‹ Lettres de Sainte Catherine de SienneChapitre 6 sur 78 · II · texte numérisé non relu

II

mas; il ne voulut pas venger la sienne, et il répondit doucement à celui qui l'avait frappé : « Si j'ai mal parlé, montrez-moi ce que j'ai dit de mal, si j'ai bien parlé pourquoi me frappez-vous (1)?» Il n'en fit pas de môme pour saint Thomas, qui, ayant reçu un soufflet pendant qu'il était à table, fut vengé avant qu'il se levât : un animal féroce étrangla celui qui l'avait frappé, coupa la main qui avait été l'instrument du crime, et la porta sur la table devant saint Thomas (2). Les autres fautes nous seront plutôt pardonnées que celle-là ; et si nos péchés nous perdent, celuilà sera la cause de notre plus grande ruine. Tout cet aveuglement vient de l'amour-propre, de la crainte servile; aussi je vous ai dit que je désirais vous voir des hommes fermes et sans crainte.

5. Mais mon âme désire vous voir fondés sur une crainte de Dieu sainte et véritable ; c'est cette crainte qui nourrit l'amour de Dieu dans l'âme. Cette crainte a toujours le regard fixé sur Dieu, et préférerait mourir que d'offenser Dieu et le prochain. Elle pèse avec soin l'injustice ou la justice de chaque chose, et elle regarde bien de tous côtés avant d'agir. Cette sainte crainte vous est nécessaire pour conserver la cité qui vous appartient et la cité qui vous est confiée; et si vous l'avez, le démon et la créature ne pourront vous les enlever. La cité qui vous appartient est la cité de vos âmes ; elle se conserve par la crainte fondée sur la charité fraternelle, la paix et l'union avec Dieu et avec le prochain, par des vertus

(1) S. Jean, xviir, 23.

(2) Voi?" la Légende dorée du bienheureux Jacques de Voragine, Vie de saint T/iomas.

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