‹ Lettres de Scheffmacher a un gentilhomme et un magistrat protestant (volume 2)Chapitre 26 sur 108 · EN SON EUCHARISTIQUE A SIRMOND · texte numérisé non relu

EN SON EUCHARISTIQUE A SIRMOND

<( Le P. Sirmond, jésuite, soutenait que les provinces qu^on appelait suburbicaires étaient proprement celles du patriarch^t d'Occident > et sur lesquelles l'évêque de Rome avait juridiction en qualité de patriarche d'Occident ; Somaise qui était d^un sentiment contraire , distingue en la personne du pape ces quatre qualités , d^évêque de Rome, et comme tel, chef de toutes les Eglises

qui sont du diocèse de Rome ; d'archevêque de Rome , et en cette ipialitë ayant juridietion sur les diocèses de ses suSragaats j de patriarche d^Occident , duquel relevaient les Eglises dUtalîe, d'Allemagne , de France , d'Angleterre, d'Espagne et 'd'Afrique, del'Esclavonie, et même les lïglises d'une partie de la Grèce ; de pape on chef visible de toute l^Egtise et paslear universel de tous les chrétiens, et en cette dernière qualité ayant juridiction sur toutes les Eglises du christianisme , et étant supérieur spirituel de tous ceus qui ont reçu le baptême.

Noos ne rapporterons ici que ce qu'il a dit de cette dernière qualité ; mais avant que de le rapporter, il est nécessaire de faire réflexion que Somaise était Bourguignon , qu^en la préface de son Eucharistique il s'en vant^ et donne cet avis au P. Sirmond , de prendre garde qu'il a affaire à un Bourguignon , qui ne sait point Qatter, et qui appelle les choses par leur nom. a Nous Bonrgui- " gnons , dit-il, sommes comme les Macédoniens , et H appelons les figues , figues , et ne donnons point des 1 noms plus spécieux aux diosea. » Voyons donc quel nom et quels titres ce BourgiùgnoD, qiû fiait profession d'appeler les figues, fignes, et qa'Amiraut, dans son livre de la vocation des pastenn , vetit faire passer pour le premier homme de son siècle, a donné au pape et ù l'Eglise romaine.

Il L'évÈque de Rome, dit-ttga //• ■irrc parité « de L'Eucharistique (1 ) , ec l" ■ évéque

« des évèqucs, le père des pè^c^ > s pa-

BO L'ÉGLISfi

R trcrches , le recteur et ie pasteur de TEgllse univers u selle y qui s^appelle lui-même évèque de TEglise uni- H Terselle, et qui est encore évèque universel, aussi (( véritablement qu^il en porte le nom ; le successeur (( enfin de samt Pierre, le vicaire de Christ, Punique (f chef visible de TEglise , et pour dire en un mot C6 <f qui comprend tout , le pape ! qui peut douter , qui ce peut nier qu'ail n^ait été aussi patriarche de TOccia dent ? Celui qui a le tout , a aussi les parties ; qui <( domine sur toute la terre , domine aussi sur chacune (( de ses parties. Le pape étant le patriarche universel (f doit être par conséquent tenu pour patriarche de TOo^ <c cident,piûsque TOccident est une partie de TEglise (( universelle , et il est patriarche non-seulement de <( rOccident , mais encore de FOrient. »

Il est fort à craindre que les consistoires de Genève et de Charenton ne soient choqués de voir que ce Bourgui« gnon ne se soit pas souvenu qu^il faisait profession de la reb'gion prétendue réformée , et que parlant du pape , il ait mieux aimé être Macédonien que calviniste y et même plus que Macédonien.

En effet , nul Macédonien n^appela jamais si ouvertement les Cgues^ figues , que ce Bourguignon appelle le pape « Tunique chef visible de TEglise. »

Ceux-là donc qui le reconnaissent pour leur chef, sont membres de FEglise y et ceux qui ne veulent pas le reconnaître pour tel et qui ne sont pas unis à ce chef, ne sont pas membres de TEglise.

