II
blement l'Époux éternel , vous ne suiviez ses traces. Et vous savez quelle fut sa voie. La pauvreté volontaire et l'obéissance. Par humilité, la Grandeur suprême descendit jusqu'à la bassesse de la nature humaine; et par humilité, par l'amour ineffable qu'il eut pour nous, il livra son humanité à la mort honteuse de la Croix, choisissant lui-même la voie des tourments, des fouets, des coups et des outrages. C'est cette humilité que vous devez suivre ; et sachez qu'on ne peut l'acquérir que par la vraie et parfaite connaissance de soi-même et par la contemplation de l'humilité profonde, et de la douceur de l'Agneau qui s'est immolé avec un si ardent amour. Je dis qu'il a suivi la voie de la vraie pauvreté ; car il fut si pauvre, qu'il n'eut pas de 'quoi reposer sa tête, et à sa naissance la douce Marie avait à peine quelques langes pour envelopper son Fils.
2. Et vous, ses épouses, vous devez suivre la voie de cette pauvreté ; vous savez que vous lavez promis, et je vous conjure par l'amour deJésus crucifié d'être fidèles à votre promesse jusqu'à la mort : autrement vous ne seriez passes épouses, mais vous seriez des adultères, si vous aimiez quelque chose en dehors de Dieu ; car l'épouse est adultère lorsqu'elle aime quelque chose plus que l'époux. Et quel est le signe de l'amour? C'est l'obéissance . A la suite de la pauvreté et de l'humilité vient l'obéissance. Plus l'épouse est pauvre de volonté, plus elle renonce aux richesses et aux honneurs du monde, et plus elle est humble ; plus elle est humble, plus elle est obéissante, parce que rorgueilleux n'est jamais obéissaut, son orgueil ne veut jamais se soumettre et obéir à aucune créature. Je veux donc que vous soyez humbles,
et que vous yous renonciez de cœur et d'affection jusqu'à la mort Vous, Mère- abhesse , obéissez à la règle; et vous, religieuses, obéissez à la règle et à votre abbesse. Imitez, imitez IKpoux éternel, le doux et bon Jésus, qui a été obéissant jusqu'à la mort; sachez que sans l'obéissance vous ne pourrez participer au sang de l'Agneau. Qu'est-ce qu'une religieuse sans le joug de l'obéissance? C'est une morte et un véritable démon incarné; elle n'observe pas la règle, elle l'outrage; elle est dans les régions de la mort, parce qu'elle a transgressé les saints commandements de Dieu; et nonseulement elle a trangressé ces commandements, mais elle a violé les vœux qu'elle a faits dans sa profession. 3. 0 mes bien-aimées Sœurs et Tilles dans le Christ, le doux Jésus, je ne veux pas que vous tombiez dans ce malheur; mais je veux que vous soyez pleines de zèle pour ne manquer en rien à vos promesses. Youlezvous jouir de \otre Époux? Tuez en vous la volonté mauvaise, et ne vous révoltez jamais contre la véritable obéissance. Vous savez que l'obéissant véritable ne juge jamais la volonté de son supérieur, mais qu'il baisse la tête, et l'accomplit sur-le-champ. Passionnez-vous donc pour cette vraie et solide vertu. Voulez-vous avoir la paix et le repos? Benoncczà votre volonté, car toute peine vient de la volonté propre. Revêtez- vous de la douce et éternelle volonté de Dieu ; et de cette manière vous goûterez la vie éternelle , et vous serez appelées des anges terrestres en cette vie. Fortifiez vous dans la douce Vérité suprême ; mais vous n'y parviendrez jamais, si vous ne fixez l'œil de votre intelligence sur le feu de la charité divine que Dieu fait briller dans la créature raisonnable. Songez, ma Mère et mes Filles, que vous
êtes plus obligées que les autres créatures, parce que J)ieu, outre l'amour qu'il accorde à la créature, vous a particulièrement favorisées en vous retirant de la vie ténébreuse et grossière de ce monde si plein de honte et de corruption, pour vous placer dans le cloître et vous choisir pour épouses. Vous ne devez donc pas être négligentes , mais chercher toutes les choses , tous les lieux et tous les moyens capables de lui plaire Kt si vous me dites : Quelle est !a voie? Je vous répondrai : Celle qu'il a tracée lui-même, la voie des opprobres, des peines, des tourments et des fouets. Et quel mojen? L'humilité véritable , l'ardente charité , lamour ineffable avec lequel on renonce aux richesses et aux honneurs du monde. Par l'humilité on arrive à l'obéissance, comme je l'ai dit, et par l'obéissance à la paix; car l'obéissance ôte toutes les peines, et donne toutes les joies, car elle détruit la volonté, qui est la cause de nos peines.
