Quand l'àme a trouvé l'amour dans la connais
sance qu'elle a de Dieu , elle trouve l'humilité , qui est la nourrice de la charité. Où la trouve-t elle? Dans la connaissance d'elle-même , où elle a trouvé déjà la charité ; car celui qui se connaît lui-même n'a pas de motif de s'enorgueillir : le néant ne peut inspirer de l'orgueil. Celui qui n'est pas orgueilleux est nécessairement humble ; et dès qu'il se connaît et qu'il connaît la bonté de Dieu à son égard, il aime, il est humble, et l'humilité lui fait connaître ses défauts et cette loi perverse de la chair, toujours révoltée contre l'inlinie bonté de Dieu, qu'il a reconnue en lui.
4. Alors il a en horreur la sensualité, et la haine qu'il ressent le pousse à en tirer vengeance. Gomment le fera-t-il ? En faisant le contraire de ce que veut l'amour sensitif. S'il veut se complaire dans le vice, la raison lui fera trouver son bonheur dans la vertu ; s'il recherche les honneurs, la fortune, les plaisirs coupables, s'il veut commettre l'injustice à l'égard du prochain , son àme , qui a connu Dieu à la lumière de la raison, s'en vengera en méprisant le monde et toutes ses déhccs; elle s'en sépare réellement, ou, si elle ne le fait pas , elle s'en sépare au moins par ses saints désirs. C'est ce que doit faire toute créature raisonnable qui veut accomplir la justice; car elle rend avec justice gloire et honneur à Dieu , elle prend pour elle la haine , l'horreur de la sensualité et l'amour de la vertu, et elle donne au prochain les sentiments et les efforts de sa charité en se fatiguant pour son salut. L'àme offre ses prières , et le corps ses biens pour l'assister ; et , s'U n'en a pas , il l'assiste d'une autre manière. Si celui qui agit ainsi a le commandement, il rend justice au grand comme au petit, au pauvre comme au riche j il ne craint
de déplaire à aucune créature, mais il craint Dieu seulement, parce que la crainte servile se perd dans l'amour de Dieu et dans la sainte haine de soi-même ; et c'est là la principale vengeance qu'il tire de la sensualité.
5. Il se venge aussi d'une autre manière, car il châtie sa chair quand elle se révolte contre l'esprit ; il n'est pas encore content , il lui semble qu'il fait peu , et il désire que les autres fassent davantage pour lui, lorsqu'il pense aux oifenses qu'il a commises contre son Créateur ; il ne s'étonne pas des injures et des tribulations qui lui viennent des créatures ou de Dieu , car Dieu l'éprouve quelquefois en lui retirant les consolations spirituelles, et en l'abandonnant aux tentations et aux attaques du démon ; mais il s'applique à supporter tout avec patience , et il se fait violence en maîtrisant sa volonté. Au lieu de se scandaliser, il s'humilie et se reconnaît digne de toute sorte de peines et indigne de la récompense qui suit la peine , indigne de la paix et du repos de l'esprit. Il montre aussi sa patience, qui est la moelle de la charité ; et de cette manière il accomplit toute la loi, car il aime Dieu par-dessus toute chose, et le prochain comme lui-même. Comment a-t-il vu et connu la loi ? Avec l'œil de l'intelligence et à la lumière de la très- sainte Foi. Où la trouve-t-il? Dans la connaissance de lui-même ; car dans cette connaissance il trouve la bonté de Dieu , et il l'aime ; il trouve sa misère, et il s'humilie, et il conçoit la haine du vice et de la sensualité. Sans cette connaissance , il ne pourrait donc observer la loi, et celui qui ne l'observe pas est privé de la grâce et du règne de Dieu : ce règne est l'héritage que le Père suprême donne à ses enfants légi-
times qui combattent courageusement sur le champ de bataille contre leurs ennemis et ne détournent jamais la tète. C'est pourquoi je tous ai dit que je désirais vous voir l'observateur fidèle des saints et doux commandements de Dieu, afin que vous ayez ici-bas la vie de la grâce et au ciel la vie éternelle. Je vous prie donc, pour l'amour de Jésus-Christ, de vous appliquer à les observer jusqu'à la mort. Je termine. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.