‹ Lettres de Sainte Catherine de SienneChapitre 48 sur 78 · LXXXIII (37). — A MONSEIGNEUR ANGE DE · texte numérisé non relu

LXXXIII (37). — A MONSEIGNEUR ANGE DE

RICASOLI. — II faut servirla sainte Église sans crainle servile et sans amour-propre, et suivre la vie et l'exoniplo de Jésus-Christ, pour acquérir les vraies vertus, principalement la charité envers Dieu et envers le prochain.

AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE

1. Très cher et très révérend Père dans le Christ, le doux Jésus, moi, Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ, je vous écris dans son précieux sang, avec le désir de vous voir un homme fort et sans crainte, afin que vous serviez avec courage la douce Épouse du Christ, travaillant à l'honneur de Dieu, selon les circonstances où se trouve maintenant cette douce Épouse. Je suis persuadée que si l'œil de votre intelligence se met à considérer ses hesoins, vous serez plein de zèle, et vous agirez sans crainte et sans négligence. Quand l'âme éprouve une crainte servile, aucune de ses opérations n'est

parfaite; et dans quelque position qu'elle se trouve, dans les petites choses, comme dans les grandes, elle ne peut réussir et conduire à la perfection ce qu'elle a commencé. Oh! que cette crainte est dangereuse! elle coupe les bras du saint désir; elle aveugle l'homme, et ne lui laisse pas voir la vérité, parce que cette crainte vient de l'avenglement de l'amourproprc. Aussitôt que la créature raisonnable s'aime d'un amour-propre sensitif , elle craint ; et la cause de sa crainte, c'est qu'elle a placé son amour et son espérance dans des choses fragiles, qui n'ont aucune force, aucune durée, et qui passent comme le vent. 0 perversité d'amour, que tu es dangereuse aux maîtres spirituels et temporels et à ceux qui 'leur obéissent ! Si c'est un prélat, il ne corrigera jamais les abus, parce qu'il craint de perdre son pouvoir et de déplaire à ses inférieurs. Il en est de même do ceux qui obéissent; l'humilité ne peut pas être en celui qui s'aime d'un pareil amour, et l'orgueil y naît alors. L'orgueil n'est jamais obéissant ;s"il commande, il n'observe pas la justice , il l'exerce d'une manière fausse et coupable, selon son caprice ou le caprice des créatures. Et à cause de ce défaut de sévérité et de justice, les inférieurs deviennent plus mauvais, parce qu'ils s'entretiennent dans leurs vices et leurs malices.

2. Puisque l'amour-propre et la crainte servile sont si dangereux, il faut les fuir, il faut fixer l'œil del'intelligence sur l'Agneau sans tache, qui est notre règle, notre doctrine; nous devons le suivre, parce qu'il est amour et vérité, et qu'il n'a cherché autre chose que la gloire de son Père et noire salut. Il ne

craignait ni les Juifs ni leurs persécutions, ni la malice des démons ni la honte, le mépris, les outrages ; il ne craignit pas enfin la mort ignominieuse de la Croix. Nous sommes les disciples de cette bonne et douce école. Je veux donc, mon très doux et très cher Père, qu'avec un grand zèle et une grande prudence, vous ouvriez l'œil de l'intelligence su? ce livre de vie, qui vous offre une si précieuse doctrine, et que vous ne vous occupiez que de la gloire de Dieu, du salut des ûmes et du service de la douce Épouse du Christ. Par sa lumière, vous vous dépouillerez de l'araour-propre , et vous vous revêtirez de l'amour divin; cherchez Dieu pour son infinie bonté, parce qu'il -est digne d'être cherché, d'être aimé de nous. Vous vous aimerez, vous aimerez la vertu, vous détesterez le vice pour Dieu ; et du même amour, vous aimerez votre prochain.

3. Vous voyez bien que la divine Bonté vous a placé dans le corps mystique de la sainte Église, et vous a nourri sur le sein de sa douce Épouse pour que vous vous nourrissiez, sur la table de la très sainte Croix, de l'honneur de Dieu et du salut des limes, et elle ne veut pas que vous mangiez autre part que sur la Croix, supportant les fatigues corporelles avec d'ardents désirs, comme l'a fait le Fils de Dieu, qui a souffert à la fois les tourments du corps et les angoisses du désir. Et la croix du désir était plus pénible que celle où il était attaché. Son désir était la faim de notre salut, pour accomplir la volonté de son Père; c'est ce qui le fit souffrir jusqu'à ce qu'il l'eût accomplie. Et comme il est la Sagesse du Père, il voyait ceux qui profitaient de son sang

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et ceux qui n'en profitaient pas par leur faute. Ce sang était donné pour tous, et il pleurait l'aveuglement de ceux qui n'en voulaient pas profiter. Ce tourment du désir, il le soufïrit depuis sa naissance jusqu'à sa mort. Lorsqu'il eut donné sa vie, son désir ne cessa pas mais seulement la croix du désir. C'est ce que vous devez faire, vous et toute créature raisonnable ; vous devez donner la souffrance du corps et la souffrance du désir en pleurant l'outrage fait à Dieu, et la perte de tant d'âmes que nous voyons périr. Il me semble qu'il est temps de travailler à la gloire de Dieu et au salut du prochain; il ne faut plus penser à soi avec l'amour-propre sensitif et la crainte servile, mais il faut agir avec un amour sincère et une sainte crainte de Dieu. Il faut, s'il en est besoin, sacrifier non seulement sa fortune, mais encore sa vie pour l'honneur de Dieu.

4. J'espère de son infmie bonté que vous serez un homme courageux, et que vous persévérerez dans ce que vous avez commencé ; en étant le Fils fidèle de la sainte Église, et en vous exerçant à la vertu, vous arriverez à une grande perfection. Oh! quelle joie j'ai eue de la bonne persévérance et de la constance que vous avez montrée! Je vous supplie de ne pas tourner la tête en arrière jusqu'à la mort, et d'être un homme vertueux, une fleur odoriférante dans le corps mystique de la sainte Eglise, considérant que ceux qui ne sont pas fermes dans la vertu ne sont pas constants. Aussi je vous ai dit que je désirerais vous voir un homme ferme et sans crainte, afin que vous puissiez accomplir la volonté de Dieu et mon désir pour votre

salut. Accompagnez l'humble Agneau sans tache, et vous trouverez que notre Roi est venu u nous par la voie de l'humilité et de la douceur. La sensualité ne doit-elle pas rougir de lever la tête par impatience en voyant un Dieu si humilié, qui, pour nous faire grands, s'est fait petit? La douce Vérité suprême nous a enseigné à devenir grands : et comment? Par les abaissements de la véritable humilité. Ne nous dit-il pas d'apprendre de lui à être doux et humbles de cœur. Ainsi donc, mon très cher Père, secouons le sommeil de la négligence et courons avec courage en suivant la doctrine de la vérité. Je finis. Demeurez dans la douce et sainte dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.

LXXXIV (38). - A UN GRAND PRÉLAT (1). - Du zèle pour le salut du prochain à la vue du désir et de la Hiim que Jésus-Christ a eus sur la Croix. — Des désordres que causent dans la sainte Église l'amour-propre des supérieurs et leur négligence à reprendre les fidèles.

AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE

1 . Mon révérend et très cher Père dans le Christ Jésus, moi Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ crucifié, je vous écris dans son précieux sang, avec le désir de vous voir affamé

(1) Les discij)lcs de sainte Catherine qui ont recueilli ses lettres n'ont pas conservé le nom de co prélat, auquel s'appliquaient sans doute les gémissements de notre sainte.

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