‹ Lettres de Sainte Catherine de Sienne (volume 3)Chapitre 95 sur 100 · très-cher Père , quel est le cœur assez dur, assez · texte numérisé non relu

très-cher Père , quel est le cœur assez dur, assez

(1) Barnabe Visconti, seigneur de Milan, était un prince très-remarquable par sa valeur et ses teJents, mais d'une ambition effrénée et d'une cruauté sans bornes. Il protégea les lettres , attira Pétrarque à sa cour, et fonda l'Université de Pise. Il fut détrôné par son neveu Jean Galéas, et mourut emprisonné en 1385.

obstiné pour ne pas s'attendrir s'il regarde l'amour que lui porte la Bonté divine. Aimez , aimez , pensez que vous avez été aimé avant d'être aimé. Car Dieu , en regardant en lui-même, s'est passionné pour la beauté de sa créature , et il l'a faite , poussé par l'ardeur de son ineffable charité, uniquement pour qu'elle ait la vie éternelle et qu'elle jouisse du bonheur infini dont il jouissait en lui-même. 0 amour ineffable! que vous avez bien prouvé cet amour 1 L'homme , en perdant la grâce par le péché mortel, par la désobéissance commise contre vous , Seigneur, n'en a pas été privé. Considérez, mon Père , par quel moyen la clémence du Saint Esprit a rétabli la grâce dans l'homme; voyez comment la grandeur suprême de Dieu a revêtu l'esclavage de notre humanité avec un tel abaissement, avec une humilité si profonde , que tout notre orgueil doit en être confondu. Que les fils insensés d'Adam rougissent donc de voir Dieu humilié jusqu'à l'homme, comme si l'homme était maître de Dieu , et non pas Dieu maître de l'homme ; car l'homme n'est rien par lui-même ; tout ce qu'il a , Dieu le lui a donné par grâce et non par obligation. Aussi personne se connaissant soi-même n'offensera jamais Dieu mortellement, et ne se laissera aller à l'orgueil à cause de sa grandeur et de sa puissance. Celui qui posséderait le monde entier doit reconnaître son néant , car il est sujet à la mort comme la plus vile créature. Les folles jouissances du monde passent pour lui comme pour les autres, et il ne peut empêcher que la vie, la santé, toutes les choses créées ne disparaissent comme le vent. Toute la puissance que nous avons ici-bas ne doit pas nous faire croire puissants. Qu'est-ce qu'une puissance qui peut m'être enlevée et qui ne dépend pas

de ma liberté? 11 me semble qu'on ne doit appeler personne seigneur, mais plutôt dispensateur, et cela pour un temps , et non pour toujours , selon le bon plaisir de notre doux et véritable Seigneur.

3. Si vous me dites : L'homme, en cette vie, n'a-t-il rien dont il soit le maître ? Je vous répondrai : Il a le plus doux , le plus agréable , le plus solide des biens : c'est la cité de notre âme. Oh ! oui, quelle chose plus grande , plus précieuse , que d'avoir une cité que Dieu habite , lui qui est le Bien suprême , où se trouve la paix, le repos et toute consolation. Et cette cité est si forte, vous y êtes si puissant , que ni le démon ni les créatures ne pourront vous l'enlever, si vous ne voulez pas. Elle ne se perd jamais que par le péché mortel. Le maître alors devient le serviteur et l'esclave du péché ; il est avili et perd toute sa dignité. Mais personne ne peut le forcer à commettre le moindre péché, parce que Dieu l'a placé dans la plus forte chose qui soit au monde, dans la volonté. Si elle dit oui par le consentement, elle pèche aussitôt en prenant plaisir au péché ; si elle dit non , elle aimera mieux la mort que d'offenser Dieu en son âme. Celui qui fait ainsi ne pèche jamais; il garde la cité , il est maître de lui-même et du monde entier. Il méprise le monde et toutes ses délices , les estimant choses corruptibles et pires que la fange. Aussi les saints disent que les serviteurs de Dieu sont de vrais souverains qui ont remporté la victoire II y en a beaucoup qui se rendent maîtres de la cité et de la forteresse. Celui qui n'a pas triomphé de lui-même et de ses ennemis, c'est-à-dire du monde, de la chair et du démon, peut bien dire qu'il ne possède rien.

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