‹ Lettres de Sainte Catherine de Sienne (volume 4)Chapitre 18 sur 115 · PRÈS GÊNES · texte numérisé non relu

PRÈS GÊNES

La vue de la Croix nous donne l'amour de Dieu, la haine de nous-mêmes, el la force dans les Iribulalion».

AU WOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE

1. Mon très -cher et bien -aimé Père par respect pour l'ineffable Sacrement, et mon Fils par le saint désir, qui a enfanté votre âme dans la sainte prière comme une mère enfante son fils, moi , la misérable Catherine , la pauvre servante et l'esclave des serviteurs de Jésus- Christ, je vous écris, je vous encourage et je me recommande à vous dans son précieux sang, avec le désir de vous voir le cœur et l'affection consumés dans son ardent amour. Son amour a consumé, brûlé et détruit toutes nos iniquités sur le bois de la très-sainte et vénérable Croix, et ce doux feu ne s'éteint jamais. Car si son amour pour nous finissait, nous finirions aussi, puisque ce qui nous donne Têtre finirait. C'est le seul feu de l'amour

(1) Le couvent de Cervaia, près de Gènes, était occupé par les Bénédictins noirs. Grégoire XI, en retournant à Rome, s'y arrêta le 1" novembre 1376, et accorda une indulgence plénière à l'Eglise pour le jour anniversaire de son passage. Sainte Catherine visita sans doute ce couvent pendant son séjour à Gènes.

qui l'a porté à nous tirer de lui-même. Il semble aussi que l'ineffable charité de Dieu a pourvu à la fragilité et à la misère de l'homme ; car comme il était toujours prêt et incliné à offenser son Créateur, Dieu, pour le sauver, lui a procuré un remède contre son infirmité.

2. Le remède contre nos infirmités n'est autre que le feu de l'amour, et cet amour ne s'éteint jamais pour Vous. L'âme le reçoit pour remède quand elle regarde en elle-même l'étendard delà Croix, qui y est planté; car nous avons été la pierre dans laquelle fut fixée la Croix, dont le bois et les clous n'étaient pas capables de retenir le doux Agneau sans tache , si l'amour ne l'eût pas retenu. Quand l'âme regarde ce doux et cher remède, elle ne doit pas tomber dans la négligence; mais elle doit se lever avec amour et désir, et tendre les mains avec la haine d'elle-même, comme fait le malade, qui hait son infirmité , et qui aime le remède que lui donne le médecin.

3. 0 mon Fils et mon Père dans le Christ ! levonsnous avec le feu d'un ardent amour , avec la haine et l'humilité profonde que nous donnera la connaissance de notre néant, et mettons nos infirmités devant notre médecin, le Christ Jésus. Étendez la main pour recevoir la médecine amère qui nous est donnée. Oui, la médecine que l'homme reçoit est bien souvent amère. Ce sont les ténèbres, les tentations, le trouble de l'esprit ou d'autres tribulations qui viennent du dehors; elles nous paraissent d'abord bien amères, mais si nous faisons comme le sage malade, elles seront ensuite pour nous d'une grande douceur, en considérant la tendresse du doux Jésus, qui nous les donne , et en voyant qu'il ne le fait pas par haine mais par amour, car il ne peut vouloir

que notre sanctification. En voyant sa bonté, nous y verrons aussi le besoin que nous en avons ; car si nous n'avions pas ces épreuves, nous tomberions dans le mal, tandis qu'elles nous font connaître à nous mêmes; elles nous retirent du sommeil de la négligence, elles dissipent notre ignorance, qui nous fait pécher par orgueil.

4. La justice naît ainsi en nous avec une sainte et douce patience pour supporter les peines , les tourments, et pour nous trouver indignes de la paix et du repos de l'esprit ; c'est ce que fait l'âme qui aime Dieu et qui a conçu une haine parfaite d'elle-même. Lorsqu'elle aouvert l'œil de son intelligence, et lorsqu'elle regarde en elle l'ineffable bonté et charité de Dieu , toutes les peines lui paraissent si douces , si agréables, qu'il lui semble que rieu ne pourrait lui plaire davantage , et elle pense toujours au moyen de souffrir quelque chose par amour et par haine. C'est ce chemin que mon àme veut et désire vous voir suivre. Que Dieu vous conduise , et vous accorde la grâce de travailler et de donner votre vie pour lui s'il le faut ! Que la barque de notre âme soit fournie du sang et du feu de la divine charité , que nous chercherons à acquérir par le moyen que je vous ai indiqué. Je termine. Ayez Vœil ouvert sur ceux qui vous obéissent, et ne le fermez jamais pour aucune cause. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.

Page 1