‹ Lettres de Sainte Catherine de Sienne (volume 4)Chapitre 113 sur 115 · CXCIII(147). — A UN MONASTÈRE DE RELIGIEUSES · texte numérisé non relu

CXCIII(147). — A UN MONASTÈRE DE RELIGIEUSES

De l'humilité el du renoncement à sa propre volonté, en suivant les traces de Jésus-Christ.

AU NOM DE JESUS - CHRIST , QUI A ETE CRUCIFIE POUR NOUS, ET DE LA DOUCE MARIE.

1 . Très-chers et bien-aimées Filles et Sœurs dans le Christ Jésus, moi, Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Dieu, je vous écris et vous encourage dans le sang précieux de son Fils, avec le désir de vous voir dépouillées de l'ancien vêtement et revêtues du nouveau, comme nous y exhorte le doux Apôtre, lorsqu'il dit « Induim'mi Dominum nostrum, Jesum Christum. (1) » Revêtez-vous de Notre-Seigueur Jésus-Christ. Oui , soyez dépouillées de l'ancien vêtement , c'est-à-dire du péché et de la crainte servile qui était sous l'ancienne loi la crainte uniquement fondée sur la crainte de la peine. Dieu ne veut pas que son Épouse s'appuie ainsi sur la crainte, mais sur la loi sainte et nouvelle de l'amour, parce que c'est le vêtement nouveau. Je vous en conjure : que ce soit là le fondement de votre cœur et de votre âme, car l'àme qui est fondée sur l'amour opère de

(1) Ép. aux Rom., xiii, 14.

grandes choses; elle ne fuit pas la fatigue, et ne cherche pas son intérêt, mais elle cherche toujours comment elle pourra s'unir avec la chose qu'elle aime. C'est ce que font les serviteurs de Dieu. La première chose qu'ils font pour s'unir à Jésus Christ, c'est d'éloigner cette crainte coupable qui nous ôte la lumière et nous donne les ténèbres; elle nous prive de la société de Dieu pour nous donner celle du démon ; elle nous ôte la vie , et nous donne la mort.

2 . Il n'en est pas ainsi de la charité véritable, de l'amour pur de Dieu et du prochain, qui nous donne la lumière, la vie, l'union parfaite avec Dieu, tellement que par le désir et l'amour on devient un autre lui-même ; on ne peut vouloir et aimer rien hors de Dieu , mais uniquement ce qu'il aime; on déteste ce qui est hors de lui, c'est-à-dire le vice, le péché, et on aime la vertu. Le tendre saint Paul disait : « Les choses que je recherchais autrefois, je les repousse maintenant pour Jésus-Christ, et leur perte m'est un gain (1) » L'Apôtre veut dire que quand l'homme est livré à l'amour de lui-même et aux désirs déréglés de son àme, les jouissances, les consolations, les plaisirs du monde lui paraissent bons ; il les aime, et s'en réjouit ; mais aussitôt que l'àme se dépouille du vieil homme et veut suivre Jésus crucifié , elle voit le malheur où elle est, et déteste son premier état; elle se passionne sur le champ pour Dieu , et ne veut s'appliquer à autre chose qu'à aimer la vertu en elle et dans le prochain. Elle s'attache surtout à deux choses, parce qu'elle les trouve particulièrement dans Jésus-Christ, à la vertu d'humilité et à la charité, parce qu'elle voit

(1) Ép. aux Philip., iii, 8.

que Dieu s'est humilié jusqu'à l'homme , et que pour détruire notre orgueil, il a fui les honneurs, la gloire humaine; il a enihrassé la honte, les mépris, les injures , les affrouts, la peine, la faim, la soif et les persécutions.

3. De même l'épouse consacrée au Christ, et qui s'est donnée à lui entièrement et sincèrement veut aussi suivre ses traces et non son plaisir , et elle montre par là qu'elle possède la vertu d'humilité. Je dis aussi que cette épouse se complaît dans la charité et le montre par l'amour du prochain, si bien qu'elle donnerait volontiers la vie du corps pour sauver la vie des âmes. Et ce désir, elle le conçoit en voyant son Époux percé, immolé, cloué sur la Croix, et versant des flots de sang non par la force des clous et de la Croix, mais par la force de l'amour qu'il a pour l'honneur de son Père et pour notre salut. Oui, l'amour a été le seul lien qui a retenu l' Homme-Dieu attaché et cloué sur la Croix . Réveillez-vous donc, et ne dormez plus dans la négligence, vous les épouses consacrées du Christ, et comme votre corps est renfermé dans le cloître, que vos désirs et vos affections soient aussi renfermés dans le cœur enflammé et ouvert de Jésus crucifié. C'est là que Tàme s'engraissera et se fortifiera dans la vertu, et aussitôt elle trouvera les deux ailes qui la feront voler à la vie éternelle, l'humilité et la charité, dont je viens de vous entretenir.

4. Je vous supplie donc, vous ma Fille, qui êtes abbesse , de travailler avec zèle au salut de nos religieuses sans crainte et sans découragement, mais avec confiance, en pensant que vous pouvez tout par Jésus crucifié; songez que Dieu a choisi un jardinier pour

arracher les vices el planter les vertus. Faites-le, je vous en conjure, et n'y apportez aucune négligence. Je vous recommande aussi de corriger celles qui vous sont confiées, car il vaut mieux donner la correction^ et la recevoir en cette vie que dans Vautre. Je vous prie, toutes mes Sœurs bien-aimées dans le Christ Jésus, d'être unies et transformées dans la bonté de Dieu. Que chacune connaisse bien ses défauts; c'est le moyen de conserver la paix et l'union. Car toutes les divisions viennent de ce qu'on voit les défauts des autres et non les siens , et de ce qu'on ne sait pas se supporter mutuellement. N'agissons pas ainsi, mais liez-vous dans les liens de la charité , vous aimant et vous supportant les unes les autres, pleurant avec les imparfaites, vous réjouissant avec les parfaites; et ainsi revêtues de la robe nuptiale, nous parviendrons avec l'Époux aux noces de la vie éternelle. Je termine. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Que la paix de Dieu soit dans vos âmes !

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