Il ne dit pas que le pape est un des chefs de TËgli^e; car TEgUse n^est pas un monstre ni un corps à deux et

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à plusieurs tètes j mais il dit qo^U est « Tunique chef n visible. » Ceux-là donc qui sont membres d''un corps où Ton voit autant de tëles qu^il y a de ministres , ef où Pon fait de iVgalilé de ces tètes un article de foi , ne sont pas membres dn corps mystique de Jésus-Cbrist; car ce corps bien loin d^ètre une bydre , ou un corps à mille tètes , o^en peut avoir qu^une visible.

Somaise , tout calviniste qu^il est , avoue que le pape est « le recteur et le pasteur de l^glise universelle , le « successeur de saint Pierre et le vicaire de Christ. » Peut-on nier que ceux qui ont pour pasteur saint Pierre en la personne de son successeur , ne soient du bercail de Jésus-Christ et du nombre de ses brebis et de ses agneaux ? ou que cette Eglise qui est gouvernée par le vicaire de Jésus-Christ , ne soit Eglise de Jésus-Christ? £t peut-on se flatter d^ètre du nombre des brebis et des fl^eaux de Jésus-Christ , en ne voulant pas reconnaître ni saint Pierre , ni son successeur pour pasteur ? ou peut> on être de TEglise de Jésus-Christ en faisant la guerre i son vicaire, et le faisant passer poor TAutechrist , parce qu*il se dit vicaire de Christ.

LE MÊME

DANS LE MIÏME LIVRE (i). J^^L.

1 Le pape entend que successeur de Pierro , que de la ville de Rome , il a la prïmatrié l^glise , comme métropolitain de toiit« i

CI) v^. eee.

TOH. I.

(( car la fille de Roone est la métropolitaine de la Ro*

<c jnanie, o^esfrà-dire de forbe romain : comme la ville

u d^Arles était a^ppelée alors la inétr^^olitaine des

f( Gaules : et ainsi i^vèque.de Home a le même droit

te et le môme en^ire sur toute TEgliise , que chaque pa-

M triarche sur son diocèse. . h

LE MÊIVIE,

« Les autres Eglises sont les membres ; la seule n Eglise romaine est le chef. Mais en tant que chef , <c elle n'a point occupé et absorbé spécialement les au. u très Eglises d^Occident ; mais elle a eu empire sur a elles et sur toutes les autres Eglises comme sur ses a membres. Innocent troisième écrit au patriarche de f( Constantinople ^ en ces termes : Si tu retourues com-* ff me membre à son chef, et comme fils de TEglise (( romaine à ta mère , pour lui rendre le respect et (( Pobéissance que tu lui dois , nous te recevrons avec u tendresse et avec joie , et comme notre frère , et (( comme le membre principal de TEglise. Ainsi l'Ef( glise même de Constantinople, a été un membre de f( TEglise romaine, aussi bien que PEglise gallicane, a que TEglise d^ Afrique , et que les autres Eglises <( d^Afrique : il est vrai qu'elle était le principal. »

Voilà les sentiments et les paroles de ce Bourguignon à qui Ton ne peut pas refuser cette louange dVoir été

(1) Pag. 7i5.

un des j^us savants hommes de son temps ; il était éalviniste , il voyait que ees titres miagnifiques qu^il donnait au pape j portaient la condamnation du calvinisme ; il prévoyait que les catholiques en prendraient de grands avantages contre son parti ; mais aussi il était Bourguignon , et ne pouvait pas s'empêcher d'appeler les figues, figues , je veux dire de donner au pape les titres qui lui sont dus; il entendait les langues, il était homme d'une grande et profonde lecture ; il voyait que les conciles, les pères de TEglise et les anciens docteurs donnaient tous ces titres et toutes ces qualités à l'éVÊque de Rome; il s^est moqué de tous les modernes ^ soit luthériens , soit calvinistes , soit autres qui les lui ont voulu contester , et les considérant comme de vrais ignorants , qm n^ont jamais eu grand commerce avec les anciens , ni pénétré les secrets de Thistoire Ecclésiastique , il a mieux aimé écrivant du pape , en parler comme les Oracles de la primitive Eglise en ont parlé , que comme en parlent les ministres et quelques demi-savants, dont la tète est remplie de tant de vont, qu^I n^est pas étonnant s^tl y éteint tes plus belles lumières du Christianisme.

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