‹ Lettres de Sainte Catherine de SienneChapitre 17 sur 78 · LXVI. — AUX SEIGNEURS ET DIGNITAIRES · texte numérisé non relu

LXVI. — AUX SEIGNEURS ET DIGNITAIRES

notre âme s'animera à combattre vaillamment, en voyant que notre Père est mort à cause du péché ; elle fera comme le fìls qui, à la vue du sang de son père, ressent une plus grande haine contre l'ennemi qui l'a tué. L'âme fait ainsi, lorsqu'elle regarde le sang de son Créateur ; elle excite en elle la haine et l'horreur que lui cause l'ennemi qui l'a tué. Si vous me dites : Qui l'a tué? Je vous répondrai que le péché seul est la cause de la mort du Christ, et c'est l'homme qui commet le péché.

3. On peut donc dire que c'est nous qui avons fait mourir le Fils de Dieu, et que nous y consentons encore toutes les fois que nous péchons mortellement. Nous devons donc nous venger de nous-mêmes, c'està-dire de nos pensées mauvaises, des vices et des péchés. Le plus grand ennemi de l'homme est lui-même. Quand l'âme regarde son Père et la sensuahté qui l'a tué,elle ne peut assez se venger d'un tel crime; elle est contente de voir souffrir toute sorte de peines et de tourments à son mortel ennemi. Je veux que vous fassiez de même ; et afin que vous puissiez le bien faire, je veux que vous ayez toujours devant vous le souvenir du sang du Fils de Dieu répandu avec tant d'amour : ce sera pour nous comme un baptême continuel de feu qui purifie et réchauffe sans cesse notre âme en détruisant le froiddu péché. Regardez le Fils, ce doux Agneau de la Croix, qui s'est fait la nourriture, la table et le serviteur. Notre ignorance serait trop grande, si nous négligions de nous nourrir de cette douce nourriture ; si cela nous est arrivé jusqu'à présent, redoublons maintenant de zèle, car j'ai reçu de bonnes et douces nouvelles de notre cher projet.

J'ai appris que le juge d'Arborea (1) est prêta donner sa fortune et sa vie pour le Christ. Je me réjouis, et je suis dans l'allégresse en voyant cette sainte disposition et le temps diminuer. Je ne vous en dis pas davantage. Pardonnez à ma présomption.

4. Je vous remercie beaucoup de l'affection et des aumônes que vous donnez à frère Jacomo. Que Dieu vous en récompense! Bénissez et encouragez Neri et les autres, Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.

LXVII (211). -A MESSIRE ANDRÉ CAVALCABO, sénateur de Sienne (2). — De la vertu de justice, et de la manière de l'acquérir. •— Des obstacles qu'elle rencontre.

AU NOM DE JÉSUS CRUCIFIÉ ET DE LA DOUCE MARIE

1. Très cher Frère dans le Christ, le doux Jésus, moi, Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ, je vous écris dans son précieux sang, avec le désir de vous voir un seigneur juste dans l'exercice de la puissance qui vous est confiée. Soyez juste, et maintenez la sainte justice, la rendant toujours selon la raison. Ne soyez pas injuste en commettant l'injustice, et en cherchant à plaire plutôt

(1) Lettre clxx.

(2) André Cavalcabo fut élu sénateur de Sienne le 30 août 1378. Il avait encouru l'excommunication majeure, dont le Souverain Pontife seul peut absoudre, et le Pape Urbain VI voulait le faire venir à Rome pour se l'attacher.

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