuadée que si vous avez compassion de votre àme et aussi de votre corps , si vous ne leur êtes pas cruelle , vous le ferez , et vous aurez pitié de vos sujets; mais pas autrement. C'est pourquoi je vous ai dit que je désirais vous voir compatissante et non cruelle pour votre àme. Je vous en conjure par l'amour de Jésus crucifié , croyez cette vérité et faites-la publier telle qu'elle a été annoncée à vous et aux autres princes du monde. Si vous dites : Je doute encore , restez neutre au moins , jusqu'à ce que vous voyiez avec évidence, et ne faites pas ce que vous ne devez pas faire ; recberchez les explications et les conseils de ceux que vous voyez craindre Dieu, et n'écoutez pas les membres du démon qui vous conseilleraient mal sur ce qu'ils ignorent eux-mêmes. Craignez Dieu, fixez vos regards sur lui , et pensez qu'il vous voit , que son œil est toujours sur vous, et que sa justice veut que toute faute soit punie et tout bien récompensé. Ayez, ayez pitié de vous-même. Je ne vous en dis pas davantage. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.