‹ Lettres de Sainte Catherine de SienneChapitre 7 sur 78 · LX. — AUX SEIGNEURS ET DIGNITAIRES · texte numérisé non relu

LX. — AUX SEIGNEURS ET DIGNITAIRES

réelles et solides; mais elle échappe à celui qui vit dans la haine, le ressentiment, la discorde, à celui qui est rempli d'amour de lui-même, et qui souille tellement sa vie dans la débauche, qu'il n'y a entre lui et le pourceau nulle différence. Celui qui n'est pas maître de sa cité est esclave du vice et du péché ; il s'avilit lui-même en se laissant commander par des choses qui ne sont que néant ; il perd la dignité de la grâce et méprise le sang du Christ, le prix de notre rançon, qui nous montre la miséricorde divine, l'éternelle Vérité, l'amour ineffable qui nous a créés, qui nous a rachetés, non pas avec de l'or et de l'argent, mais avec son sang, pour nous faire comprendre la grandeur et la beauté de notre âme.

6. Il est bien aveugle celui qui ne voit pas tant d'amour, et cette misère où il tombe en restant dans les ténèbres du péché mortel, et en ne se gouvernant pas lui-même. Il gouvernera mal les affaires qui lui seront confiées, puisqu'il ne sait pas conduire et gouverner les siennes. La cité qui nous est confiée, c'est le commandement de la ville et les autres pouvoirs temporels que reçoivent les hommes du moade; nous les avons pour un temps, comme il plaît à la volonté divine, et selon les lois et les usages de notre pays. Cette autorité nous est enlevée par la mort ou par les circonstances, et on peut bien dire qu'elle nous est seulement prêtée. Celui qui est maître possédera cette autorité avec une saintecrainte, avec un aniour réglé et non déréglé, comme une chose prêtée qui ne lui appartient pas; il gardera le pouvoir qui lui a été donné avec la crainte et le respect de Celui qui le lui a donné. Vous le tenez de Dieu seul ; et quand ce qui

VOUS .1 été confié vous sera redemandé par le Maître, faites en sorte que vous puissiez le rendre, sans vous exposer à la mort éternelle. Je veux donc que vous vous gouverniez avec -'une vraie et sainte crainte, et je vous dis que les hommes du monde n'ont d'autre moyen de conserver leurs biens spirituels et temporels que de vivre vertueusement, et il n'y a rien qui les fait perdre comme nos fautes et nos vices. Eloignez le mal, et vous éloignerez la crainte ; vous serez pleins de courage et de fermeté, et vous n'aurez pas peur de votre ombre. Je ne vous en dis pas davantage, pardonnez à ma présomption ; l'amour que j'ai pour vous et pour tous mes concitoyens, et la douleur que me causent votre conduite et vos actes, si peu selon Dieu, doivent me servir d'excuse devant vous (1). Je veuxgémir sur notre aveuglement, car il semble que nous sommes privés de la lumière. Que Dieu dans sa bonté infinie et sa miséricorde dissipe les ténèbres de l'ignorance et éclaire l'œil de votre intelligence, pour vous faire connaître et discerner la vérité, afin que vous ne tombiez pas dans l'erreur! Je m'arrête. J'aurais cependant bien des choses à vous dire.

7. Je réponds, mes très chers Frères et Seigneurs, à la lettre que Thomas de Guelfuccio m'a remise de votre part. Je vous remercie de la charité que je vous vois exercer envers vos concitoyens, dont vous cher^ chez la paix, et envers moi qui n'en suis pas digne. Vous désirez mon retour, et vous me demandez les moyens d'arriver à cette paix. Je suis incapable de la moindre chose; mais je laisserai agir Dieu, etj'in-

(I) Voir LeUre xvn.

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