‹ Lettres de Sainte Catherine de SienneChapitre 47 sur 78 · II. — SA.M1Ì CATIililUNE · texte numérisé non relu

II. — SA.M1Ì CATIililUNE

de Jésus crucifié, de réfléchir à la brièveté du temps ; vous ne savez pas si vous aurez le lendemain. Rappeîez-vous que vous devez mourir, et vous ne savez pas quand. Je finis, mon Père ; pardonnez à une pauvre misérable.

5. Puisque vous êtes le père des pauvres, et que vous m'avez priée et fait promettre de m'adresser à vous pour la première aumône que j'aurais à faire, je m'adresse à vous, comme père des pauvres, et j'accomplis la promesse que je vous ai faite. Je vous dirai donc que j'ai une aumône bien pressante à faire au couvent de Sainte- Agnès, dont je vous ai parlé dans une autre lettre (1). C'est une sainte communauté de bonnes religieuses qui a de grands besoins, surtout parce que le couvent, qui est hors la ville, doit être transféré à l'intérieur, à cause des troubles et des guerres. Il faudrait, pour commencer, cinquante florins d'or de la part du couvent; la ville donnerait le reste. Je vous écris pour vous faire connaître ce besoin ; et je vous prie, je vous supplie de faire ce que vous pourrez. Que Dieu soit dans votre âme. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.

(1) Celte lettre a été perdue. Le couvent recommandé était celui de Montepulciano, fondé par sainte Agnès. Sainte Catherine aimait à aller visiter le corps de celle qui devait être sa compagne de paradis. (Vie de sainte Catherine, p. ii, c, 12.)

LXXXII (30). -A MONSEIGNEUR ANGE DE RIGA- SOLI. — 11 faut se clouer, par le saiut désir, à la Irùs saiiiLo (Jruix de Jésus-Glirist, et s'embraser d'ardeur pour le salut des âmes.

AU NOM DE JESUS CllUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE

1. Ycnémblc et très cher Père dans le Christ Jésus, moi Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ, je vous écris et je me recommande à vous dans son précieux sang, avec le désir de vous voir attaché et cloué par le saint désir sur le bois de la très sainte Croix, où nous trouverons l'Agneau sans tache consumé par le feu de la divine charité. Sur cet arbre, nous trouverons la source des vertus. La charité est cet arbre fertile ([ui fut la croix et le clou qui attacha le Fils de Dieu, car aucune autre croix, aucun autre lien n'aurait pu le retenir. Là, vous trouvez l'Agneau immolé, qui se rassasie de son Père et de notre salut ; et son amour est si grand, que toutes les souffrances de son corps ne peuvent l'exprimer. O inelt'able , très douce et très aimable Charité, la faim et la soif insatiable que vous avez de notre salut vous fait crier : J'ai soif. La soif de votre corps avait beau éti'C grande à cause de vos tourments, la soif de notre salut était bien plus grande. Hélas! hélas! on ne trouve à vous donner à boire que l'amertume de nos iniquités. Combien peu vous désaltèrent avec les actes généreux de leur volonté et les purs sentiments de leur cœur !

2. Je VOUS prie, mon très doux, très cher et vénérable Père, de secouer le sommeil de la négligence. Ce n'est plus le temps de dormir, car le soleil est déjà levé, il faut donner à boire à qui le demande si doucement. Si vous me dites : Ma fille, je n'ai rien à lui donner, je vous dirai encore que je désire et que je veux voir attaché et cloué sur la Croix où nous trouvons l'agneau immolé qui nous donne de toute manière. Il s'est fait pour nous le vase, le vin, le serviteur. Le vase, c'est son humanité qui cache sa nature divine; le serviteur, c'est le feu, la main du Saint-Esprit, qui attache le vase sur l'arbre de la sainte Croix ; le vin délicieux, c'est cette sagesse, cette parole incarnée, qui a déjoué et vaincu la malice du démon, qui s'est laissé tromper par l'appât de notre humanité. Nous ne pouvons donc dire que nous n'avons rien à lui donner ; mais nous devons prendre le vin de l'ardent et ineffable désir qu'il a de notre salut, et le lui donner par le moyen de notre prochain. Oui, je vous conjure de donner, comme un bon père votre vie pour vos enfants, pour vos brebis. Ouvrez l'œil de l'intelligence, et voyez la faim que Dieu a de la nourriture des âmes. Et alors votre âme s'emplira du feu du saint désir tellement que mille fois s'il était possible, vous donneriez votre vie pour leur salut. Rassasiez^vous donc, rassasiez-vous des âmes, car c'est la nourriture que Dieu demande, et je prie la souveraine, l'éternelle Vérité de m'accorder la grâce et la miséricorde de voir, pour l'honneur deDieu,pour cette sainte nourriture, notre corps ouvert et immolé, comme le sien l'a été pour nous. Et alors votre âme sera heureuse, mou vénérable et très doxu Père.

3. Je VOUS dirai, mon Père, que Frère Raymond n'a pas suivi vos ordres, parce qu'il en a été empêché par beaucoup d'affaires qu'il n'a pas pu laisser. 11 était convenu qu'il attendrait plusieurs gentilshommes pour la croisade, et il faut qu'il les attende encore longtemps; mais il viendra le plus tôt qu'il pourra, et se mettra à votre disposition. Pardonnezlui, et pardonnez-moi ma présomption. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.

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