‹ Lettres de Sainte Catherine de Sienne (volume 4)Chapitre 70 sur 115 · CXLV (99) — A FRERE RAYMOND DE CAPOUE · texte numérisé non relu

CXLV (99) — A FRERE RAYMOND DE CAPOUE

DE l'ordre de saint - DOMINIQUE , A PISE (1).

De la lumière de la vérité. — Combien elle est nécessaire.

AU KOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE

1. Très -cher Père dans le Christ, le doux Jésus, moi, Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ, je vous écris dans son précieux sang, avec le désir de vous voir éclairé d'une vraie et parfaite lumière, pour que dans la lumière de Dieu vous voj'iez la lumière; car en la voyant, vous connaîtrez la Vérité; en la connaissant, vous l'aimerez, et vous serez ainsi l'époux fidèle de la Vérité. Sans cette lumière, vous marcherez dans les ténèbres, et vous ne serez pas le fidèle, mais l'infidèle époux de la Vérité, parce que cette lumière est le moyen qui rend l'àme fidèle; elle l'éloigné des erreurs de la sensualité, elle la fait mourir à elle-même, et suivre avec ardeur la doctrine de Jésus crucifié, qui est la Vérité. Elle rend le cœur ferme, stable, invariable, ne se laissant point aller à l'impatience dans les épreuves,

(1) Cette lettre est écrite de Rome au B. Raymond , qui se rendait en France, comme ambassadeur, pour la cause d'Urbain VI, auprès de Charles V. Il était parti dans les premiers jours de décembre 1878,

ni à une joie déréglée dans la prospérité ou la consolation. Celui qu'elle éclaire est réglé en toute chose, et grave dans toute sa conduite. Tout ce qu'il entreprend est fait avec prudence et avec la lumière d'une grande discrétion ; et s'il agit avec prudence, il parle, et ^il se tait aussi avec prudence, aimant mieux entendre des choses utiles quede parler sans besoin, parce qu'avec la lumière il a vu dans la lumière que notre Dieu aime peu de paroles et beaucoup d'actions. Sans la lumière, il ne l'aurait pas yu , et il aurait fait le contraire, parlant beaucoup et faisant peu. Son cœur s'en irait comme le vent, s'abandonnant légèrement à la joie avec un amour déréglé , et se laissant aller à une tristesse coupable dans l'affliction.

2. Celui qui est privé de la lumière peut tomber dans toute sorte de fautes, tandis que celui qui a vu la lumière dans la lumière de Dieu est capable d'arriver à une grande perfection. Il avance avec zèle, et améliore sa vie par la sainte haine de lui-même et par l'amour de la vertu; sans cela, sa vie serait imparfaite et corrompue. C'est en considérant, mon cher Père, combien cette lumière est nécessaire, que je vous disais combien je désire vous voir éclairé d'une vraie et parfaite lumière. Oui, mon âme le désire avec la même ardeur qu'elle désire sortir elle-même des ténèbres pour s'unir et se conformer à la lumière. Je vous demande pour l'amour de Jésus crucifié et de Marie , sa douce Mère, de vous appliquer autant que vous le pourrez à accomplir en vous la volonté de Dieu et le désir de mon âme, qui alors sera bien heureuse.

3. Il n'est plus temps de dormir; il faut secouer le sommeil delà négligence, et dissiper l'aveuglement de

l'ignorance pour épouser réellement la Vérité avec l'anneau de la très- sainte Foi ; il faut annoncer la vérité, et ne jamais la taire par crainte; il faut au contraire être prêt à donner généreusement sa vie, s'il en est besoin, et s'enivrer du sang de l'humble Agneau sans tache, qu'on puise sur le sein de sa douce Épouse, la sainte Église. Nous la voyons maintenant toute démembrée, mais j'espère que l'éternelle et souveraine bonté de Dieu guérira ses membres de leur infirmité; ils répandront la bonne odeur, et ne seront plus corrompus. Ils seront renouvelés sur les épaules des vrais serviteurs de Dieu , qui aiment la vérité au milieu des fatigues, des sueurs, des larmes; oui nous recevrons le soulagement de nos peines par la joie que nous causera le renouvellement de celte douce Épouse. Mais silence, mon àme, ne parle plus. Je ne veux pas, mon très-cher Père, me mettre à vous dire ce qu'il serait bien, difficile d'écrire ou de raconter; mon silence doit vous montrer ce que je veux dire. Je termine. J'ai un grand désir de vous voir revenir dans ce jardin , afin que vous aidiez à en arracher les épines. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.

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