LXVIII. — AUX SEIGNEURS ET DIGiNITAIRES U
juste OU pécheur. S'il est pécheur, il doit s'y préparer et se purifier; s'il est juste, il ne doit pas y renoncer par humilité, en disant : Je ne suis pas digne d'unsi grand mystère; quand je m'en sentirai plus digne, je communierai. Il ne doit pas agir ainsi; il ne doit pas croire que ses mérites puissent jamais l'en rendre digne; s'il le croyait, c'est alors qu'il en serait indigne : l'orgueil se cacherait sous le manteau de l'humilité. Dieu seul est capable de nous rendre dignes, et c'est à cause de sa dignité que nous devons le recevoir.
5. Il faut le recevoir de deux manières, réellement et mentalement, c'est-à-dire avec un véritable et ardent désir; et ce désir ne doit pas seulement exister au moment de la Communion, mais toujours et en tout lieu, car il s'agit de prendre la nourriture qui donne à l'ame la vie de la grâce. Voilà ce que dit la sainte justice ; elle règle tout avec droiture et raison dans les trois puissances de l'âme. Celui qui la possède l'exerce à l'égard du prochain par la prière, la parole, et par sa bonne et sainte vie. S'il est revêtu de quelque autorité, comme il observe la loi, il veut qu'elle soit observée par les autres ; et parce qu'il l'observe avec un saint zèle, il punitceux qui la transgressent. De même qu'il a puni en lui la sensualité qui se révoltait contre la justice divine, il veut, lorsqu'il gouverne ceux qui lui sont soumis , punir ceux qui se révoltent contre les lois civiles, les décrets et les bons règlements établis par ceux qui gouvernaient autrefois; et selon que le veut la justice, il donne peu ou beaucoup, comme le demande la raison.
6. Cette justice ne veut pas être souillée et diminuée par la crainte de la peine et de la mort corporelle, ni par les menaces, les flatteries, les complaisances pour les créatures, ni par l'intérêt temporel, qui vend l'honneur et la vie des hommes pour de l'argent, comme le font ceux qui vivent sans aucune règle et sans la lumière de la raison. Celui qui est juste n'abandonne la justice pour aucune cause, mais il l'observe autant qu'il peut, cherchant dans toutes ses actions l'honneur de Dieu, le salut de son âme, le bien général, donnant à tous de bons conseils, en montrant la vérité autant qu'il est possible. Il doit ainsi faire s'il veut maintenir son âme et la cité dans la paix et la sainte justice. N'est-ce pas parce que la justice a été violée, que sont arrivés et qu'arrivent tant do maux? Aussi, c'est parce que je veux la voir en vous et dans notre ville, régler et gouverner toutes choses, que j'ai dit que je désirais vous voir un juste et bon gouverneur. Si cette justice ne commence pas par vous-même, vous ne pourrez jamais l'observer à l'égard du prochain, dans quelque position que vous vous trouviez. Je vous y invite donc, et je veux que vous vous régliez vous-même, afin d'accomplir parfaitement ce que la Bonté divine vous a confié. Ayez toujours Dieu en vue dans toutes les choses que vous aurez à faire, et faites-les avec une véritable humilité, afin que Dieu soit glorifié en vous. Demeurez dans la douce et sainte dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.