LXXVI. — AUX SEIGNEURS ET DIGNITAIRES
de Jésus-Christ, je vous écris dans son précieux sang, avec le désir de vous voir les vrais serviteurs de Jésus crucifié liés par les doux liens de la charité. Ces liens ont uni Dieu à l'homme et l'homme à Dieu ; et cette union a été si parfaite, que ni la mort ni rien au monde n'a pu les séparer.
2. 0 doux et véritable lien, votre force est si grande, que vous avez tenu attaché et cloué l'IIomme- Dieu sur le bois de la très sainte Croix ; car les clous et le fer n'auraient pas suffi à le tenir, si l'amour de l'honneur de son Père et de notre salut ne l'eût pas retenu. Mes très chers Frères, cet amour a été si fort et si persévérant, que ni les démons ni les créatures ne peuvent l'affaiblir et l'empêcher de continuer. Les créatures ne font pas affaibli, et ne l'affaiblissent pas par leurs injures et leur ingratitude, et les démons qui nous tentent ne l'empêchent pas de nous aimer. Il n'a pas cessé d'obéir à son Père, mais il a persévéré dans cette obéissance jusqu'à la mort de la Croix. Ce doux et tendre Yerbe, le Fils unique de Dieu, nous a manifesté avec persévérance et patience la volonté et la douce vérité de son Père. Sa volonté est notre sanctification ; c'est la vérité, et c'est dans ce but que Dieu nous a créés, afin que nous soyons sanctifiés en lui pour la louange et la gloire de son nom, afin que nous jouissions et que nous goûtions son éternelle vision.
3. 0 mes très doux et très chers Frères, je veux que vous considériez l'abondance et l'abîme de sa charité. L'homme était devenu aveugle et ignorant par sa faute ; il ne connaissait pas cette douce vérité, cette douce volonté de Dieu ; et c'est pourquoi Dieu
a voulu s'humilier jusqu'à l'homme. 0 misérable orgueil ! l'homme ne doit-il pas avoir honte de s'enorgueillir, lorsque Dieu s'est humiUé en nous donnant son Verbe voilé et revêtu de notre humanité. Qui peut seulement comprendre que la grandeur de Dieu est descendue à un tel abaissement, que Dieu s'est uni à l'homme et l'homme à Dieu. Ouvrez, ouvrez rœil de votre intelligence, et vous verrez quelle abondance de sang a répandue le Fils de Dieu. Les blessures de son corps nous ont prouvé que Dieu nous aime d'une manière ineffable et qu'il ne veut autre chose que notre bien; s'il avait voulu autre chose, il ne nous eût pas donné un tel Rédempteur. 0 ineffable et douce charité ! votre corps a été ouvert par la force de l'amour de notre salut. Dieu éternel, vous vous êtes fait visible, vous nous avez donné un trésor visible afin que la faiblesse de notre intelligence n'ait plus d'excuse de ne pouvoir s'élever ; vous vous êtes fait petit, et vous avez uni ensemble la bassesse et la grandeur.
4. Qu'ainsi donc, par la force de l'amour, l'intelligence et le cœur de l'homme s'élèvent à connaître en vous l'abaissement de votre humilité, et la grandeur et l'excellence de votre charité, 6 Dieu éternel I Le doux et tendre Verbe l'a dit : « Lorsque je serai élevé en haut, j'attirerai tout à moi. » L'éternelle Vérité semble avoir voulu dire : Si je suis abaissé et humilié dans la mort honteuse de la Croix, j'attirerai tous vos cœurs à la grandeur de ma divinité et de ma charité incréée. Et quand le cœur de l'homme est attiré, on peut dire qu'il entraîne avec lui toutes les puissances de l'i'ime avec toutes ses œuvres spi-