‹ Lettres de Sainte Catherine de Sienne (volume 4)Chapitre 28 sur 115 · Je veux qu'avec tout le zèle possible, et avec une · texte numérisé non relu

Je veux qu'avec tout le zèle possible, et avec une

sainte haiue de ^ous -mêmes, vous vous appliquiez à suivre cette voie douce et droite, dans ce saint lieu de la prière; suivez-la avec ardeur et persévérance, l'Esprit- Saint vous la montrera. Ne la méprisez, ne la fuyez pas, quand même vous devriez perdre la vie. Ne l'abandonnez jamais par faiblesse et par compassion pour votre corps, car le démon ne veut que nous priver de la prière , ou par compassion de notre corps, ou par lassitude de notre esprit : et nous ne devons pour aucune de ces causes laisser l'exercice de l'oraison; nous devons, par la pensée de la bonté de Dieu et par la connaissance de nous-mêmes, chasser les tentations du démon et les faiblesses que nous avons pour nous-mêmes. Cachezvous dans les plaies de Jésus crucifié. Aimez- vous les uns les autres pour Jésus crucifié ; ne craignez rien de ce qui vous arrive. Vous pourrez tout par Jésus crucifié, qui sera en vous et vous fortifiera. Sojez obéissants jusqu'à la mort, dans les choses mêmes qui vous seront les plus pénibles. Ne méprisez pas la récompense pour éviter la fatigue. Si dans quelque circonstance le démon vous y porte sous des apparences de vertu, en vous disant : Cela était la consolation de mon àme, un moyen de perfection pour moi ; ne le croyez pas , mais soyez certains que ce que Dieu vous donnait par le moyen de cette consolation, il vous le donnera directement par un effet de sa bonté. Vous savez bien qu'une feuille d'arbre ne tombe pas sans un ordre de sa providence. Ainsi tout ce qu'il permet au démon et aux créatures de nous faire, nous arrive par sa providence , pour le besoin de notre salut et pour le progrès de notre perfection. Recevez-le donc avec respect; dépouillez votre cœur et votre affection même des choses temporelles, lors-

qu'elles ne vous sont pas nécessaires. Revêlez-vous de Jésus crucifié, enivrez-vous de son sang; vous trouverez là la joie et la paix parfaite. Je ne vous en dis pas davantage. Demeurez dans la sainte dilection de Dieu. Aimez- vous, aimez -vous mutuellement. Doux Jésus, Jésus amour.

CVII(6l). — A DOM JEAN,

RELIGIEUX DE LA CHARTREUSE DE ROME , QUI ÉTAIT TENTÉ , ET VOU- LAIT ALLER VISITER LE PURGATOIRE DE SAINT PATRICE, S'aFFLI- GEANT BEAUCOUP DE NE PAS EN OBTENIR LA PERMISSION (1).

De la lumi^re naturelle el de la lumière surnaturelle. — De l'obéissance el de la patience qu'elles produisent.

AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE

1 . Mon très -cher Frère et Fils de la douce Marie dans le Christ, le doux Jésus, moi, Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ, je vous écris

(1) La singulière illusion de ce religieux se rattache à une croyance très -répandue au moyen âge. L'apôtre de l'Irlande, saint Patrice, ne pouvant convaincre des peines de l'enfer les peuples qu'il évangélisait , obtint de Dieu un miracle. Dans un cercle tracé avec son bâton s'ouvrit un abîme où s'entendaient des cris affreux et s'agitaient d'horribles fan tomes. La légende ajoute que Dieu promit au saint que les plus grands pécheurs qui se repentiraient et passeraient un jour entier dans cet endroit, en sortiraient purifiés de toutes souillures, sans avoir besoin d'aucune autre pénitence. Beaucoup de personnes au moyeu âge tentaient cette purification, et visitaient File du lac de Dungal, où se trouvait le puits de saint Patrice. En 1494 le Pape Alexandre VI le fit fermer, après s'être fait rendre compte de tout ce qui se passait dans ce pèlerinage, qui rassurait beaucoup trop la conscience des grands coupables. On peut consulter sur le purgatoire de saint Patrice l'ouvrage des BoUandistes au 17 mars, et le beau livre de Fr. Ozanam, de si douce mémoire: Le Dante et la Philosophie catholique au xui^ siècle, chap. IV : des

Page 1