‹ Lettres de Sainte Catherine de SienneChapitre 62 sur 78 · II. — SAINTE CATHERTNIS · texte numérisé non relu

II. — SAINTE CATHERTNIS

y serez prêt à donner votre vie pour la douce Vérité, s'il le faut : autrement non. C'est ce qui me faisait dire que je désirais vous voir consumer tout amour-propre dans la fournaise de la divine charité. Que les serviteurs de Dieu paraissent et viennent annoncer la vérité et souffrir pour elle, car c'est le moment. Venez sans balancer avec la ferme résolution de ne considérer que l'honneur de Dieu et le bien de la sainte Église, et d'y sacrifier, s'il le faut, votre vie. Je ne vous en dis pas davantage. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.

CXVIIl (n). — A L'ABBÉ GÉNÉRAL DE L'ORDRE DU MONTO LIVET, près de Sienne (1). — La

charité se développe à la lumière de la foi. — Elle est surtout nécessaire à ceux qui gouvernent les âmes.

ÂU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE

i. Mon très cher Père dans le Christ, le doux Jésus, moi, Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ, je vous écris dans son précieux sang, avec le désir de vous voir dans la charité parfaite. Cette charité ne cherche pas ses intérêts; elle est libre, et n'est pas l'esclave de la sensualité;

(i) l/ordrc des Olivctains, fondé jiar le 13. Bernard Tolomci, avait son clief-^lieu à seize milles de Sienne, sur la route de Rome.

elle est généreuse, et dilate le cœur dans l'amour de Dieu et l'aQection du prochain. Aussi elle sait porter et supporter les défauts des créatures par amour pour le Créateur. Elle est compatissante et non cruelle, parce qu'elle a retranché ce qui rend l'hommo cruel, c'est-à-dire l'amour-propre, et elle reçoit toujours charitablement avec tendresse le prochain pour Dieu. Elle est bienveillante, pacifique et sans colère. Elle cherche les choses justes et saintes, et non les choses injustes; et comme elle les cherche, elle les accomplit en elle. Aussi la perle de la justice brille dans son cœur. Si la charité loue quelqu'un, ce n'est pas pour le tromper; si elle le réprimande, ce n'est pas par haine ou par colère. Mais elle aime les uns et les autres comme des fils, qu'ils méritent l'éloge ou le blâme. C'est une mère, qui fait naître les vertus dans l'âme, et les met au jour, pour l'honneur de Dieu, dans ses rapports avec le prochain.

2. Sa nourrice est l'humilité profonde. Et quelle nourriture lui donne sa nourrice? La nourriture de la lumière et de la connaissance de soi-même. Cette lumière fait connaître à l'âme sa misère et les faiblesses de la sensualité, qui la cause. Avec cette connaissance, elle s'humilie et conçoit contre elle-même une haine qui nourrit en elle le feu de la divine ciiarité, en voyant l'inetfable bonté de Dieu, qui est le principe et la fin de toute connaissance. Après cette lumière et cette connaissance, elle se plaît à prendre la nourriture que Dieu aime davantage, celle de la créature qu'il a créée à son image et ressemblance, et qu'il aime tant, qu'il a livré à la mort son Fils uni-

que pour qu'il apaisât sa colère, et qu'il terminât la longue guerre où elle était par la faute d'i\dam. pour qu'il lavât dans son très doux sang la face de l'âme, que le péché avait couverte de souillure. Il a été notre paix et notre médiateur près de Dieu, en recevant lui-même les coups de sa justice. Il a été notre médecin, puisqu'il est venu guérir le genre humain de ses Infirmités, comme l'a dit le glorieux apôtre saint Paul. Il est notre soutien, puisqu'il s'est donné à nous en nourriture. Ce doux Yerbe, pour accomplir les ordres et la volonté de son Père sur la créature, a couru tout transporté d'amour vers la table de la tiès sainte Croix, et il y a pris la nourriture des âmes, en supportant les peines, les opprobres, les affronts, et enfin la mort honteuse, à laquelle il a livré son corps, tout inondé de sang. Il a tout fait pour manifester l'amour que Dieu a pour l'homme.

3. Aussi l'âme qui est dans la charité aime cette nourriture des âmes, et ne veut pas la prendre autrement que l'a prise le Christ, le doux et bon Jésus. Elle veut souffrir avec lui, et elle supporte avec joie la faim, la soif, les affronts et les persécutions des hommes et des démons. L'Agneau sans tache a supporté notre ingratitude, et n'a reculé devant rien pour nous sauver. De même, en toute occasion, l'âme qui est dans la charité veut, autant qu'il lui est possible, l'imiter et suivre ses traces. Elle reçoit avec douceur, sous l'aile de sa miséricorde, ceux qui l'ont offensée, parce qu'elle voit que la bonté de Dieu a fait la même chose à son égard. Oh ! oui, que la charité est une bonne mère ! Y a-t-il des vertus hors d'elle? Non. Elle n'est pas dans les ténèbres, car elle

a pour guido la lumière de la très sainte Foi, qui est la pupille de Tœil de rintcUigence, et qui mène le cœur vcvs ce qu'il doit aimer, eu lui montrant l'amour de Dieu et la doctrine de Jésus crucifié. Aussi le cœur, en voyant à cette lumière qu'il est aimé, est forcé d'aimer son créateur, et il le prouve en suivant la doctrine de la vérité. Il faut donc secouer le sommeil de la négligence et de l'ignorance. Il faut chercher avez zèle la charité dans le sang de Jésus crucifié, parce que dans ce sang nous trouverons ce doux et tendre feu d'amour; par ce moyen, nous acquerrons la vie de la grâce, et non par un autre.

4. Aussi je vous ai dit que je désirais vous voir dans la parfaite charité que toute créature raisonnable doit avoir en elle, si elle veut jouir de Dieu dans la vie durable. Mais elle est bien plus obligatoire et bien plus nécessaire à ceux qui ont à conduire et à gouverner les âmes; car c'est là un si grand fardeau, que ceux qui sont privés de la charité ne pourraient le porter sans offenser Dieu. La charité d'un supérieur ne doit pas être tiède et imparfaite, elle doit être parfaite et embrasée d'amour et de désirs pour le salut de ceux qui lui sont soumis ; elle doit savoir, à la lumière de la discrétion, donner à chacun ce qui lui convient, reprenant avec douceur, se faisant faible avec les faibles, louant ou blâmant comme le veulent la justice et la miséricorde, cherchant la brebis perdue, et la portant sur ses épaules quand elle la retrouve, prenant son fardeau sur elle, se réjouissant et fêtant le retour de la brebis au bercail. Je vous invite à cette joie, mon très cher Père, au sujet de la brebis qui a fait si longtemps partie de votre

troupeau. Le frère P. est maintenant religieux de Saint-Laurent. Il paraît qu'il est prêt à se soumettre humblement à la verge de la justice, et qu'il veut revenir au bercail en rentrant dans l'Ordre et sous votre obéissance. Je termine. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.

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