II. — SAINTE CATHERINE
confie. Il faut que l'homme qui doit gouverner et conduire les autres, se gouverne et se conduise d'abord lui-même. Comment un aveugle pourrait-il diriger un aveugle, comment un mort pourrait-il enterrer un mort, un malade soigner un malade, un pauvre secourir un pauvre ? N'est-ce pas impossible ? Oui, mes chers Seigneurs, celui qui est aveugle, celui dont l'intelligence est obscurcie par le péché mortel, ne peut se connaître et connaître Dieu ; il ne pourra pas non plus voir et corriger les défauts de ceux qui lui sont soumis, et s'il les corrige, ce sera avec les ténèbres et l'imperfection qu'il a en lui.
2. Souvent, à cause de ce défaut de connaissance, j'ai vu et je vois encore punir ceux qui sont innocents, et ne pas punir ceux qui sont coupables et qui mériteraient mille morts. Le peu de lumière empêche de discerner la vérité, et l'injustice de la calomnie fait soupçonner ceux en qui on devrait avoir toute confiance, les serviteurs de Dieu, qui nous enfantent dans les larmes, les sueurs, les saintes et continuelles prièree, qui s'exposent à tous les dangers, à toutes les peines et les tourments pour l'honneur de Dieu, pour le salut des âmes et du monde ; tandis qu'on accorde sa confiance à ceux qui sont enracinés dans l'amour d'eux-mêmes, et qui se laissent agiter par tous les vents. Cela vient du défaut de lumière et des ténèbres du péché. Il faut donc avoir la lumière. Je dis qu'un mort ne peut enterrer un mort, c'est-à-dire que celui qui est mort à la grâce n'a pas le zèle et la force d'enterrer le défaut de son prochain, parce qu'il a le même défaut, et qu'il ne veut pas et ne sait pas s'en corriger. 11 se voit atteint du même mal, et