‹ Lettres de Sainte Catherine de Sienne (volume 4)Chapitre 51 sur 115 · C'est là une grâce à laquelle Dieu vous commande de · texte numérisé non relu

C'est là une grâce à laquelle Dieu vous commande de

répondre par une vraie et sainte obéissance, qui montre que le religieux sait apprécier son état. Il le prouve quand il est obéissant , tandis qu'il montre son ingratitude quand il désobéit- Le véritable obéissant le comprend bien , lorsqu'il met tout son zèle à observer la règle, les coutumes et les cérémonies de l'Ordre, à faire avec joie la volonté de son supérieur, ne voulant pas juger et examiner son intention , et ne disant pas ; Pourquoi m'impose-t-il un plus grcnd fardeau qu'à celui-ci? Mais il obéit simplement, avec paix, calme et tranquillité d'esprit ; et ce n'est pas étonnant , parce qu'il a détruit en lui la volonté propre qui lui faisait la guerre. Le désobéissant ne fait pas de même ; il n'a d'autre guide que sa volonté propre , et il prend tous les moyens possibles pour la satisfaire ; il viole la règle qu'il devrait observer, et il juge la volonté de son supérieur. Il goûte les arrhes de l'enfer, il est toujours dans le chagrin et prêt à tomber dans toute sorte de péchés. Il n'est pas constant et persévérant, mais il tourne la tète en arrière pour regarder la charrue ; il recherche la société et fuit la solitude ; il cherche la paix de sa volonté, qui donne la mort, et il fuit ce qui donne la vie, c'est-à-dire la paix de la conscience , le secret de la cellule et le plaisir qu'on trouve au chœur. Le chœur lui paraît un serpent venimeux , ou une nourriture qui doit lui donner la mort, parce que l'orgueil, la désobéissance et l'ingratitude dont il est rempli ont altéré le goût de son âme.

6. L'obéissant, au contraire, se fait du chœur un jardin , de l'office un fruit délicieux , et de sa cellule un ciel. Il aime la solitude pour mieux s'unir à son Créateur, et n'en être séparé par rien. Il fait de son

cœur le temple de Dieu , et il cherche, à la lumière de la très-saiute Foi, où il trouvera le mieux cette vertu de l'obéissance, et quelle est la manière la plus parfaite de la pratiquer quand il l'a trouvée. Il la trouve dans l'humble et doux Agneau immolé par amour, lorsque, pour obéir à son Père et pour nous sauver, il courut à la mort honteuse de la très-sainte Croix, avec une telle patience, qu'on n'entendit pas sortir de sa bouche le moindre murmure. Qu'ils rougissent donc, et qu'ils soient confondus dans leur orgueil, tous les désobéissants, en voyant l'obéissance du Fils de Dieu. Quand on a trouvé l'obéissance, comment l'acquiert-on? Par le moyen de la prière : c'est la mère qui conçoit et enfante les vertus dans l'àme , parce que plus nous nous approchons de Dieu , plus nous participons à sa bonté, et plus nous sentons l'odeur des vertus , parce que Dieu seul est le maître des vertus; c'est de lui que nous les recevons, et c'est la prière qui nous unit au souverain Bien.

7. C'est donc par son moyen que nous acquérons la vertu de la véritable obéissance , qui nous rendra forts et persévérants dans la vie religieuse , et nous empêchera de tourner la tête en arrière , pour quelque cause que ce soit. Elle nous donne la lumière pour nous connaître , pour connaître la charité de Dieu et les artifices du démon; elle nous rend tellement humbles, que lame , par humilité , veut servir ceux qui servent ; elle s'ouvre tout entière à ses supérieurs , et si , dans le passé ou dans le présent, le démon a troublé sa conscience par des tentations , ou si même elle est tombée dans le péché mortel, elle découvre humblement sou infirmité à son médecin autant de fois que ce malheur lui arrive ; elle ne se cache jamais par honte , elle ne doit

pas le faire , mais elle reçoit avec patience la médecine et la correction que son médecin spirituel lui donne, parce qu'elle sait avec une foi vive que Dieu lui communique toutes les lumières nécessaires à son salut. Elle doit agir ainsi afin de couper le chemin au démon , qui ne cherche qu'à obscurcir notre vue par la honte, afin que nous renfermions dans notre âme nos défauts et nos pensées, et que nous ne les fassions pas connaître. La prière nous délivre de cette honte, comme une bonne mère ; elle est si douce , que notre langue ne pourra jamais assez le dire. Nous devons nous y appliquer avec zèle, nous reposer sur son sein et ne jamais l'abandonner.

