‹ Lettres de Sainte Catherine de SienneChapitre 21 sur 78 · LXVIII. — AUX J3EIGNEURS ET DIGNITAIRES · texte numérisé non relu

LXVIII. — AUX J3EIGNEURS ET DIGNITAIRES

Mais comment se conduit celui qui craint Dieu? comment est-il juste? Le voici.

2. Il règle avec la lumière de la raison les trois puissances de l'àme, et cette règle est celle de toute sa vie spirituelle et corporelle, en tout lieu, en toute position, en toute circonstance qu'il se trouve. Il veut que sa mémoire retienne les bienfaits de Dieu et les offenses qu'il a faites au souverain Bien; il veut que l'intelligence voie l'amour avec lequel Dieu lui donne la grâce, et qu'elle connaisse la doctrine delà vérité. Il veut que la volonté aime la bonté infinie de Dieu, qu'il a vue et connue à la lumière de l'intelligence. Et parce qu'il a connu que Dieu doit être aimé de ses créatures, de tout notre cœur, de toute notre àme, de toutes nos forces, il s'asseoit sur le tribunal de sa conscience pour rendre la justice, lorsqu'il voit que la sensualité veut troubler cet ordre doux et glorieux qu'il a établi. Si, par les illusions du démon, ou par sa propre faiblesse, la perfection de cet ordre est altérée, il exerce la justice et sait rendre à chacun ce qui lui est dû. Si la sensualité veut lui donner un coup mortel, il la tue elle-même, en tranchant la tête à la volonté coupable avec le glaive de la haine et avec l'amour de la vertu. Puis, selon la gravité de la faute, il discipline l'affection déréglée de son âme, et lui fait payer l'amende que lui a imposée la justice divine.

3. Quelle est cette amende, et comment est-elle payée? Le voici. Lorsque l'appétit sensitif recherche le bien-être, les honneurs, les richesses du monde, la raison juste veut qu'on désire et qu'on embrasse la honte, qu'on méprise les honneurs et qu'on rocher-

che l'abaissement. Elle veut qu'on abandonne les richesses par la volonté et qu'on épouse la pauvreté ; qu'on espère en Dieu, et non pas en soi-même et dans les grandeurs du monde, qui n'ont aucune durée ni aucune fermeté. Et si cet appétit pervers cherche la fange de l'impureté, la justice l'oblige et le force à chercher et à aimer la pureté. Elle punit l'orgueil par l'humilité, rinfidéhté par la foi, l'avarice par les largesses de la charité, la haine et le mépris du prochain par la bienveillance, l'imprudence par la prudence ; et ainsi toutes les vertus sont les condamnations et les amendes que le juge, assis sur le tribunal de la conscience, inflige à l'âme pour la punir de l'appétit sensitif et pour détruire l'attachement au mal, en retranchant la volonté propre, comme nous l'avons dit. C'est ainsi qu'il rend justice à l'âme, en lui rendant la vertu et la puissance qui lui sont dues, tandis que la sensualité reste esclave. De cette manière, il s'acquitte de l'honneur qu'il doit à Dieu et de la charité qu'il doit au prochain.

4. Le lieu où il doit se tenir est la connaissance de lui-même et de la bonté de Dieu à son égard, traitant les autres comme il voudrait être traité, purifiant souvent la face de son âme de toutes les souillures du péché, dans le sang du Christ, par le moyen d'une sincère et parfaite confession, la nourrissant de la nourriture des anges, c'est-à-dire du doux sacrement du corps et du sang de Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, que tout fidèle chrétien est obligé de recevoir une fois tous les ans. Celui qui veut le recevoir plus souvent le reçoit plus souvent, mais jamais personne ne doit le recevoir moins, qu'il soit

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