LXVI. — AUX SEIGNEURS ET DIGNITAIRES
à cause de cette liberté que Dieu a dit : « Je vous ai créé sans vous, mais je ne vous sauverai pas sans vous. » Dieu veut donc que nous nous servions des armes qu'il a données, et que nous résistions aux coups que nous recevons de nos ennemis. Nous avons trois ennemis principaux : le monde, la chair, le démon. Mais ne craignons pas ; la divine Providence nous a si bien armés, que nous ne devons rien craindre. L'armure est bonne, et Celui qui nous secourt, meilleur encore : c'est Dieu, à qui rien ne peut résister, et tant que l'âme regarde ce douxet puissant auxiliaire, elle ne peut tomber dans aucune faiblesse. Il semble que c'était la pensée de l'ardent saint Paul, lorsqu'il disait : « Je puis tout par Jésus crucifié, qui est en moi et qui me fortifie (l). » Quand Paul ressentait les attaques et l'aiguillon de la chair, il se fortifiait non en lui qu'il voyait faible, mais dans le Christ Jésus et dans la bonne armure que Dieu lui avait donnée, en lui donnant la liberté. 11 dit: Je puis tout, et ni le démon ni les créatures ne peuvent me forcer à un pèche mortel si je ne le veux pas. Tant que l'homme ne se dépouille pas de ces armes pour les remettre entre les mains du démon par le consentement de la volonté, il n'est jamais vaincu, quoique le démon, la chair et le monde viennent l'attaquer et lui jeter leurs flèches empoisonnées : la chair, par ses pensées et les mouvements honteux ; le démon, par ses tentations, ses fraudes et ses erreurs ; le monde, par ses pompes, ses vanités et son orgueil. La liberté reste maîtresse, si elle ne consent pas à ces
(1) Èp. aux Philip., IV 13
désirs déréglés ; elle n'est jamais blessée, parce que le péché est seulement dans la volonté ;etcette grâce, Dieu nous l'a donnée par bonté et non par obligation.
2. Je veux donc, mon très doux Fils dans le Christ Jésus, que vous ne craigniez rien de ce que vous éprouvez. Dieu est si bon, qu'il s'est fait notre auxiliaire, et il nous a donné de bonnes armes; puis il est resté mort et vainqueur sur le champ de bataille, en mourant sur le bois de la très sainte Croix. Il a vaincu, parce que sa mort nous a donné la vie ; et il est retourné dans la cité céleste de son Père, après avoir délivré son épouse, c'est-à-dire notre âme, qu'il a épousée en prenant notre nature. L'homme, touché de ces bienfaits, ne doit-il pas ouvrir l'œil de son intelligence pour contempler un si ardent amour? Nos ennemis sont vaincus, et nous sommes tirés des mains des démons qui possédaient notre âme comme leur bien. Le monde est vaincu; il a détruit l'orgueil en s'humiliant jusqu'à l'homme ; la chair est vaincue, car il a souffert pour nous la mort, les peines, les outrages, les injures, les coups et tous les opprobres. Nous devons prendre courage, puisque nos ennemis sont défaits. Suivons donc ses traces en chassant le vice par la vertu, l'orgueil par l'humilité, l'impatience par la patience, l'injustice par la justice, la débauche par rhumilitc parfaite et la continence, la vaine gloire par la gloire et l'honneur de Dieu, afin que tout ce que nous ferons soit pour la gloire, la louange et l'honneur du nom de notre Seigneur Jésus. Faisons donc une sainte guerre à ces vices; plus nous regarderons notre doux Seigneur, plus