CXX (74) — AUX FRERES NICOLAS DE GUIDA
JEAN DE ZERRI, NICOLAS- JACQUES DE VAINNUCIO, RELIGIEUX OLIVETAINS.
De l'imitation de Jésus-Christ, et de la manière d'aimer Dieu pour sa gloire.
AU HOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARI£
1. Mes très -chers Fils dans le Christ Jésus, moi, Catherine, la servanfe et l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ, je vous écris dans son précieux sang, avec le désir de vous voir suivre l'humble Agneau sans tache, que l'Église nous montre avec une humilité et une douceur si grandes , que le cœur de toute créature devrait se rendre en dépouillant, en étouffant son orgueil. Ce petit enfant est venu nous enseigner la voie et la doctrine de la Vérité ;car la voie était rompue par le péché d'Adam , et personne ne pouvait arriver à la vie éternelle. Aussi Dieu le Père , poussé par le feu de sa charité, a envoyé le Yerbe , son Fils unique, qui est venu comme un char de feu, répandant les flammes de l'amour ineffable et la miséricorde éternelle du Père , nous enseignant la doctrine de la Vérité , et nous montrant la voie de l'amour que nous devions suivre. Il a dit : « Je
suis la voie, la -vérité, la vie; celui qui va par moi ne va pas par les ténèbres, mais arrive à la lumière (1). » Et il en est ainsi , car celui qui suit cette voie, en vérité, reçoit la vie de la grâce et marche à la lumière de la sainte Foi , et avec cette lumière il arrive à l'éternelle vision de Dieu. D'où le tendre Verbe nous enseigne t-il cette doctrine ? De la chaire de la très - sainte Croix ; c'est là qu'il purifie la face de notre àme avec son précieux sang. Je dis qu'il enseigne la voie de l'amour et la doctrine de la vertu ; il nous montre comment nous devons aimer et vouloir posséder la vie. Aussi nous sommes obligés de le suivre; et celui qui ne le suit pas par la voie de la vertu , suit nécessairement le sentier du vice.
2. Il y en a beaucoup qui veulent s'éloigner, et ne pas le suivre ; ils veulent marcher sans guide, et non derrière lui , prenant une voie nouvelle , et voulant servir Dieu et acquérir la vertu san^ fatigue ; mais ils se trompent, car il est la voie. Ceux-là ne sont pas forts et persévérants ; ils faiblissent , et au moment du com- ])at ils jettent à terre leurs armes, les armes d'une humble et continuelle prière, d'une ardente charité, le glaive de la volonté , avec lequel on se défend , et qui a deux tranchants, la haine du vice et l'amour de la vertu ; ils le prennent avec la main du libre arbitre , et le livrent à l'ennemi ; ils perdent ainsi les armes avec lesquelles ils paraient les coups des tentations , des révoltes de la chair et des persécutions des hommes ; ils donnent le glaive avec lequel ils se défendaient , et alors ils sont vaincus et terrassés; ils n'obtiennent pas la
(1) s. Jean, xiv, 6.
gloire, mais la honte et la confusion, parce qu'ils ne suivent pas la doctrine du Verbe, mais ils s'en éloignent, en voulant aller par une autre voie que la sienne.
3. Il faut donc lui être fidèle et l'aimer en vérité, non par crainte de la peine dont est puni celui qui n'aime pas, ni pour l'utilité et le plaisir que trouve l'âme dans l'amour , mais seulement parce que le souverain Bien est digne d'être aimé ; nous devons l'aimer, lors même que nous n'en retirerions aucun avantage, et que nous n'aurions à craindre aucun châtiment pour ne pas le faire. Nous devons l'aimer comme il nous a aimés; il nous a aimés sans être aimé de nous, sans espérer en recevoir quelque avantage, et sans craindre de se nuire en ne nous aimant pas ; car il est notre Dieu , qui n'a pas besoin de nous ; notre bonheur ne lui est pas utile , et notre perte ne lui cause aucun dommage. 11 nous aime donc par bonté , et nous devons l'aimer de la même manière. Le bien que nous ne pouvons lui faire, nous devons le faire à notre prochain. Nous devons l'aimer avec charité, et ne pas laisser diminuer notre amour envers lui à cause de ses injures , ou de son ingratitude ; mais nous devons être constants et persévérants dans la charité de Dieu et du prochain. C'est l'exemple que nous a donné le doux et tendre Verbe, qui ne voulait autre chose que l'honneur de son Père et notre salut. Il courut vers la mort honteuse de la Croix, et il ne se laissa pas arrêter par l'ingratitude de ceux qui méprisaient son sang , et par les peines et les opprobres qui le menaçaient. Pourquoi ? Parce qu'il nous aimait uniquement pour l'honneur de son Père et pour notre salut.