RELIGIEUX OLIVETAIN DU MONASTÈRE DE FLORENCE
Combien le coeur doit s'enflammer d'amour en contemplant la Passion et le Sang de Jésus-Christ.
AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE
1 . Mon très- révérend et très-cher Père dans le Christ Jésus, moi, Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Dieu , je vous écris et je me recommande à vous dans le précieux sang de son Fils , avec le désir de vous voir attacher votre cœur, votre amour, votre désir à notre doux chef, le Christ Jésus , avec tous ceux qu'il a tirés des limbes, où ils attendaient depuis si longtemps leur rédemption , dans des ténèbres profondes. Élevons donc nos cœurs vers lui, et considérons le tendre et parfait amour que Dieu a montré à l'homme dans toutes ses œuvres. Regardons aussi le doux désir qu'eurent ces saints et vénérables patriarches qui attendaient la venue du Fils de Dieu. Que notre ignorance, notre froideur, notre négligence soient confondues et détruites en nous, en nous qui avons goûté, vu et senti le feu de la divine charité. Oh ! quelle chose admirable de voir qu'ils se réjouissaient de la seule pensée de ce que nous contem-
pions maintenant , un Dieu greffé sur notre chair, un Dieu fait homme ! et nous ne nous en étonnons pas . 0 douce et boune greffe! L'homme était stérile, parce qu'il ne participait pas à la sève de la grâce, qui fait porter des fruits. Qu'il étende maintenant les ailes du saint désir, et qu'il s'élève sur l'arbre de la très -sainte Croix , où il trouvera cette sainte et douce greffe du Verbe incarné , du Fils de Dieu ; nous trouverons là les fruits des vertus mûris sur le corps de l'Agneau immolé et consumé pour nous.
2. Élevons donc nos cœurs et nos désirs, et recevons avec un saint empressement les fruits de grâce. Si nous ne les attendons pas avec l'ardeur de nos pères, nous devons rougir de notre négligence. Ce sont ces doux fruits qu'il faut cueillir. Il faut absolument aussi que l'homme ait le fruit de la vraie patience. Ce fruit a été si mur dans le Yerbe, qu'il n'éprouva jamais d'impatience, nia cause de notre ingratitude, ni à cause de notre ignorance; mais, tout plein d'amour, il souffrit et porta nos iniquités sur le bois de la très-sainte Croix. C'est là que vous trouverez le fruit qui donne la vie à ceux qui sont morts, la lumière à ceux qui sont aveugles, la santé à ceux qui sont malades. Ce fruit est celui de la très-sainte charité , qui a pu triompher de Dieu , car les clous étaient incapables de l'attacher sur la Croix ; il n'y avait que le seul lien de la charité capable de l'y retenir. Oui , ces fruits sont bien mûrs ; que vos cœurs ne tardent pas davantage, mais qu'ils s'appliquent avec ardeur à contempler cet amour ineffable que Dieu a eu pour l'homme; et je vous dis que si nous le faisons, ni le démon ni les créatures ne pourront empêcher nos saints désirs ^ car les démons fuient un cœur embrasé du feu
de la divine charité : la mouche luit et ne s'approche pas d'un \ase d'eau bouillante , parce qu'elle voit que la chaleur et la flamme pourraient lui donner la mort; mais, si le vase est tiède, elle y court pour y séjourner et s'y nourrir (1). Plus de tiédeur pour l'amour de Dieu ; mais courons à la chaleur de la divine charité , en suivant les traces de Jésus crucifié. Entrons dans ses plaies, afin d'être prêts à supporter tout pour lui, et à faire le sacrifice de nos corps. Je termine. Approvisionnez votre barque, carie temps est court. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.
(1) Dialogue , xc.
CXXVIl (81). — A QUELQUES NOVICES