CLXXXVII (141). — A MESSIRE MATTHIEU
BECTEUR DE L'eGLISE DE LA MISÉRICORDE DE SIENKE. PENDANT qu'elle ÉTAIT A PISE (1).
L'amour de Dieu fait naître la charité envers le prochain.
AU NOM DE JÉSUS CRUCIFIÉ ET DE LA DOUCE MARIE
1. Mon très-cher et bien -aimé Fils dans le Christ Jésus, moi, Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ, je vous écris dans son précieux sang, avec le désir de vous voir tout enflammé du feu de l'amour, afin que vous deveniez une même chose avec la douce Vérité suprême. Et vraiment, l'àme qui par amour est unie et transformée en Dieu, fait comme le feu , qui consume eu lui l'humidité du bois , et lorsqu'il l'a bien échauffé , il le brûle et le convertit en lui , en lui donnant la couleur, la chaleur et la puissance qu'il a lui-même. De même l'àme qui regarde son Créateur et son ineffable charité commence par sentir la chaleur de la connaissance d'elle-même ; cette connaissance con-
(1) Sainte Catherine fit le voyage de Pise en 1375, sur la demande de beaucoup de personnes notables de la ville. Elle s'y attacha de nombreux disciples, et maintint le peuple dans l'obéissance au Saint-Siège. (Voir Vie de sainte Catherine, 11» p., ch. 8.)
sume l'humidité de Tamour-propre , et la chaleur augmentant, l'àme se jette avec un ardent désir dans la bonté infinie de Dieu, qu'elle trouve en elle. Elle participe alors à son ardeur, à sa vertu , parce qu'elle se nourrit avec délices des âmes et des créatures raisonnables ; elle s'approprie , par l'amour et le désir, la couleur et la douceur des vertus qu'elle tire du bois de la sainte Croix, qui est l'arbre adorable où se repose le fruit divin , l'Agneau sans tache , Dieu et homme tout ensemble. C'est ce fruit délicieux qu'elle voudrait communiquer au prochain ; car elle ne pourrait produire et donner un autre fruit que celui qu'elle tire de l'Arbre de vie ; elle s'y est greffée par l'amour et le désir, lorsqu'elle a vu et connu la grandeur de la Charité infinie.
2. 0 mon très- cher et très-doux Fils dans le Christ Jésus ! c'est ce que mon àme souhaite voir en vous , pour que le désir de Dieu et le mien s'y accomplissent. Aussi je vous conjure et je vous commande de vous appliquer sans cesse à consumer l'humidité de l'amour -propre, de la négligence et de l'ignorance. Augmentez en vous le feu d'un saint et violent désir, en vous enivrant du sang du Fils de Dieu. Courons, tout affamés de son honneur et du salut des créatures ; prenons hardiment le lien avec lequel il fut lié sur le bois de la très- sainte Croix, et lions-en les mains de sa justice. Voici le temps de crier, de gémir, de se lamenter ; oui, c'est le moment, mon Fils, car l'Épouse du Christ est persécutée par les chrétiens, ses membres révoltés et corrompus; mais ayez courage, parce que Dieu ne méprise pas les larmes, les sueurs, les soupirs qu'on offre en sa présence. Mon àme se réjouit dans sa douleur et tressaille d'allégresse, u. 34
parce qu'au milieu des épines elle sent l'odeur de la rose qui va s'ouvrir. La douce Vérité première a dit qu'avec cette persécution s'accompliraient sa volonté et nos désirs. Je me réjouis aussi des bonnes pensées du Christ de la terre au sujet de la sainte croisade , comme de tout ce qui s'est fait ici et de ce qu'y opère la grâce divine. Aidez-moi, mon Fils; enivrez-vous du sang de l'Agneau. Je ne veux pas vous en dire davantage. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu, vous reposant toujours à l'ombre de l'arbre de la trèssainte Croix. Doux Jésus, Jésus amour.
CLXXXVni(142).— AU MÊME MESSIRE MATTHIEU.
Du renoncement k la volonté propre pour se conformer en toutes choses à celle de Dieu.
AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE
1. Mon très-cher Fils dans le Christ, le doi^x Jésus, moi, Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ, je vous écris dans son précieux sang, avec le désir de vous voir baigné et anéanti dans le sang de Jésus crucifié, dans ce sang qui enivre tellement l'âme, qu'elle se perd elle-même; elle veut qu'il ne reste rien en elle que ce sang. Le temps, le lieu, la consolation, la tribulation, les injures, les mépris, les outrages, tout ce qui lui arrive, de quelque côté que ce soit , pour elle ou pour les autres , elle ne veut rien choisir, mais elle soumet tout à la volonté de Dieu, qu'elle trouve dans le sang du Christ ; car ce sang manifeste cette douce volonté, qui ne cherche et ne veut autre chose que notre sanctification. Tout ce que Dieu donne ou permet n'a pas d'autre fin. 11 donne tout par amour, afin que nous soyons sanctifiés en lui. C'est ainsi que s'accomplit sa vérité.