8. Si quelquefois le démon, pendant que nous sommes à prier ou à dire l'office , obscurcit notre esprit par des distractions et des mauvaises pensées , nous ne devons jamais laisser notre prière, mais il faut y persévérer, et chasser par de saintes pensées les pensées coupables , et ne pas y consentir, en conservant toujours une volonté bonne et sainte. L'àme ne tombera jamais ainsi dans la confusion, mais elle espérera en Dieu, et supportera avec patience toutes les peines de son esprit; elle dira, en s'humiliant : Mon Seigneur, je reconnais que je suis indigne de la paix , du repos d'esprit dont jouissent vos autres serviteurs ; conservez-moi seulement une bonne et sainte volonté, pour que je ne vous offense jamais. Alors Dieu , qui récompense la persévérance et l'humilité de ses serviteurs , donne à cette âme le don de force, et lui communique plus abondamment la lumière de la vérité et le désir de la vertu; il inonde son cœur d'une telle joie, qu'il semble prêt à se briser par l'ardeur de la charité envers Dieu et envers le prochain.

9. Les grâces et les faveurs qu'on reçoit de Dieu par le moyen de la prière sont si grandes , qu'il est impossible de les exprimer. Mais la prière doit être humble, fidèle, continuelle, et toujours accompagnée d'un saint désir. En faisant toutes nos œuvres manuelles ou spirituelles avec ce saint désir, nous prierons toujours, parce que le vrai et saint désir est une prière continuelle en la présence de Dieu. Vous vous réjouirez ainsi dans la peine , et vous rechercherez l'abaissement ; vous aimerez les mortifications qui vous seront imposées par votre supérieur. Je ne m'étends pas davantage sur ce sujet, nous en aurions trop à dire; mais je vous conjure de vous enivrer du sang de Jésus crucifié, où vous trouverez l'ardeur de l'obéissance. Obtenez cette ardeur au moyen de la prière , afin de témoigner à Dieu la reconnaissance qu'il vous demande pour la grâce que vous avez reçue. En ne le faisant pas, vous changeriez en poison ce qui vous a été donné pour la vie. Je ne vous en dis pas davantage. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.

CXXAIIl (82). — A FRERE JUSTE ,

PRIEUR DES OLIVETAIN&.

De la soif de Notre-Seigneur sur la Croix. — Comment il faut, pour l'apaiser, le désaltérer de nos âmes.

AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE

1. Mon très- cher Père dans le Christ, le doux Jésus, moi , Catherine , la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ, je vous écris dans son précieux sang, avec le désir de vous voir avide et affamé des âmes , à l'exemple de la Vérité suprême, que la faim et la soif qu'il avait de notre salut tourmentait tant sur le bois de la très-sainte Croix , qu'il criait : J'ai soif, comme s'il eût dit : J'ai plus soif et désir de votre salut que je ne puis vous le montrer par la peine de mon corps. Car la peiue du saint désir était infinie, et ses souffrances ne l'étaient pas. Il avait soif surtout de sauver le genre humain, tout en admettant qu'il souffrait aussi de la soif corporelle. 0 doux et bon Jésus ! vous montrez votre soif, et vous demandez aussi qu'on vous donne à boire. Et quand demandez - vous à boire à l'âme ? C'est, mon Seigneur, quand vous nous montrez tout votre amour, toute votre charité.

2. Vous Toyez bien, mon très-cher Père, que le Sang nous manifeste l'amour ineffable, que le Sang a été donné par amour, et que c'est avec le même amour qu'il nous demande à boire , car celui qui aime demande à être aimé et servi. N'est-il pas juste que celui qui aime soit aimé? L'âme donne ainsi à boire à son Créateur, en lui rendant amour pour amour ; elle ne peut le servir luimême et faire quelque chose pour lui , mais elle le peut par le moyen du prochain. Il faut donc que l'âme se consacre avec zèle à servir son prochain, et tout ce qui lui paraîtra le plus agréable à Dieu , il faut qu'elle s'y exerce. Ce qui peut plaire davantage à notre Sauveur, c'est d'arracher les âmes des mains du démon, c'est de les retirer des dangers du siècle , des vanités du monde, et de les attacher à la vie religieuse. Non -seulement il ne faut pas les abandonner et les fuir lorsqu'elles se présentent avec un ardent désir, mais il faut s'exposer à la mort même pour pouvoir les aider. C'est là le saint breuvage que le Fils de Dieu demande sur la Croix, et nous ne devons pas être négligents à le lui donner, mais nous devons le faire avec zèle, car vous voyez bien qu'il se meurt de soif; nous ne devons pas faire comme les Juifs , qui lui donnèrent du vinaigre et du fiel.

