‹ Lettres de Sainte Catherine de Sienne (volume 4)Chapitre 77 sur 115 · La langue est incapable de raconter les mystères · texte numérisé non relu

La langue est incapable de raconter les mystères

que mon intelligence a vus et que mon cœur a sentis. Je passai le jour dans l'extase , et quand vint le soir, j'étais tellement transportée d'amour, que je ne pouvais m'empêcher d'aller au lieu de la prière. Je comprenais que le moment de ma mort approchait, et je me prosternais, en me reprochant amèrement d'avoir servi avec tant d'ignorance et de négligence l'Épouse du Christ, et d'être cause que les autres avaient fait de même. J'étais pleine de ces pensées, lorsque Dieu me mit en sa présence , non pas comme j'y suis toujours, puisqu'il renferme tout en lui, mais d'une manière nouvelle, comme si la mémoire, l'intelligence et la volonté n'avaient plus rien à faire avec le corps. Et je contemplais la vérité avec une telle lumière, que je revoyais dans cet abîme les mystères de la sainte Église , toutes les grâces passées et présentes que j'avais reçues dans ma vie , et le jour où Dieu avait pris mon âme pour épouse; tout cela disparaissait dans l'ardeur de l'amour, qui augmentait sans cesse, et je ne pensais plus qu'à ce que je pouvais faire pour me sacrifier à Dieu, pour la sainte Église, et pour détruire l'ignorance et la négligence de ceux que Dieu m'avait confies. Alors les démons se déchaînaient contre moi, et voulaient empêcher et diminuer par la terreur la violence de mon désir. Ils frappaient sur l'enveloppe de mon corps , mais mon désir s'enflammait davantage , et je criais : 0 Dieu éternel ! recevez le sacrifice de ma vie dans le corps mystique de la sainte Église. Je n'ai à vous donner que ce que vous m'avez donné vousmême; prenez mon cœur, et pressurez- le sur la face de l'Épouse.

6. Et alors l'Éternel, me regardant avec clémence , prenait mon cœur et le pressurait dans la sainte Église,

Il le prit avec tant de violence , que si , pour empêcher le vase de mon corps de se briser, il ne lui eût pas donné sa force, la vie m'aurait quittée. Les démons criaient avec plus de fureur , comme s'ils avaient souffert une douleur insupportable ; ils faisaient tous leurs efforts pour m'épouvanter, et ils me menaçaient de trouver le moyen de rendre inutile tout ce que je faisais ; mais l'humilité , avec la lumière de la très-sainte Foi , triomphe toujours de l'enfer. Plus il s'agitait , plus je luttais avec ardeur ; et j'entendais , en présence de la Majesté divine , des paroles si tendres et des promesses si douces , que j'étais inondée de joie. Mon état était si mystérieux , que la parole ne pourra jamais l'expliquer. Et maintenant je dis : Grâces, grâces soient rendues au Très-Haut, à l'Éternel, qui nous a placés sur le champ de bataille pour combattre en vaillants chevaliers pour son Épouse , avec le bouclier de la trèssainte Foi. La victoire nous est restée par cette puissance qui a vaincu le démon, maître du genre humain. Il a été vaincu non par la vertu de l'humanité, mais parcelle de la Divinité Oui, le démon est et sera vaincu, non par la souffrance de nos corps , mais par le feu de la divine et ineffable charité.

ni CL (104). — AU FRÈRE THOMAS DELLA FONTE

DE L'ORDBE des frères PRÊCHEURS (1).

Elle lui parle d'une vision qu'elle a eu le jour de sainte Lucie.

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