‹ Lettres de Sainte Catherine de Sienne (volume 4)Chapitre 78 sur 115 · QUE LOUE SOIT NOTRE DOUX SAUVEUR · texte numérisé non relu

QUE LOUE SOIT NOTRE DOUX SAUVEUR

1. Mon bien cher et très -aimé Père dans le Christ Jésus, Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus- Christ, votre indigne petite fille, vous écrit dans le précieux sang du Fils de Dieu , avec le désir de vous voir transformé et enflammé dans les flots de son sang. Ce sang nous fera courir avec ardeur sur le champ de bataille, comme l'a fait cette douce et tendre Lucie, qui était si enivrée du souvenir continuel du sang du Fils de Dieu, qu'elle courut lui offrir avec courage le sacrifice de son corps. Je conjure notre doux Sauveur de nous apprendre aussi à sacrifier et à macérer nos corps. Et ne vous étonnez pas, mon très- cher Père, si je ne puis me rassasier de ce sacrifice , car le jour de sa fête

(1) Frère Thomas délia Fonte était lié à la famille de sainte Catherine, dont la sœur avait épousé un de ses parents. Il fut le premier confesseur de notre sainte, et un des témoins dans le procès de Venise, Cette lettre est probablement du mois de décembre 1377.

elle ni'a fait goûter encore le fruit de son martyre. Je me retrouvais par le désir à la table de l'Agneau, qui me disait, à moi, misérable : Je suis la table, je suis la nourriture, et c'est la main du Saint-Esprit qui m'offre et me sert à ceux qui me goûtent véritablement; et je voyais l'accomplissement de cette douce parole de la Vérité même : « Il y a beaucoup de demeures dans la maison de mon Père (1). »

2. 0 très-doux Père ! combien étaient variés les fruits des vertus que les saints pratiquèrent en cette vie! Et chacun jouit maintenant avec les anges de la félicité suprême. Je voyais tellement la vérité , que mon àme confessait n'avoir jamais vraiment aimé ; et je demandais par son intercession , en la présence de Dieu, qu'il nous revêtît du vêtement de la vérité. Je sentais un tel renouvellement dans mon àme, que la langue serait incapable de l'exprimer. Hélas ! hélas ! je ne veux dire autre chose si ce n'est que je prie cette douce lumière de nous conduire bientôt à la mort pour la vérité.

3 . Vous me demandez d'écrire à Catherine et de venir bientôt, parce que M"® Agnès voulait faire son testament; soyez persuadé que si je n'ai pas écrit à Catherine et à mes autres filles bien-aimées, c'est que j'ai eu trop peu de temps; excusez-moi près d'elles, et bénissezles toutes , de la part de Jésus -Christ et de la mienne , mille et mille fois.

4. Je vous annonce que l'honneur de Dieu gagne, parmi les supérieurs, plus que je ne l'ai jamis vu , et il me semble que Dieu veut nous donner de bons morceaux. Je vous dirai aussi que le monastère de Ripoli

(1) S. Jean, XIV, 2.

est sorti des mains du démon (1). Alessia, Catherine et Cecca, se recommandent bien à vous, comme le fait votre Catherine , l'esclave et la servante des serviteurs de Dieu.

(1) Les religieux avaient sans doute viojié l'interdit, à l'instigation des magistrats de Florence , et ils étaient ensuite rentrés dans le devoir.

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