LIX. — AUX SEIGNEURS ET DIGxMITAiRES Ó
il ne s'en guérit pas. 11 ne soigne pas celui qui lui est confié, lorsqu'il le volt infirme ; et l'infirmité du péché mortel est si grande, qu'on ne peut y porter remède qu'en se guérissant soi-même. Celui qui est dans le péché mortel tombe dans la pauvreté ; il a perdu la richesse des vraies et solides vertus, en ne suivant pas les traces de Jésus crucifié, et il ne peut assister les pauvres, puisqu'il est privé de la richesse de la grâce divine par les ténèbres ; il a perdu la lumière, et il ne voit pas le mal où il est; il commet l'injustice au lieu de rendre la justice.
3. Son infirmité lui l'ait perdre la force du vrai et saint désir de l'honneur de Dieu et du salut du prochain ; et son infirmité augmente toujours, s'il ne recourt pas au médecin, à Jésus crucifié, s'il ne vomit pas les souillures du péché par le moyen de la sainte Confession. S'il le fait, il reçoit la vie et la santé ; mais s'il ne le fait pas, il reçoit aussitôt la mort ; et alors, comme je l'ai dit, un mort ne peut ensevelir les morts. Quelle plus grande pauvreté peut-il y avoir que d'être privé de la lumière, de la santé, de la vie ? Je ne connais pas de plus grand malheur. Ceux qui l'éprouvent ne sont pas propres à gouverner les autres, puisqu'ils ne se gouvernent pas eux-mêmes : il faut commencer par là ; et c'est pourquoi je vous ai dit que je désirais vous voir de véritables seigneurs. Mais comme je vois qu'on ne peut avoir de véritable puissance, si on ne se gou* verne soi-même, si on ne soumet ses sens à la raison, je vous ai dit dans quels inconvénients tombent ceux qui se laissent dominer par leurs misères, et ne s'en rendent pas maîtres, afin que vous évitiez ce mal-
heur. Ouvrez, ouvrez donc l'œil de votre intelligence, et ne soyez pas si aveuglés par une crainte déréglée.
4. Tâchez de croire et d'espérer dans les vrais serviteurs de Dieu, et non dans les serviteurs coupables du démon, qui, pour cacher leur iniquité, vous font voir ce qui n'est pas. Ne mettez pas les serviteurs de Dieu contre vous, car il n'y a rien que Dieu ne supporte moins que les injures, les scandales et les outrages dirigés contre ses serviteurs. Ce qu'on fait contre eux est fait contre le Christ. Ce serait une trop grande ruine de le faire. Ne souffrez donc pas, mes très chers Frères et Seigneurs, que vous et d'autres agissiez ainsi ; mais coupez la langue des murmurateurs, c'est-à-dire, reprenez et ne croyez pas celui qui murmure. En le faisant, vous ferez un acte de vertu, et vous éviterez bien des scandales. Mais il me semble que nos péchés ne le méritent pas encore ; on dirait que c'est le contraire : les méchants sont écoutés, et les bons sont méprisés .
5. J'ai appris que, sur les rapports de l'archiprêtre de Montale! ne et d'autres personnes qui voulaient cacher leurs fautes, vous aviez jugé défavorablement l'abbé de Saint-Anthime qui est un grand et parfait serviteur de Dieu (1) ; il est ici depuis fort longtemps; et si vous l'aviez connu un peu, non seulement vous ne l'auriez pas soupçonné, mais vous auriez été pleins de respect à son égard. Je vous prie donc, pour l'amour de Jésus crucifié, de vouloir bien ne pas le tourmenter, mais l'assister, au contraire, et
(i) Il y avait un conflit de juridiction entre l'archiprêtre de Montulcine et l'abbé de Saint-Anthime.