‹ Lettres de Sainte Catherine de Sienne (volume 4)Chapitre 107 sur 115 · La vérité est qu'il nous a créés pour la gloire et · texte numérisé non relu

La vérité est qu'il nous a créés pour la gloire et

l'honneur de sou nom, et pour que nous participions à sa béatitude et à son ineffable charité , dont on jouit parfaitement dans la vision de Dieu. L'âme a compris et vu avec Tceil de l'intelligence la volonté du Père éternel dans le sang du Fils ; et c'est pourquoi elle s'anéantit dans le Sang, à la lumière de la douce volonté de Dieu, qu'elle trouve dans ce sang. Elle n'a jamais de peine , et ne suit sa volonté ni pour elle ni pour les autres ; elle ne s'afflige pas de ceux qu'elle perd, parce qu'elle est morte à tous. Que s'applique- t-elle donc à faire? Ce qu'elle trouve dans le Sang. Et qu'y trouve -t-elle? L'honneur du Père et le salut des âmes ; car le Verbe ne s'est jamais appliqué à d'autres choses ; il s'est placé à la table de la sainte Croix pour s'y nourrir des âmes , sans craindre aucune souffrance.

3. Nous qui sommes ses membres, humilions-nous donc, et nourrissons- nous du sang de l'Agneau immolé et consumé pour nous. En le faisant, nous aurons la vie, et nous goûterons les arrhes de la vie éternelle j nous aurons la lumière, et nous perdrons les ténèbres dans la lumière ; nous perdrons tout scandale et tout murmure, et nous ne jugerons pas les autres , sous prétexte de bien ou de mal ; mais , étant perdus et anéantis dans le Sang , nous ferons de même pour les autres , el nous serons persuadés que le Saint-Esprit les guide. Il en est autrement de ceux qui sont éprouvés, et qui ne se sont pas entièrement renonces. Souvent ils ressentent une grande peine en se faisant les juges de la conduite et des actions des serviteurs de Dieu; ils se scandalisent et murmurent ; ils font souvent murmurer en communiquant aux autres leur peine et leurs opinions, qu'ils devraient détruire dans le Sang, ou exposer seule-

ment à la personne dont il s'agit, sans en entretenir les autres. S'ils étaient éclairés et anéantis dans le Sang , ils feraient ainsi ; mais , parce qu'ils ne sont pas encore arrivés à cette grande perfection du renoncement de la volonté , nécessaire au serviteur de Dieu, qui doit mourir entièrement au monde, il leur reste des jugements sur des choses spirituelles qu'ils ignorent, et l'ignorance les fait tomber dans des erreurs et des fautes.

4. Gourons donc, mon cher et bien -aimé Fils, et jetons- nous tout entiers dans le glorieux et précieux sang du Christ; que rien ne reste en nous qui n'y soit plongé ; supportez avec respect et patience la fatigue , les injures, les murmures et toute chose; soyez pleins d'amour et de révérence pour les serviteurs de Dieu , les conseillant, mais ne murmurant pas contre eux, et ne faisant pas connaître votre opinion à leur égard. De cette manière nous empêcherons les murmures , au lieu de les occasionner. Agissons ainsi ; nous ne le pouvons que dans ce sang ; je ne vois pas d'autre moyen ; et c'est pourquoi je vous ai dit que je désirais vous voir enivré du sang de Jésus crucifié; c'est un besoin, une nécessité; oui, je veux que nous le fassions; je vous prie et vous conjure de le demander particulièrement à la Vérité suprême pour moi , qui ai besoin de m'anéantir et de me consumer ainsi, afin de recevoir la lumière parfaite pour connaître et voir mes brebis perdues et retrouvées, pour les placer sur mes épaules et les rapporter au bercail.

5. Combien est grande l'ignorance d'une brebis qui ne connaît pas la voix de son pasteur ! Vous entendez depuis longtemps la voix du pasteur que vous devriez

suivre, et il semble que vous faites le contraire; vous suivez vos opinions, allant à l'aventure et ne sachant ce que vous dites; vous écoutez les jugements et les conseils des hommes. Il semble que vous avez perdu la lumière de la Foi ; comme si le pasteur qui vous appelle et qui voudrait donner sa vie pour votre salut vous appelait avec une voix humaine , et non pas avec la divine et douce volonté de Dieu. Que ne peuvent faire oublier à l'àme les paroles des créatures et l'ignorance des brebis qui ne l'accomplissent pas en elle et dans les autres! Voyez ce qu'a fait le très-doux Jésus : les murmures des Juifs qui se scandalisaient et notre ingratitude ne l'ont pas empêché d'accomplir l'honneur de son Père et notre salut. Ainsi doit faire celui que Dieu a choisi pour suivre l'Agneau. Il ne doit tourner la tête en arrière pour aucune cause que ce soit ; et si les brebis malades, qui devraient être saines, murmurent dans leur égarement, le pasteur ne doit pas abandonner ceux qui sont en danger de mort, et pour lesquels il doit chercher à donner sa vie ; il ne doit pas abandonner les aveugles pour ceux qui ont les yeux mauvais.

6. Ne faites pas ainsi, mais voyez les saints qui voyageaient ou restaient en repos, selon ce qui leur paraissait le mieux pour la gloire de Dieu. Soyez persuadé qu'en restant ou en voyageant ils occasionnaient toujours une infinité de murmures (1). Quand ils voyageaient , ils n'en travaillaient pas moins à l'honneur de Dieu; quand ils restaient, ils ne perdaient pas la patience et la lumière de la Foi , ils n'oubliaient pas la voix de leur pasteur , mais ils étaient pleins de joie et

[i ) Sainte Catherine eut souvent à se défendre contre ceux qui murmuraient de ses fréquents voyages. (Vie de sainte Catherine, 1II« p., ch. 1.)

de courage , parce que plus il y a d'opposition , plus l'œuvre qu'on fait est parfaite. Soyez donc des brebis fidèles, ne craignez pas votre ombre, et ne croyez pas que j'en laisse quatre-vingt-dix-neuf pour une seule. Je vous dis , au contraire , que pour chacune de celles que je laisse, j'en ai quatre-vingt-dix-neuf qui ne sont connues maintenant que de la Bonté divine, de la Charité incréée ; et c'est ce Ymt secret qui me fait supporter la fatigue du voyage , le fardeau des infirmités , le poids des scandales et des murmures, le tout pour la gloire et l'honneur du nom de Dieu. Si je pars ou si je reste, je le fais toujours par sa volonté, et non par celle des hommes. La maladie de mon corps m'a retenue, mais c'est surtout la volonté de Dieu qui ma empêchée de revenir. Nous reviendrons le plus tôt qu'il nous sera possible et que le Saint-Esprit nous le permettra. Réjouissez-vous de me voir partir ou rester, et que toutes vos pensées se calment en étant bien persuadé que la Providence fait et fera toute chose , si je ne suis pas un obstacle par la multitude de mes iniquités, qui nuisent avons et au monde entier. Je vous conjure, autant que je le sais et que je le puis, de prier Dieu de me donner la lumière parfaite , pour que je meure dans la voie de la vérité. Je termine. Prenez courage dans le Christ, le doux Jésus. Recommandez -nous à tous, et surtout au Bachelier , et à frère Antonio. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.

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