DU PEUPLE ET DE LA COMMUNE DE PÉROUSE
Elle les prie de vouloir bien assister la sainte Église et le Pape Urbain VI.
AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE
1. Très -chers Frères dans le Christ Jésus, moi, Catherine, l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ, je vous écris dans son précieux sang , avec le désir de vous voir être utiles à votre Père et à vous-mêmes; car en lui étant utiles, vous êtes utiles à votre salut spirituellement et temporellement : spirituellement, puisque vous servez cette douce Épouse du Christ, la sainte Église, et le Pape Urbain VI ; vous acquittez la dette que tous sont obligés d'acquitter, et en le faisant nous montrons que nous sommes reconnaissants à l'égard de Dieu et à l'égard du Pape, qui nous fait sans cesse tant de grâces, que nous ne pourrons jamais comparer ce que nous faisons pour lui à ce qu'il nous a donné. Ce qu'il nous donne est un bien qui nous vaut la vie éternelle : ce sont les sacrements de la sainte Église et les autres trésors spirituels
(1) Les magistrats qui gouvernaient Pérouse s'appelaient les prieurs du peuple, et étaient au nombre de dix.
qui conservent la vie, et qui nous profitent par les mérites du précieux Sang , si nous les recevons avec une vraie et sainte disposition , et avec la lumière de la trèssainte Foi ; car autrement ils nous donneraient la mort, non par la faute de ces dons et de Celui qui les donne, mais à cause de l'état coupable où nous les recevrions. Tous ces sacrements nous sont administrés par lui , et sans lui nous ne pourrions les recevoir ; car il tient les clefs du sang de l'humble Agneau répandu pour nous avec tant d'amour : il nous donne donc un bien infini , pourvu que nous soyons disposés comme nous l'avons dit; et nous devons lui donner, si nous voulons payer notre dette , une chose finie , c'est-à-dire un peu de ces choses passagères, pour l'assister dans ses besoins. Nous devons lui donner notre désir dans une humble prière, nous devons lui donner notre fortune avec amour, comme doit le faire un fils à l'égard de son père. Vous voyez bien qu'on ne peut établir d'autre comparaison que celle d'une chose finie avec une chose infinie. Nous en profiterons aussi temporellement : et comment? Nous étions des fils révoltés contre l'obéissance de notre Père , et nous étions justement privés de son héritage ; il nous a rendu nos droits, il nous a pardonné l'injure faite à Dieu et à lui , il a étendu les ailes de sa miséricorde , et il a pourvu au salut de l'àme et du corps. Nous devons donc être reconnaissants pour alimenter en nous la source de la piété, et ne pas la tarir.
2. Voici le moment de montrer notre reconnaissance, puisque nous voyons souiller notre foi. En le faisant, nous ferons bien; nous acquitterons notre dette, nous serons obéissants de cette obéissance qui attire la grâce et qui donne la vie. Soyons donc utiles à nous-mêmes
en satisfaisant aux besoins spirituels de notre âme. C'est par l'obéissance à la sainte Église et au Souverain Pontife que nous acquerrons toutes les grâces dont il est le ministre; en n'obéissant pas , nous en serons privés , et nous nous ferons tort par notre faute. Vous voyez qu'en assistant notre Père, nous obtiendrons nous-mêmes des grâces spirituelles et temporelles. Comment? Je vais vous le dire. Vous savez que nous sommes exposés maintenant à de grands embarras , et que nos pays sont menacés par des ennemis puissants. Nous sommes faibles comme le verre, par nos fautes et notre grande désunion. En nous séparant de notre Père et en ne le secourant pas , nous nous exposerons beaucoup , nous nous séparerons de notre force, et nous serons trop faibles. Si nous ne montrons pas dans les difficultés que nous sommes pour lui, nous montrerons que nous sommes contre lui, suivant cette parole de la douce Vérité : a Celui qui n'est pas pour moi est contre moi (1). » Nous lui donnerons sujet, dans les grandes difficultés qui nous menacent , de nous rendre ce que nous lui donnons : et vous ne pouvez douter, à moins d'être les plus ignorants des hommes, que le bras de la sainte Église, pour s'être affaibli , n'est pas brisé , et que cette faiblesse même fait sa force et celle de celui qui s'y appuie. Nous appellerons ensuite les châtiments divins sur nous en montrant une pareille ingratitude : Dieu s'irriterait justement contre nous et nous frapperait de sa verge, parce que nous ne secourons pas notre Père , le Pape Urbain VI, et notre Foi, ovL nous voyons que des hommes coupables ont répandu les ténèbres dans leur cruelle méchanceté.
(1) s. Matth., xii, 30.
Mais la lumière confondra leurs ténèbres, et la vérité leur mensonge.
3. Ne tardez plus ; secouez le sommeil de la négligence , et faites avec zèle ce que vous pouvez faire pour le bien de la sainte Église. Ce bien est le nôtre , et chacun doit y travailler pour soi-même , puisque nous en profitons autant que notre Père, comme je l'ai dit. Soyez courageux, et ne reculez par aucun motif de crainte servile, car il ne faut avoir d'autre crainte que la sainte crainte de Dieu. Si nous sommes des fils véritables et si nous voulons l'héritage , nous secourerons notre Père en nous étant utiles à nous-mêmes , et nous donnerons non- seulement notre fortune, mais notre vie même s'il le faut. Hélas ! je vois que le froid engourdit nos cœurs, et que l'aveuglement obscurcit l'œil de notre intelligence ; nous ne pouvons plus sentir et connaître le danger que nous avions vu d'abord. Nous sommes comme des insensés , méconnaissant notre malheur et les grâces que nous avons reçues jusqu'à présent, comme le prouvent nos actes; nous n'avons donné pour tout secours que des paroles. Il faut porter enfin des fruits , et je verrai par ces fruits si vous aimez et si vous honorez notre Foi par une vraie et prompte obéissance , en secourant la sainte Église. Unissez- vous ensemble par Jésus crucifié; puis ne craignez aucun tyran , car le secours de Dieu , pour l'amour de qui vous assisterez son Épouse , vous délivrera. Ouvrez les yeux, mes très -chers Frères, sans vous laisser égarer par l'amour sensitif ; voyez le bien qui peut en résulter et qui en résultera si vous agissez comme je l'ai dit , et le mal qui vous menace du côté de Dieu et des hommes ; si vous ne le faites pas, vous devez
attendre les châtiments de la justice divine. J'espère de la bonté de Dieu qu'il vous fera connaître ce que vous devez faire ; en le connaissant, vous le ferez ; en le faisant, vous vous attacherez au bien, et vous éviterez le mal. Je prierai Dieu pour cela de tout mon cœur , de toute mon âme. Je ne vous en dis pas davantage. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Pardonnezmoi si je vous ai fatigués de mes paroles ; le besoin de la sainte Église et de votre salut m'y a forcée. Je vous salue humblement. Doux Jésus, Jésus amour.
LXXm (206). — AUX ANCIENS