‹ Lettres de Sainte Catherine de Sienne (volume 4)Chapitre 40 sur 115 · CXIX (73) — AU PRIEUR DES RELIGIEUX OLIVETAINS · texte numérisé non relu

CXIX (73) — AU PRIEUR DES RELIGIEUX OLIVETAINS

PRÈS SIENNE (i).

Un bon supérieur doit s'appuyer sur l'arbre de la Croix par le souvenir de la Passion et du Sang de Jésus-Christ.

1. Mon très-cher et bien-aimé Père, par le respect du très-saint Sacrement , et mon Frère dans le Christ, le doux Jésus, moi, Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ, je vous écris dans son précieux sang, avec le désir de vous voir un bon et courageux pasteur, qui paissiez et gouverniez avec un zèle parfait les brebis qui vous sont confiées , imitant en cela le doux Maître de la vérité , qui a donné sa vie pour nous, ses brebis égarées hors de la voie de la grâce. Il est vrai, mon très-doux Frère dans le Christ, le doux Jésus, que nous ne pouvons faire cela sans Dieu, et que nous ne pouvons posséder Dieu en restant sur la terre. Mais voici un doux remède : lorsque le cœur est bas et petit , il faut faire comme Zachée , qui n'était pas

(1) Ce couvent était près des murailles de Sienne. Le bienheureux Bernard, son fondateur, y mourut avec quatre-vingts religieux au service des pestiférés, en 1348.

grand, et qui monta sur un arbre pour voir Dieu. Son zèle lui mérita d'entendre cette douce parole : « Zachée, allez à votre maison, car aujourd'hui j'ai besoin de manger avec vous (1). » Nous devons faire ainsi lorsque nous sommes bas, lorsque nous avons le cœur étroit et peu de charité ; il faut monter sur l'arbre de la trèssainte Croix, et là nous verrons, nous toucherons Dieu, là nous trouverons le feu de son ineffable charité , l'amour qui l'a fait courir jusqu'aux opprobres de la Croix , qui l'a exalté , et lui a fait désirer avec l'ardeur de la faim et de la soif l'honneur de son Père et notre salut.

2. Oui, voilà notre doux et bon Pasteur qui a sacrifié sa vie avec tant d'amour, sans considérer ses peines, notre ignorance, notre ingratitude pour un si grand bienfait, et les reproches des Juifs. Il était transporté d'amour, et il obéissait à son Père avec une soumission parfaite. Si nous le voulons , si notre négligence n'y met pas d'obstacle , nous pourrons , en montant sur l'arbre de la Croix, accomplir en nous cette parole, sortie de la bouche de la Vérité : « Quand je serai levé en haut , j'attirerai tout à moi (2). » En effet, lorsque l'âme s'élève ainsi , elle voit les bienfaits de la bonté et de la puissance du Père , qui a donné au sang du Fils de Dieu la vertu de laver nos iniquités. Là elle voit l'obéissance de Jésus crucifié, qui est mort pour obéir; et il a obéi avec un si ardent désir, que la peine de ce désir était plus grande que la peine de son corps. Elle voit la clémence et l'abondance de l'Esprit-Saint, c'est-à-dire cet amour ineffable qui le tient attaché sur le bois de la

(1) s. Luc, XIX, 5.

(2) S. Jean, xii, 32.

très-sainte Croix ; les clous et les liens ne pouvaient l'y retenir; il n'y avait que la charité. Il faudrait un cœur dur comme le diamant pour n'être pas attendri par un si grand amour. Dès que le cœur est blessé de cette flèche, il monte de toutes ses forces, et non-seulement l'homme se purifie, mais l'âme, pour laquelle Dieu a fait toute chose , se dépouille de ses imperfections.

3. Si "VOUS me dites : Je ne puis monter, la Croix est trop haute , je vous répondrai qu'il y a trois degrés sur le corps de Jésus-Christ (1). Élevez votre affection aux pieds du Fils de Dieu, et montez à son cœur, qui est ouvert et consumé pour nous, et vous arriverez à la paix de sa bouche, et vous pourrez vous y rassasier des âmes ; et ainsi vous serez un vrai pasteur, vous donnerez votre vie pour votre troupeau. Ayez toujours l'œil sur lui, afin d'en ôter les vices et d'y cultiver les vertus. Je vous envoie deux autres brebis; donnez -leur le repos de la cellule et de l'étude; ce sont deux brebis que vous nourrirez sans peine, et qui vous donneront beaucoup de joie et de consolation. Je termine. Fortifiez -vous mutuellement , en vous liant par le lien de la charité ; montez sur cet arbre très -saint, où sont les fruits mûrs de toutes les vertus que porte le corps du Fils de Dieu ; courez avec ardeur. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.

(1) Dialogue, ch. ixvi. ■

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