‹ Lettres de Sainte Catherine de SienneChapitre 42 sur 78 · LXXV. — AUX SEIGNEURS ET DIGNITAIRES · texte numérisé non relu

LXXV. — AUX SEIGNEURS ET DIGNITAIRES

liens de la charité, plus doux et plus aimables que toute douceur. Ne tardez pas, car le temps est court; le moment de la mort vient sans que nous nous en apercevions.

4. Je vous prie par l'amour de Jésus crucifié d'avoir toujours, dans votre position, le regard fixé sur la sainte et divine justice ; que ce soit elle, et non pas la haine ou le désir de plaire à la créature, qui vous fasse punir les fautes que vous voyez : punissez surtout vos fautes quand vous vous en apercevez ; blâmez-les autant que vous le pourrez, et gardez-vous de fermer les yeux pour ne pas les voir, car Dieu vous en reprendrait sévèrement. Soyez, soyez plein de zèle et d'amour, et faites tous vos efïorts pour que tous vos actes soient unis au Christ Jésus. C'est cette union que mon âme vous désire, parce que je vois que sans cela vous ne pouvez avoir la vie de la grâce. Je ne vous dis rien de plus ici<

5. J'ai reçu votre lettre, qui m'a bien touchée. Ce n'est pas ma vertu et ma bonté, car je suis pleine de misère et de péchés, mais c'est votre bienveillance et celle de ces saintes dames qui vous ont porté à m'écrire humblement, pour me prier de venir vous trouver (l). Je satisferai bien volontiers votre désir et le leur ; mais, en ce moment, je vous prie de m'excuser. L'état de ma santé m'en empêche. Je vois aussi que cela ferait murmurer ; mais j'espère de la

(I) Le bi(3nhoureux Raymond nous apprend (P. ii, c. 8) que sainle Catherine fut sollicitée de venir à Pise, et qu'elle y alla en 1375. L'influence qu'elle eut sur Pierre Gambacorti contribua sans doute beaucoup à maintenir la république dans l'obéissance de Grégoire XL -'

Îjonté de Dieu que, si son honneur et le salut des âmes le demandent, il me permettra de faire ce voyage en paix, et sans soulever des murmures ; et je serais prête alors à obéir à la Vérité suprême et à votre commandement. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Que le Christ vous comble de ses grâces les- plus douces ! Je me recommande avec une tendre affection à ces dames. Qu'elles prient Dieu pour moi, afin qu'il me rende humble et soumise à mon Créateur. Ainsi soit-il. Que loué soit Jésus-Christ crucifié !

LXXVI (194). - A MESSIRE TRINCI , des Trinci de Foligno, et à Conrad son frère (1). Lettre écrite en extase, — Des biens de la charité, et comment le Christ élevé en Croix a tout attiré à lui.

AU NOM DE JÉSUS CRUCIFIÉ ET DE LA DOUCE MARIE

1. Très chers Frères dans le Christ, le doux Jésus, moi, Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs

(1) La famille des Trinci était toute-puissante à Foligno. Celui auquel la lettre de sainte Catherine est adressée y exerçait un pouvoir absolu. Le bienheureux Fr. 'Thomas de Foligno, de l'ordre de Saint-François, lui prédit qu'il mourrait quand la cloche de la commune cesserait de sonner, et que les veaux voleraient sur les tours. En elfet, en 1377, dans la guerre qu'il soutenait pour l'Église contre les Florentins, la cloche de Foligno se cassa en appelant le peuple à la révolte ; Trinci fut tué dans la sédition, et les étendards de Tennemi, où étaient représentes des veaux, flottèrent sur les tours de la ville.

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