4. Afin que l'àme puisse monter à cette perfection, notre Sauveur a fait de son corps une échelle, où sont des échelons. Si vous regardez les pieds, qui sont percés et cloués sur la Croix, ils forment le premier degré, parce que l'àme doit se dépouiller avant tout de toute affection de la volonté propre ; car , comme les pieds portent le corps , l'affection porte l'àme. Apprenez que l'àme n'acquiert jamais de vertu si elle ne monte le premier degré. Dès que vous êtes montées, vous parvenez à une vraie et profonde humilité; mais montez plus haut, et hâtez- vous d'arriver au côté entr'ouvert du Fils de Dieu , et là vous trouverez le feu et l'abîme de la charité divine. A ce degré de la plaie du côté vous trouverez un trésor de parfum ; vous trouverez l'Homme-Dieu, et votre âme se rassgisiera et s'enivrera
tellement, qu'elle ne se \erra plus elle-même, comme celui qui est pris de \in. L'àme alors ne peut voir autre chose que ce sang répandu avec tant d'amour ; elle s'élance dans l'ardeur de son désir, et elle arrive au troisième degré , à la bouche, où elle se repose dans le calme et la paix. Elle goûte la paix de l'obéissance , et elle fait comme l'homme qui dans son ivresse se met à dormir, et ne sent pendant son sommeil ni la prospérité ni l'adversité. De même l'épouse du Christ, ivre d'amour s'endort dans la paix de son Époux. Toutes ses facultés sont assoupies, et la tribulation aurait beau fondre sur elle qu'elle ne s'en apercevrait pas. Si elle est au milieu de la prospérité du monde , elle ne s'y attache pas d'une manière déréglée, parce qu'elle s'est dépouillée d'elle-même au premier degré. C'est le lieu où elle s'unit, et devient semblable à Jésus crucifié. Courez donc généreusement, car vous connaissez la voie et le lieu où vous pourrez trouver le lit de votre repos, et la table sur laquelle vous goûterez la nourriture qui vous rassasiera. Oui, je le veux et je vous en conjure de la part de Jésus cruciflé, réchauffez vous, baignez-vous dans le sang de Jésus crucifié ; et afin d'être une même chose avec lui, ne fuyez pas la peine, mais aimez-la, car la peine est petite, et la récompense est grande. Je ne vous en dis pas davantage sur ce sujet (1).
5. il me semble que votre Mère bien-aimée, ma chère Néra, est assise Inaintenant au festin du ciel, où elle goûte la nourriture de vie ; elle a trouvé l'Agneau sans tache pour récompense, l'Agneau qui est, comme je vous l'ai dit, la table, la nourriture et le serviteur.
(1 ) Ce qui suit était adressé seulement au couvent de Saint-Gage.
L'épouse fidèle de Jésus crucifié a trou\é le Père éternel, qui est la table et le lit, parce que dans le Père se trouve l'abondance de tout ce qui lui est nécessaire. Si l'homme se tourmente, mes très- chères Sœurs, s'il va d'un lieu à un autre , c'est pour la nourriture , le vêtement et un lieu de repos. Eh bien, elle a trouvé l'éternelle et suprême bonté de Dieu ; et il n'est plus nécessaire que l'àme cherche ces choses, et qu'elle aille de côté et d'autre, car elle a trouvé un asile assuré, où elle peut se reposer dans le sein de la Divinité. Le Père est la table, le Fils la nourriture; et c'est par le moyen du Verbe incarné, le Fils de Dieu , que nous arrivons tous, si nous le voulons, au port du salut. L'Esprit-Saint est son serviteur; car c'est par amour que le Père nous donne la nourriture de son Fils, et c'est par amour que le Fils nous donne la vie et prend pour lui la mort, afin que par sa mort nous ayons part à la vie éternelle. Nous qui sommes pèlerins et voyageurs dans cette vie, nous recevons cette récompense imparfaitement; mais elle l'a reçue parfaitement , et rien ne pourra la lui enlever.
6 . Vous donc , ses filles véritables , vous devez vous réjouir du salut et du bonheur de votre Mère ; vous devez vous résigner saintement, à cause de celui qui vous a ôté sa présence sensible, et vous ne devez pas oublier que c'est l'éternelle volonté de Dieu. C'est pour son bien qu'elle a été délivrée de la fatigue et des peines nombreuses qu'elle éprouvait depuis longtemps , et elle est maintenant dans son repos. Et vous, ses filles, je vous conjure de suivre ses traces, ses leçons et les saints usages où elle vous nourrissait. Ne craignez pas d'être comme des orphelines ou des brebis sans pasteur; vous
ne serez pas orphelines, puisque Dieu vous protégera, et quelle offrira en sa présence ses bonnes et saintes prières pour vous. Sœur Ghita vous est restée ; je vous prie de lui obéir en toute chose, comme Dieu et votre saint Ordre le demandent. Et vous, sœur Ghita, je vous prie autant que je sais et que je peux d'avoir bien soin de cette famille , pour la conserver et l'avancer dans le bien. Ne commettez pas de négligence ; Dieu vous en demanderait compte. Je termine. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.