‹ Lettres de Sainte Catherine de Sienne (volume 4)Chapitre 101 sur 115 · ERMITES AD CAMPO SANTO, A PISE · texte numérisé non relu

ERMITES AD CAMPO SANTO, A PISE

Du désir de donner sa vie pour l'amour du Clirisl en se consumant dans le feu de la charité.

AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE

1 . Mes très-chers et bien-aimés Fils dans le Christ , le doux Jésus, moi, Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ, je vous écris dans son précieux sang, avec le désir de nous voir sacrifier notre corps pour le doux nom de Jésus. Oh! combien serait heureuse notre àme, si sa miséricorde nous faisait la grâce de donner pour lui ce qu'il a donné pour nous avec tant d'amour et de charité ! O feu qui brûle sans consumer, et qui ne consume dans l'àme que ce qui est séparé de la volonté de Dieu ! C'est ce feu qui brûlait l'Agneau sans tache sur le bois de la très -sainte Croix. 0 cœurs endurcis et grossiers , qui peuvent résister à cette ardeur ! Je ne m'étonne pas si les saints , qui n'étaient pas aveuglés par l'amour-propre , s'appliquaient tout entiers à connaître la bonté de Dieu et le feu de son ardente charité. La pensée du précieux Sang les faisait courir répandre leur sang. Voyez cette ardeur sans

borne de saint Laurent, qui sur son lit de feu est tranquille en présence du tyran. Ah! Laurent, ce feu ne vous suffit donc pas? Il répond que non , parce que son amour est si \iolent , que les flammes intérieures éteignent les flammes extérieures.

2. Ainsi donc, mes Fils bien-aimés dans le Christ, le doux Jésus, que vos sentiments et vos désirs ne meurent pas jusqu'au dernier moment de votre vie. Ne dormez pas , et soyez vigilants ; et il n'y a pas d'autre moyen de l'être que d'avoir une haine continuelle. De cette haine naît la faim de la justice, qui fait désirer que les animaux même nous punissent; et quand elle est punie, l'àme se purifie dans ces douces flammes, où elle comprend la bonté de Dieu à notre égard. Lorsqu'elle est plongée dans cet abîme d'amour, lorsqu'elle voit que Dieu veut agrandir son cœur, alors l'œil de l'intelligence s'ouvre pour comprendre , la mémoire pour retenir, et la volonté s'applique à aimer ce que Dieu aime L'àme s'écrie : 0 Dieu aimable , qu'aimez-vous davantage ? Et notre Dieu si doux répond : Regarde en loi, et tu trouveras ce que j'aime.

3. Oui, regardez en vous, mes Fils bien-aimés, et vous trouverez , vous verrez avec quelle bonté , avec quel ineffable amour il vous aime et il aime aussi toutes les créatures raisonnables. A cette vue, l'àme transportée s'applique tout entière à aimer ce que Dieu aime davantage, c'est-à-dire ceux qui sont nos frères; et les désirs de son amour sont si grands, qu'elle voudrait donner sa vie pour leur salut et pour leur rendre la vie de la grâce; elle se nourrit des âmes, et fait comme l'aigle , qui regarde toujours le disque du soleil et s'élève sans cesse; puis il regarde la terre, y prend sa

nourriture, et s'en rassasie dans les airs. Ainsi fait la créature : elle regarde en haut, où est le Soleil du divin amour, puis vers la terre , c'est-à-dire vers l'humanité du Yerbe incarné , du Fils de Dieu ; et , en regardant ce Verbe et cette humanité sortie du sein de la douce Marie, elle voit sur cette table la nourriture qu'elle prend ; et non-seulement elle s'en nourrit sur la terre de l'humanité du Sauveur, mais elle s'élève avec cette nourriture dans la bouche, et elle entre dans l'àme du Fils de Dieu embrasée et consumée d'amour.

4. Elle reconnaît que c'est un feu sorti de la puissance du Père , qui nous donne la sagesse du Fils et la force du Saint-Esprit; et cette force, cette union est si grande, que ni les clous ni la Croix n'auraient pu retenir le Verbe sans ce lien d'amour. L'union est si étroite, que ni la mort ni aucune cause ne peuvent séparer la nature divine de la nature humaine. Oui , je veux que vous preniez cette douce nourriture; et si vous me demandez quelles ailes il faut prendre : les ailes de la haine, de la mort, avec les souffrances, les mépris, les outrages , pour Jésus crucifié. Ne voulez pas , ne désirez pas savoir autre chose que Jésus crucifié; qu'en lui seul soit votre gloire, votre consolation et tout votre repos. Abreuvez -vous, nourrissez -vous de son sang; Dieu voit vos désirs. Je termine. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.

CLXXXlll (137) — A NICOLAS,

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