3. Il reçoit de nous du fiel et du vinaigre quand nous nous abandonnons à l'amour-propre sensitif , à une négligence habituelle, à une vaine complaisance pour le monde, veillant et priant peu, sans rechercher avec zèle l'honneur de Dieu et le salut des âmes. C'est vraiment là un fiel et un vinaigre d'une grande amertume ; et si cette amertume lui est pénible, c'est qu'elle cause notre malheur. Que faut -il donc faire pour ne pas lui présenter ce breuvage? 11 suffit d'aimer : l'amour ne

peut venir que de l'amour ; l'amour grandit à la lumière, en attirant à lui l'amour. C'est en élevant le regard de notre intelligence avec un ardent désir, et en le fixant sur Jésus crucifié , que nous verrons manifestés la volonté et l'amour du Père éternel, qui nous a uniquement créés pour que nous ayons la vie éternelle. Le sang du Verbe, son Fils unique, nous montre cet amour et la fin pour laquelle nous avons été créés. Alors notre cœur, en fixant le regard de l'intelligence dans le cœur de Jésus crucifié, acquiert l'amour, il aime ce que Dieu aime , et il déteste ce qu'il déteste ; et parce que le péché est une séparation de Dieu , il l'a en une telle horreur, que non - seulement il ne peut s'y plaire, mais qu'il donnerait mille vies, s'il les avait, pour retirer les âmes du péché mortel.

4. 0 mon très -cher Père! donnez donc à boire à Notre-Seigneur, qui , vous le voyez , vous le demande avec tant d'amour ! Excitez en vous le saint et bon désir du salut des âmes; qu'il soit pour vous comme une douce nourriture. Ne vous arrêtez jamais à la dignité , à la bassesse , à la grandeur, à la naissance légitime ou illégitime de personne; car le Fils de Dieu, dont nous devons suivre les traces , n'a méprisé et ne méprise personne pour sa position ou sa naissance ; justes ou pécheurs , il les reçoit tous avec amour, parce qu'il veut les retirer de la corruption du péché mortel , de la vanité du siècle , et les faire vivre à la grâce. C'est la doctrine qu'il a donnée; et s'il l'a donnée à tous, à bien plus forte raison l'a-t-il donnée à vous et à ceux qui gouvernent les Ordres. Quand il se présente à vous de bons sujets, qui viennent avec un ardent désir de la vie religieuse, qui fuient le siècle par amour de la vertu, et

qui soupirent après le joug de l'obéissance , il ne faut les refuser et les éloigner pour aucune raison , quelle que soit leur naissance; car Dieu ne méprise pas plus Tàme de celui qui a été conçu dans le péché oiortel, que l'àme de celui qui est né du sacrement de mariage. Notre Dieu accepte les bons et saints désirs.

5. Aussi je vous demande, et je veux que cette plante nouvelle , que le prieur vous envoie pour que vous la receviez dans l'Ordre, soit accueillie par vous avec charité ; car c'est une àme pleine de bonne volonté , ayant des qualités naturelles excellentes, et beaucoup d'attrait pour la vie religieuse. L'Esprit-Saint l'appelle particulièrement à votre Ordre ; vous ne devez pas , et je sais que vous ne voulez pas résister au Saint-Esprit. Je m'étonne beaucoup de votre réponse négative, elle m'a bien surprise ; peut être est-ce la faute de celui qui a fait la demande, et qui n'a pas bien su la faire, malgré ses bonnes intentions. Maintenant je vous prie, pour l'amour de Jésus crucifié , de vous préparer à le bien recevoir; ce sera Fhonneur de Dieu et de l'Ordre. Ne me refusez pas, car c'est un bon jeune homme; s'il n'était pas bon , je^ ne vous l'enverrais pas. Je vous le demande en grâce, et vous devez le faire, d'après la loi de la charité. Ne repoussez pas celui qui vous demande à boire. En lui en donnant, je verrai si vous voulez désaltérer Celui qui est sur la Croix , et qui vous demande à boire ; et je ne vois pas que nous puissions autrement plaire à Dieu. Aussi je vous ai dit que je désirais vous voir affamé et rassasié de la nourriture des âmes, pour l'honneur de Dieu. Je ne vous en dis pas davantage. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.

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