DU COUVENT DES OLIVETAINS A PÉROUSE
De ]a reconnaissance envers Dieu. — Des obligations de la vie religieuse, et des moyens de les remplir.
AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE
1. Mes très- chers Fils dans le Christ, le doux Jésus , moi, Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ, je vous écris dans son précieux sang, avec le désir de vous voir remplis de gratitude et de reconnaissance envers votre Créateur pour les bienfaits sans nombre que vous avez reçus de lui. Que l'ingratitude ne dessèche pas en vous la source de la piété, mais que la gratitude l'alimente, au contraire.
2. Mais faites attention que ce ne sont pas les seules paroles qui peuvent prouver la reconnaissance ; ce sont les bonnes et saintes œuvres. Comment la montrerez-vous? En observant les doux commandements de Dieu; et, outre ses commandements, vous devez observer les conseils mentalement et réellement. Vous avez choisi la voie parfaite des conseils, et il faut la suivre jusqu'à la mort. Autrement, vous offenseriez Dieu ; que
votre âme reconnaissante y soit donc toujours fidèle. Vous savez que dans votre profession vous avez promis d'observer l'obéissance, la continence et la pauvreté volontaire, et si vous ne les observez pas, vous dessécherez en vous la source de la piété. C'est une grande honte pour un religieux de désirer ce qu'il a méprisé. Non -seulement il ne doit pas désirer et posséder les biens temporels , mais il doit bannir de sa mémoire le souvenir du monde , de ses richesses et de ses plaisirs , pour la remplir de la pensée du pauvre, de l'humble Agneau sans tache , et pour vivre tout embrasé de la charité fraternelle.
3. La charité doit vouloir être utile au prochain ; car, lorsque l'àme voit et comprend qu'elle ne peut être utile à Dieu, parce qu'il n'a pas besoin de nous, elle veut cependant lui prouver sa reconnaissance pour les grâces qu'elle a reçues et qu'elle reçoit de lui; elle la lui montre au moyen des créatures raisonnables ; elle s'applique en toutes choses à témoigner sa reconnaissance dans ses rapports avec son prochain. Ainsi, toutes les vertus se développent par la reconnaissance, c'est-à-dire que, par l'amour que l'àme a pour son Créateur, elle devient reconnaissante, parce qu'elle a reconnu à la lumière toutes les grâces qu'elle a reçues et qu'elle reçoit de lui. Qui la rend patiente à supporter les injures, les outrages, les mauvais traitements des hommes, et les tentations , les attaques du démon ? la reconnaissance. Qui lui fait détruire et soumettre sa volonté à la sainte obéissance, qui la fait obéir fidèlement jusqu'à la mort? la reconnaissance. Qui lui fait garder aussi le troisième vœu de la continence ? la reconnaissance , qui , pour y être fidèle , mortifie son corps par les veilles , les
jeûnes, par une humble et continuelle prière; avec l'obéissance, elle tue la volonté propre; et quand le corps est dompté, et que la volonté est morte, l'âme peut observer la continence, et en l'observant elle montre sa reconnaissance.
4. Ainsi, les vertus sont une preuve qui montre que l'àme n'est pas ingrate et n'oublie pas qu'elle a été créée à l'image et ressemblance de Dieu , qu'elle a été régénérée dans le sang de l'humble, du doux, du tendre Agneau, immolé pour lui rendre la vie de la grâce, qu'elle avait perdue par sa faute. Toutes les autres grâces, spirituelles ou temporelles , générales ou particulières, elle se rappelle avec reconnaissance qu'elle les a reçues de son Créateur ; et alors se développe dans l'âme le feu d'un très -saint désir, qui se nourrit sans cesse du zèle pour l'honneur de Dieu et le salut des âmes , en souffrant jusqu'à la mort. Si elle était ingrate, non-seulement elle ne se réjouirait pas de souffrir pour l'honneur de Dieu et le salut des âmes, mais si une paille se rencontrait sous ses pieds, elle serait hors d'elle-même. Elle voudrait arriver aux honneurs en se nourrissant du fruit de mort , c'est-à-dire de l'amourpropre, qui enfante l'ingratitude et prive l'âme de la grâce. Aussi j'ai compris combien est dangereuse cette nourriture qui donne la mort , et je vous ai dit que je désirais vous voir reconnaissants de tant de grâces que vous avez reçues de notre Créateur, mais surtout de la grâce inappréciable qu'il vous a faite en vous tirant des misères du monde et en vous plaçant dans le jardin de la vie religieuse, pour être en cette vie les anges de la terre.