LXXXII (36). — A MGR ANGE DE RICASOLI
Il faut se clouer, par le saint désir, à la Irès-sainle Croix de Jésus- Chrisl, et s'embraser d'ardeur pour le salut des âmes.
AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE
1 . Vénérable et très-cker Père dans le Christ Jésus , moi, Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ, je vous écris et je me recommande à vous dans son précieux sang, avec le désir de vous voir attaché et cloué par le saint désir sur le bois de la très-sainte Croix, où nous trouverons l'Agneau sans tache consumé par le feu de la divine charité. Sur cet arbre, nous trouverons la source des vertus; car la charité est cet arbre fertile qui fut la croix et le clou qui attacha le Fils de Dieu, car aucune autre croix, aucun autre lien n'aurait pu le retenir. Là, vous trouvez l'Agneau immolé , qui se rassasie de l'honneur de son Père et de notre salut; et son amour est si grand, que toutes les souffrances de son corps ne peuvent l'exprimer. 0 ineffable, très- douce et très -aimable Charité , la faim et la soif insatiable que vous avez de notre salut vous fait crier : J'ai soif (1). La soif de votre
(1) S.Jean, xix, 28.
corps avait beau être grande à cause de vos tourments , la soif de notre salut était bien plus grande. Hélas! hélas ! on ne trouve à votrs donner à boire que l'amertume de nos iniquités : combien peu vous désaltèrent avec les actes généreux de leur volonté et les purs sentiments de leur cœur !
2. Je vous prie, mon très-doux, très-cher et vénérable Père, de secouer le sommeil de la négligence. Ce n'est plus le temps de dormir, car le soleil est déjà levé , et il faut donner à boire à qui le demande si doucement. Si vous me dites : Ma fille, je n'ai rien à lui donner, je vous dirai encore que je désire et que je veux vous voir attaché et cloué sur la Croix, où nous trouvons l'Agneau immolé qui nous donne de toute manière. Il s'est fait pour nous le vase, le vin, le serviteur. Le vase, c'est son humanité qui cache sa nature divine ; le serviteur, c'est le feu, la main du Saint-Esprit, qui attache le vase sur l'arbre de la sainte Croix; le vin délicieux, c'est cette sagesse , cette parole incarnée , qui a déjoué et vaincu la malice du démon, qui s'est laissé tromper par l'appât de notre humanité. Nous ne pouvons donc dire que nous n'avons rien à lui donner ; mais nous devons prendre le vin de l'ardent et ineffable désir qu'il a de notre salut, et le lui donner par le moyen de notre prochain. Oui , je vous conjure de donner, comme un bon père, votre vie pour vos enfants, pour vos brebis. Ouvrez l'œil de l'intelligence, et voyez la faim que Dieu a de la nourriture des âmes. Et alors votre âme s'emplira du feu du saint désir tellement que mille fois, s'il était possible , vous donneriez votre vie pour leur salut. Eassasicz-vous donc, rassasiez-vous des âmes, car c'est la nourriture que Dieu demande; et
je prie la souveraine, l'éternelle Vérité de m'accorder la grâce et la miséricorde de voir, pour l'honneur de Dieu, pour cette sainte nourriture , notre corps ouvert et immolé, comme le sien l'a été pour nous. Et alors votre âme sera heureuse, mon vénérable et très-doux Père.
3. Je vous dirai, mon Père, que frère Baymond n'a pas suivi vos ordres, parce qu'il eu a été empêché par beaucoup d'affaires qu'il n'a pas pu laisser. îl était convenu qu'il attendrait plusieurs gentilshommes pour la croisade, et il faut qu'il les attende encore longtemps. Mais il viendra le plus tôt qu'il pourra, et se mettra à votre disposition. Pardonnez-lui , et pardonnez-moi ma présomption. Demeurez dans la sainte et douce dilcction de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.